Fribourg: Colloque universitaire sur saint Maurice, une figure de l’identité européenne
Fribourg, 18 septembre 2003 (Apic) Un colloque universitaire de quatre jours sur un personnage dont on doute de l’existence peut surprendre. C’est pourtant l’initiative prise par l’Université de Fribourg en organisant du 17 au 20 septembre une rencontre sur saint Maurice et la légion thébaine. Il faut dire que le saint martyr est une figure de culture et de pouvoir qui dépasse de loin la simple curiosité historique. Explications de Jean- Michel Roessli, spécialiste de l’antiquité tardive.
Que saint Maurice et ses compagnons aient bel et bien subi le martyre au début du IVe siècle importe finalement assez peu, si l’on regarde l’influence majeure de sa personnalité sur une identité culturelle d’envergure européenne. La tenue du colloque universitaire, le premier en Suisse sur ce sujet depuis au moins un siècle, n’est d’ailleurs pas dû à la simple commémoration du 1’700e anniversaire du martyre de la légion thébaine.
Jean-Michel Roessli, également membre du comité d’organisation, souligne qu’une telle rencontre n’est pas étrangère à la mouvance très actuelle en Europe d’une recherche de ses racines. Saint Maurice dépasse en effet de loin les frontières du Valais et de la Suisse. On le retrouve comme figure de proue des croisés partant combattre en Terre Sainte et les chevaliers du moyen âge le prennent pour modèle.
Mais sa renommée européenne lui vient de l’empereur Othon 1er qui, au Xe siècle, en fait le saint protecteur du Saint Empire romain germanique, soit la première puissance occidentale de l’époque.
Son influence se prolonge au-delà du moyen âge et l’on retrouve saint Maurice dans un ouvrage de saint Pierre Canisius qui, en réaction aux exactions militaires de son époque, tente de définir des règles d’une «guerre juste», en se référant au «comportement exemplaire» de la légion thébaine. L’objectif de Canisius était également de combattre les attaques des théologiens protestants, tel Matthias Flacius en 1559, qui n’hésitaient pas à targuer d’idolâtrie le culte des saints et de leurs reliques.
Il ne faut pas pour autant voir un colloque sur saint Maurice comme un soufflet anti-oecuménique, précise Jean-Michel Roessli, qui souligne l’intérêt de la recherche actuelle également du côté réformé.
Les reliques et leur pouvoir
De prime abord naïf, le culte des reliques dépasse pourtant de loin la simple bigoterie. Historiquement, le pouvoir miraculeux attribué aux reliques dans la dévotion populaire était source d’un pouvoir bien réel de celui qui les possédait. Les communautés chrétiennes se concurrençaient farouchement dans ce domaine, car garder des reliques de saints prestigieux était un moyen d’affirmer sa suprématie.
Autant dire que conserver dans son reliquaire quelques os attribués au protecteur de l’Empire romain germanique représentait un enjeu politique et économique de taille. Aujourd’hui encore, les reliques du saint martyr ont un certain succès. Par exemple, la communauté charismatique des Béatitudes, installée depuis quelques années à Venthône en Valais, en a quelques-unes dans son autel. SH
Encadré
Martyre, un mot risqué ?
En regard d’une actualité focalisée sur le terroriste, le mot «martyre» prend une connotation particulièrement violente. Pourtant, prévient Jean- Michel Roessli, il faut se garder des associations trop rapides. Selon son analyse, la figure de saint Maurice renvoie à une vision du martyre comme «expression sans concession d’une fidélité à ses croyances». Il ne doit cependant pas être recherché pour lui-même et les théologiens chrétiens de l’époque avaient déjà dénoncé les abus qui allaient dans ce sens. De plus, la figure du martyre chrétien, toujours en termes de conception théologique, ne s’envisage pas comme une action armée contre un oppresseur, conclut Jean-Michel Roessli, qui souligne que cette problématique n’a pas été abordée par les organisateur du colloque. (apic/sh)
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