102e voyage international de Jean Paul II en Slovaquie
«Toutes les blessures n’ont pas encore été guéries»
Par Antoine Soubrier, envoyé spécial de l’Apic
Bratislava, 11 septembre 2003 (Apic) Au premier jour de la visite de Jean Paul II en Slovaquie, le cardinal Jan Chryzostom Korec, archevêque du diocèse de Nitra, a accepté de répondre aux questions de l’Apic. Le prélat, qui a vécu sous le régime communiste, fait le point sur la situation de l’Eglise catholique slovaque. Pour lui, il est clair que «toutes les blessures du passé n’ont pas encore été guéries».
Ce prélat est connu pour avoir été ordonné évêque en secret à l’âge de 27 ans, en 1951, alors qu’il travaillait dans un entrepôt de Bratislava. Pendant neuf ans ensuite, il a continué à décharger des tonneaux de goudron dans une usine, avant d’être arrêté par les autorités communistes, et de passer huit ans en prison.
Il devait ensuite être libéré puis de nouveau arrêté à plusieurs reprises, tout en s’efforçant de poursuivre clandestinement son ministère, jusqu’à ce qu’il soit officiellement nommé par Jean Paul II évêque de Nitra le 6 février 1990, puis cardinal, un an plus tard. Membre de la Compagnie de Jésus, il a notamment prêché la retraite de carême du pape en 1998.
Jan Chryzostom Korec: «Après la chute du communisme, notre Eglise a rapidement renouvelé ses activités dans toutes les directions. Les diocèses, les communautés religieuses, les paroisses et divers mouvements ont ainsi repris vie. Mais toutes les blessures n’ont pas encore été guéries, loin de là ! Deux ou trois générations de nos citoyens ont grandi dans le communisme, dans le contexte d’une lutte acharnée contre l’Eglise, d’ailleurs sans aucun fondement historique.
Après 1990, dans la nouvelle société enfin libre, beaucoup de ces personnes ont trouvé de nouvelles perspectives de travail dans la vie publique, dans les médias ou même dans des fonctions d’état. Leurs sentiments contre l’Eglise sont restés, et ont souvent été alimentés par des groupes de pression contraires à l’Eglise. La présence de Jean-Paul II pour la troisième fois dans notre pays en un peu plus de dix ans a largement permis de modérer ces tendances anti-chrétiennes.
Apic: Ce troisième voyage du pape se déroule dans un contexte différent des deux premiers. Quel est l’enjeu majeur, cette fois-ci ?
J.C.K.: Au recensement de 2001, 84% des Slovaques ont déclaré être chrétiens, et 74% catholiques. Cependant, ce n’est pas l’image vraie de la situation spirituelle en Slovaquie. Les catholiques sont, par exemple, très peu représentés dans les mass media en général. Ces derniers mois, on a ainsi fait face à une campagne inattendue contre l’Eglise.
Les catholiques n’ont pas pu s’unir politiquement pour devenir à eux-mêmes une force influente. La Slovaquie est, en fait, encore complètement écrasée, jusqu’au parlement. La visite du pape pourrait non seulement permettre aux fidèles de s’unir, mais d’apporter aussi plus de solidarité dans toutes les sphères de l’état et de la nation.
Apic: Jean-Paul II a insisté, ce matin dans son discours d’accueil, sur l’importance pour la Slovaquie de conserver son identité chrétienne à l’occasion de son intégration au sein de l’Union européenne. Quel rôle pourra jouer votre pays, selon vous ?
J.C.K.: La Slovaquie est entourée par cinq états de l’Europe centrale. Ses frontières touchent l’est aussi bien que l’ouest. L’Union européenne est pour notre pays un énorme défi. Je ne pense pas que la Slovaquie puisse changer l’Europe, mais elle pourrait devenir un ’mètre’ dans une certaine mesure ! Jean Paul II nous a dit récemment lors de notre dernier passage à Rome que la Slovaquie a quelque chose à offrir à l’Europe, avec ses martyrs, ses confesseurs, et toute ses générations de jeunes catholiques. Ces quelques mots me font souvent réfléchir.
Apic: Vous connaissez bien Jean Paul II, notamment pour avoir vécu tous les deux les conséquences douloureuses du régime communiste. Comment analysez- vous, aujourd’hui, ces 25 années de pontificat ?
J.C.K.: Jean Paul II est un exemple de dévouement pour le bien commun du monde, même encore aujourd’hui malgré sa fatigue et son grand âge. Ces 25 dernières années, il a fourni un travail inquantifiable en faveur de la justice et de la vérité, au service de l’homme et de la paix dans le monde. Il a eu un grand retentissement à travers son comportement exemplaire, ses déclarations et aussi ses visites à l’étranger dans le monde entier». (apic/imedia/sh)
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