Slovaquie: Le pape béatifie deux martyrs du communisme à Petrzalka

Une cité voulue «sans Dieu» par les communistes

Bratislava, 14 septembre 2003 (Apic) Jean Paul II a conclu son 102e voyage international en célébrant la messe de béatification de deux martyrs du communisme, le 14 septembre à Petrzalka, dans la banlieue de Bratislava. Le pape a particulièrement rendu hommage à leur fidélité envers l’Eglise, laissant leur exemple comme modèle pour les Slovaques, à quelques mois de leur entrée au sein de l’Europe.

Près de 500’000 fidèles avaient fait le déplacement, certains étant même arrivés la veille pour avoir de bonnes places, à l’occasion de la dernière cérémonie publique du voyage de quatre jours du souverain pontife. Le lieu choisi par les organisateurs, une grande esplanade d’herbe en plein coeur du quartier de Petrzalka, était particulièrement symbolique.

Cette cité lugubre devenue aujourd’hui la troisième plus importante ville de Slovaquie avec près de 130’000 habitants, a en effet été construite sous le régime communiste, sans aucune église, «dans l’objectif d’avoir une cité sans Dieu», a rappelé l’évêque du lieu, Mgr Jan Sokol. Depuis l’indépendance de la Slovaquie, en 1993, l’Eglise a pu y construire trois églises, dont la dernière, se trouvant à côté du podium où Jean Paul II a célébré la messe, vient d’être terminée.

Dans un style commun à beaucoup de pays de l’ex-Union soviétique, les grands immeubles sombres et délabrés qui entouraient la place juraient avec les milliers de petits drapeaux jaune et blanc du Saint-Siège, rouge et blanc de la Pologne et de l’Autriche ou encore bleu, rouge et blanc de la Slovaquie, agités avec une joie discrète par les fidèles. Quelques personnes avaient osé braver les consignes de sécurité en suivant la cérémonie de leurs fenêtres, sous l’oeil vigilant de dizaines de tireurs d’élites placés sur les toits.

Dans la foule, de nombreux Slovaques étaient venus en tenue traditionnelle, avec de grandes bottes de cuir, des vestes brodées de toutes les couleurs, des chemises aux manches bouffantes, ainsi que des chapeaux de laine ou des couronnes de fleurs. En attendant l’arrivée de Jean Paul II, certains dansaient des rondes sous un soleil qui commençaient déjà à réchauffer l’atmosphère froide de la nuit à peine terminée.

Béatification de deux victimes du communisme

Au cours de la messe, le pape a procédé à la béatification de Mgr Vasil Hopko (1904-1976) et de soeur Zdenka Cecilia Schelingova (1916-1955), deux victimes des persécutions communistes. Au moment où Jean Paul II a lu la traditionnelle formule déclarant bienheureux les deux candidats, la foule s’est mise à scander en slovaque, «Merci! Merci!». Pendant plus de quarante ans, l’Eglise catholique slovaque a été persécutée par le régime communiste, sans toutefois réussir à l’anéantir, comme le prouvait la présence nombreuse de fidèles.

Conscient des souffrances vécues par un grand nombre de Slovaques encore vivants et présents pour beaucoup d’entre eux sur la place, le vieux pape originaire de Pologne a proposé une méditation sur le «mystère de la Croix», au cours de son homélie. «Sur la Croix se rencontrent la misère de l’homme et la miséricorde de Dieu», a-t-il dit d’une voix assez claire, et surtout forte et déterminée. «La Croix est plantée en terre et elle nous semble prendre racine dans la malice humaine, mais elle se projette vers le haut, comme un doigt pointé vers le ciel».

Une foi qui a résisté aux moments difficiles

Faisant allusion aux deux nouveaux bienheureux, le souverain pontife a ensuite remercié les Slovaques d’avoir «su conserver, même dans les moments difficiles, leur fidélité au Christ et à son Eglise». «Ainsi, la Croix est devenue pour eux le chemin qui les a conduits à la vie, source de force et d’espérance, preuve d’amour pour Dieu et pour l’homme».

«N’ait jamais honte de l’Evangile !», a enfin affirmé le pape dans son texte, rappelant ainsi son message laissé au début du voyage sur l’importance de conserver les racines chrétiennes de la Slovaquie à quelques mois de son entrée dans l’Union européenne. Comme les jours précédents, le cardinal Jozef Tomko a pris le relais pour lire le reste du discours.

Ces paroles ont eu un écho d’autant plus important que la nation slovaque a encore du mal à se relever, dix ans après qu’elle ait retrouvé sa liberté. «Nous avons encore tant de problèmes, internes et externes dans toutes les sphères de la vie», a rappelé Mgr Jan Sokol, évêque de Bratislava. «Nous sommes face à une situation où le coeur des gens semble être bouleversé par des propositions et des forces mystérieuses du mal. Il y a tant de pièges qui veulent détourner l’homme de la voie du salut. L’effort visant à faire perdre la confiance dans l’Eglise est énorme».

La présence du pape a touché les Slovaques

La présence du souverain pontife pendant ces quatre derniers jours en Slovaquie, malgré une fatigue et une santé physique de plus en plus faible, a beaucoup touché cette population pauvre qui se sent abandonnée par la communauté internationale. On compte aujourd’hui notamment plus de 18% de chômeurs ­ près de 50% dans certaines régions ­ et une dette extérieure très importante. «La venue du Saint-Père dans notre pays alors qu’il semble très faible nous touche beaucoup», a affirmé un père famille originaire de Bratislava. «Il nous faut un grand courage pour vouloir continuer dans ces conditions. Mais le pape nous l’a donné en venant nous visiter et il nous faudra maintenant honorer sa confiance».

A l’issue de la cérémonie, Jean Paul II devait se rendre une dernière fois à la nonciature apostolique de Bratislava pour y déjeuner et s’y reposer un peu. En fin d’après-midi, il devait enfin prendre l’avion pour rentrer sur Rome et conclure ainsi son 102e voyage international, en près de 25 ans de pontificat. (apic/imedia/bb)

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