Apic Témoignages
Des proches collaborateurs de Jean Paul II témoignent
Entretiens réalisés à Rome par Antoine Soubrier
Mgr Michael Fitzgerald, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux:
« Le premier souvenir qui me revient à l’esprit est très personnel. Je venais à peine d’être nommé secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Le pape m’a fait appeler dans ses appartements, où je me suis retrouvé seul, entre ses deux secrétaires. Il était venu avec un livre sur l’islam, et s’est mis à me poser des questions. Jean Paul II est une personne qui vous met à l’aise tout de suite. Face à lui, il n’est pas question de se dire « Vous en savez plus que moi, c’est à moi de vous poser des questions »! Je lui ai répondu simplement, mis en confiance par son écoute exceptionnelle. Un bel exemple pour le travail que je commençais alors à faire ! »
Cardinal Saraiva Martins, préfet de la Congrégation pour les causes des saints:
« Plus que des épisodes isolés de ces 25 ans de pontificat, je préfèrerais me référer avant tout à l’impression que le Saint-Père suscite en moi chaque fois que je le rencontre. Je vois en Jean Paul II l’image vivante de ce primat de l’être sur l’agir qui est une des lignes directrices de ses enseignements. Depuis le début de son pontificat, il a rappelé l’appel universel à la sainteté comme point de référence et but ultime de toute la pastorale de l’Eglise durant le nouveau millénaire.
De même, chaque rencontre avec le souverain pontife fait percevoir comment il a assumé sa mission de pasteur de l’Eglise universelle de manière totale, sans se concéder une seconde de repos. Le poids des années et les nombreuses souffrances passées ont laissé des marques dans la personne du pape, mais on peut voir avec les yeux combien chez lui, l’âme entraîne le corps.
J’aimerais faire aussi allusion à un moment concret qui m’est resté de manière indélébile: l’attentat qui a failli coûter à la vie du pape, le 13 mai 1981. Je ne me réfère pas uniquement à ce qui est arrivé ce jour-là, Place Saint-Pierre, mais à la leçon donnée par le pape à toute l’humanité de l’acceptation joyeuse de la douleur qu’il a lui-même qualifiée de « douleur salvifique ». Cela est certainement à relier avec son amour pour la Vierge, qu’il est allé remercier à Fatima, en laissant dans sa couronne, la balle qui l’avait touché ».
Père Renato Boccardo, organisateur des voyages du pape:
« Plusieurs exemples m’ont particulièrement permis de découvrir Jean Paul II de l’intérieur. Le premier se situe en août 1993, à Denver, à l’occasion des Journées mondiale de la jeunesse. Jean Paul II arrive au stade où des milliers de jeunes chantent et l’acclament. Tout d’un coup, je l’ai vu s’arrêter, regarder intensément la foule pendant quelques minutes. Son visage était sur tous les grands écrans. Je me suis aperçu qu’il pleurait. Cela m’a beaucoup marqué. Le lendemain, dans les journaux, un jeune américain affirmait: « Même Michael Jackson n’a jamais pleuré pour moi ! ». Pour Jean Paul II, ce rapport intense avec les jeunes a été une constante de son pontificat.
Le second fut en août 2002, à l’occasion de sa visite en Pologne. Jean Paul II consacre son voyage à retrouver ses souvenirs. A Cracovie, il se rend au cimetière où sont enterrés ses parents. Arrivé devant le caveau, il n’a même pas pu sortir de la papamobile. Penché par la fenêtre, il a alors enlevé sa calotte, geste qu’il ne fait d’habitude que devant le Saint- Sacrement. Cela disait la richesse, la finesse intérieure de la personne. Par ce geste, alors qu’il n’a plus aucune famille, il a fait preuve d’une profonde humanité qui m’a beaucoup marquée.
Enfin, à chaque voyage, j’ai été impressionné par la force de la prière qui l’habite. Il prie tous les matins dans la chapelle ou l’église du lieu. Le vendredi, il dit son chemin de croix. Je me souviens l’avoir vu, un matin, s’agenouiller à chaque station. C’est un homme de prière. C’est là que se trouve son secret. On a dit de lui qu’il est un grand homme politique, un acteur hors du commun. C’est vrai ! Mais sa véritable définition se trouve dans la prière. Il porte toute l’Eglise dans sa prière et se reconnaît humble fidèle ».
Cardinal Zenon Grocholewski, préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique:
« Il est difficile, en peu de mots, de synthétiser la personnalité de Jean Paul II. Tant d’aspects nous viennent à l’esprit – religieux, pastoraux, doctrinaux, juridiques, culturels, sociaux, humanitaires. – concernant son long et intense pontificat. On peut dire cependant qu’en chacun de ces aspects se manifeste sa grandeur. Celle-ci le rend crédible témoin du Christ, le rend fascinant, surtout peut-être aux yeux des jeunes qui, encore chargés d’idéaux et pas contaminés par les idéologies, se rendent plus facilement compte de son authentique grandeur et courent derrière lui ».
Mgr Julian Herranz, président du C. pontifical pour l’interprétation des textes législatifs:
« Un moment du pontificat de Jean-Paul II qui m’a particulièrement marqué est son récent voyage en Espagne, les 3 et 4 mai 2003. Se rendant sur la terre de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse d’Avila, il nous parla, au cours de son voyage en avion, de la force attirante des mystiques. Il insista pour la énième fois – à travers ses interventions et l’exemple de son intense vie de prière au cours de son pontificat – sur le primat de la contemplation sur l’action. Je me souviens notamment de sa phrase, particulièrement incisive pour les prêtres: ’Notre témoignage se trouverait appauvri d’une manière inacceptable si nous ne nous mettions pas d’abord nous-mêmes à contempler son visage’ ».
Mgr Lozano Barragan, président du Conseil pontifical pour la santé:
« Un moment particulièrement fort, pour moi, du pontificat de Jean Paul II fut quand le Saint-Père rendit visite à mon diocèse, en 1990. Quand il descendit de l’avion, après les salutations habituelles, on lui a présenté une maman avec son fils de 5 ans qui était en phase terminale de leucémie. Ce dernier était dans un tel état qu’on aurait dit un mort vivant. Je me souviens notamment qu’il avait les joues putréfiées. Dans ses mains, l’enfant tenait une colombe. Le pape lui a demandé de la lâcher, ce qu’a aussitôt fait l’enfant. Le pape s’est alors baissé, pour embrasser le petit garçon sur son front. Celui-ci vivait dans un hôpital spécialisé, ses parents sachant qu’il n’y avait plus rien à faire pour lui. Quelques jours plus tard, l’enfant guérit. Agé de 18 ans, il se prépare maintenant à devenir prêtre pour le diocèse de Mexico ».
Cardinal Francis Arinze, préfet de la Congrégation pour le culte divin:
« Le Saint-Père célèbre les mystères sacrés avec une grande foi et une dévotion contagieuse. Une messe pontificale dans un parc de Manille, dans une basilique majeure à Guadalupe, sur la Place Saint-Pierre ou encore dans sa chapelle privée, est toujours un message puissant, une homélie en elle- même, et une expérience inoubliable pour les participants et ceux qui suivent par les différents moyens de communication. Jean Paul II, de par ses voyages apostoliques à travers le monde, a en outre prêché la liturgie plus que n’importe quel livre ou conférence ait pu le faire jusqu’à maintenant. Il a enrichi l’Eglise avec des enseignements clairs et abondants ».
Bernard Moret, caporal de la Garde Suisse pontificale de 1979 à 1999:
« Dès mon arrivée à la Garde Suisse, j’ai eu souvent l’occasion d’approcher Jean Paul II. Pendant deux mois, de mai à juillet de l’année 1979, je me souviens en particulier qu’il a été obligé de déménager dans la Tour Jean XXIII, dans les jardins du Vatican, pour permettre la réfection de ses appartements. Et tous les jours, il descendait l’après-midi pour une promenade dans ses jardins. Lorsqu’il nous croisait, il nous saluait et nous demandait de quel canton nous étions, comment allaient nos familles, et s’inquiétait même de savoir si nous avions faim ou soif, faisant parfois porter par les soeurs, des boissons et des fruits ! Cette attention m’a marqué à vie ».
Cardinal Crescienzio Sepe, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples:
« Il est bien difficile de déterminer un moment particulier du pontificat de Jean Paul II ! Celui du 25e anniversaire de son pontificat en est un en lui- même. Il nous invite à regarder vers l’avenir que le pape a lui-même construit sur le chemin de l’Eglise de l’après Concile et du grand jubilé de l’An 2000. L’incessante prédication de Jean Paul II dans tous les coins du monde, à le timbre missionnaire du Verbe continuellement offert au monde comme signe d’un salut renouvelé. L’Eglise est missionnaire ou ne l’est pas. Le pape a dévoilé cette vérité jour après jour, en la proposant comme enseignement et message pour un monde nouveau ».
Cardinal Ignace Moussa I Daoud, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales:
« Un des moments qui m’a le plus marqué et touché profondément est l’attitude du Saint-Père face à la guerre d’Irak, alors que celle-ci semblait désormais inévitable aux yeux des gouvernants. La position du Vatican a eu des effets extraordinaires sur le monde entier, même si la guerre a quand même éclaté. « Non à la guerre, non à toutes les guerres, et même à la guerre préventive », répétait Jean Paul II. Non seulement le monde musulman a apprécié la position du souverain pontife, mais aussi le monde politique des nations. Une guerre de croisade a été évitée. Personne, autant que le pape, n’a défendu l’Irak ».
Père George Cottier, théologien pontifical:
« J’ai été frappé, au cours de ce pontificat, par l’écoute de Jean Paul II, que ce soit au cours de réunions de travail, ou encore lors d’audiences personnelles. Il a une manière très délicate de dire ce qu’il pense et éventuellement son désaccord, sans jamais blesser personne.
Le moment qui m’a plus particulièrement marqué, durant ces 25 dernières années, est la cérémonie du 8 mars 2000, lorsque Jean Paul II a demandé pardon au nom de l’Eglise catholique pour les pêchés commis par ses fils au cours de l’histoire. Cette cérémonie a ouvert de nouvelles perspectives. Elle nous a obligés à avoir une nouvelle attitude par rapport à l’histoire de l’Eglise, et notamment, à faire le partage entre la sainteté de l’Eglise et le péché de ses enfants. J’ai été particulièrement bouleversé, ce jour-là, voyant un pape fatigué, appuyé sur son crucifix ». (apic/imedia/as/pr)
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