Rome: Entretien avec l’ambassadrice slovaque auprès du Saint-Siège Dagmar Babcanova

Apic Interview

Le pape attendu avec ferveur, malgré le débat sur l’avortement

Par Antoine Soubrier, correspondant permanent d’Apic à Rome

Rome, 8 septembre 2003 (Apic) A quelques jours du départ de Jean Paul II pour son 102e voyage international qui se déroulera en Slovaquie du 11 au 14 septembre 2003, l’ambassadrice de ce pays auprès du Saint-Siège, Dagmar Babcanova, s’apprête à quitter la Ville éternelle pour son pays, où elle accueillera le pape.

Ces derniers jours ont été consacrés aux ultimes préparatifs, en lien permanent avec les organisateurs des voyages pontificaux. Elle présente pour l’Apic les principaux enjeux de cette troisième visite du pape en Slovaquie, notamment sur les questions de l’avortement et de l’Europe.

«La préparation de ce voyage tant attendu se déroule très bien, avec notamment une grande entente entre notre ambassade et le Saint-Siège. Je suis agréablement surprise de constater combien les institutions chargées d’organiser ce voyage, aussi bien du côté du Vatican que de l’Etat slovaque, se sont largement données pour que tout se passe pour le mieux», indique l’ambassadrice

«Sur place, en Slovaquie, aux dernières nouvelles, j’ai appris que les fidèles prient beaucoup pour que cette visite se déroule bien ainsi que pour la santé du pape qui nous préoccupe particulièrement», remarque Dagmar Babcanova

«Il existe en outre des petits groupes de pression qui tentent de gâcher la visite pour des raisons souvent idéologiques, mais je ne crois pas que cela vaille le coup d’en parler ni d’en faire de la publicité tellement ils sont minoritaires. Par mesure de précaution, le gouvernement a quand même déployé d’importantes mesures de sécurité pour faire face à d’éventuelles menaces», souligne la diplomate.

Apic: Le projet de loi visant à allonger le délai de l’avortement jusqu’à 24 semaines pour les enfants mal formés est, entre autres raisons j’imagine, source de tensions particulières au sein du gouvernement et de la population ’

Dagmar Babcanova: Ce sujet est en effet l’objet de vifs débats depuis plusieurs semaines. Le président, démocrate chrétien, s’y est d’ores et déjà opposé. Un accord pourrait être trouvé afin de permettre l’objection de conscience aux médecins qui sont opposés à cette loi.

Au sein de la population, je ne suis pas sûre que les gens comprennent très bien l’enjeu de cette loi, ni même la position de l’Eglise. La visite du pape pourra être l’occasion pour Jean Paul II, à ce sujet, de renforcer les catholiques dans leur foi et de rappeler l’importance du respect de la vie.

Sa personnalité a toujours eu des conséquences positives sur les personnes qu’il a rencontrées tout au long de son pontificat, et à ce titre, je suis persuadée qu’il pourra faire en sorte que ce voyage permette à la Slovaquie d’avancer dans la bonne direction.

Apic: L’Europe et l’émigration sont les deux principaux sujets d’actualité en Slovaquie. Qu’attendez-vous de Jean Paul II ?

Concernant l’Europe, il suffit de se référer aux nombreuses interventions du pape ces derniers mois pour comprendre sa position et savoir qu’il ne pourra pas ne pas y faire allusion. Cependant, même s’il est vrai et urgent que l’Europe retrouve ses racines chrétiennes, il faudra avant tout que la Slovaquie les renforce elle-même dans son pays.

Quant à l’émigration des jeunes vers les pays voisins, il est évident que nous avons besoin d’un encouragement de la part du pape pour les inciter à rester dans le pays. Aujourd’hui, les jeunes préfèrent avoir les bénéfices, mais pas les responsabilités. L’Eglise locale soutient beaucoup la société, notamment pour retrouver le sens de la charité. Mais il faut encore travailler dur pour empêcher les nombreuses émigrations. Il faut une nouvelle manière de penser. Dans tous les cas, nous avons besoin de son aide !

Le pape profitera par ailleurs de la béatification des deux martyrs du communisme, pour rafraîchir la mémoire des Slovaques concernant leur passé. Certaines personnes pensent aujourd’hui que finalement, ce n’était peut être pas si mal, l’époque du communisme La Slovaquie a une mauvaise mémoire et préfère clore ce chapitre de son histoire. Jean Paul II, qui a lui-même connu cette période, devrait insister sur l’importance pour les jeunes de s’engager dans la construction d’un pays qui soit fidèle à ses racines chrétiennes.

Apic: Comment se préparent les différentes étapes de ce voyage ?

D.B.: Plutôt bien puisque nous venons de rajouter une rencontre du pape avec les représentants des grandes religions ! Il les rencontrera dans l’après-midi du 12 septembre à l’occasion de son étape à Banska Bystrica.

C’est dans cette région du centre de la Slovaquie, que vivent notamment beaucoup de protestants. D’autres ajouts ne sont pas à exclure non plus pendant tout le voyage si la santé de Jean Paul II le permet.

A peu près 200’000 personnes sont attendues dans chacune des villes où le pape se rendra. Le dernier jour, pour la béatification des deux martyrs du communisme à Bratislava, on attend environ 500’000 catholiques. Le lendemain étant un jour férié pour nous, en la fête de Notre-Dame des Douleurs qui est la sainte patronne du pays, les gens se déplaceront plus facilement.

Apic: La coïncidence de ce voyage avec l’anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 à New York vous font-ils craindre des problèmes de sécurité quelconques ?

D.B.: Je ne pense pas. En revanche, il n’est pas impossible que Jean Paul II y fasse lui-même allusion, dès le premier jour de sa visite, notamment pour rappeler l’urgence de travailler en faveur de la paix. Côté sécurité, nous n’avons reçu aucune menace et de toute manière, la police a tout fait pour garantir un maximum de sécurité. Je suis persuadée que ce sera un voyage extraordinaire ! (apic/imedia/sh)

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