Neuf nouvelles paroisses à Conakry depuis 1994

Guinée: L’Eglise renaît après les atrocités des années 60 et 70

Ibrahima Cissé, envoyé spécial de l’Apic

Conakry, 26 septembre 2003 (Apic) L’Eglise catholique de Guinée s’est complètement guérie de l’épreuve traversée dans les années 60 et 70, selon le Père André Amadou Camara, secrétaire général de la Ceg (Conférence épiscopale de Guinée). Une période marquée par l’emprisonnement de l’archevêque de Conakry et par la fermeture de tous les lieux de cultes catholiques du pays. La vivacité de l’Eglise s’est traduite par la création de neuf nouvelles paroisses à Conakry en neuf ans.

« D’une façon générale, l’Eglise se porte maintenant bien », a déclaré à l’Apic le père André Amadou Camara, secrétaire général de la Ceg. Ancien curé de la Cathédrale de Conakry pendant près de 30 ans et ancien vicaire général de Mgr Robert Sarah, actuellement au Vatican, le père Camara a assuré la charge d’administrateur apostolique de l’archidiocèse de Conakry entre le départ de Mgr Sarah et l’arrivée de son remplaçant, Mgr Vincent Coulibaly. Il est considéré comme une mémoire vivante de l’Eglise guinéenne. Une Eglise « très vivante » dans ce pays où les catholiques représentent 10% de la population, estimée entre 8 et 9 millions d’habitants.

Signe de cette vivacité, elle enregistre chaque année de nombreux baptêmes et des conversions. « Nous avons des communautés qui naissent et se développement, notamment à Conakry », a souligné le père Camara. L’illustration du dynamisme et du développement de la foi en Guinée est la création, depuis 1995, de neuf nouvelles paroisses dans la seule ville de Conakry. Dans le reste du pays, la majorité des catholiques se trouvent en Guinée Forestière, au du pays. Plus de 100 prêtres exercent dans le pays, dont des expatriés. Sont notamment présentes des communautés de spiritains, de salésiens, de jésuites, de frères de Sacré-coeur, de frères des écoles chrétiennes. On y dénombre aussi des congrégations religieuses féminines, dont celle de Mère Teresa.

Au plan institutionnel, la Conférence épiscopale ne comprend que trois évêques, dont un dont le poste est momentanément vacant. Mgr Philippe Kourouma est évêque de Nzérékoré, en Guinée Forestière et Mgr Vincent Coulibaly est archevêque de Conakry. L’archidiocèse de Kankan, en haute Guinée, attend la prochaine nomination de son titulaire.

D’abord examiner la situation politique du pays

La Ceg « n’a pas les grands moyens pour fonctionner comme dans les autres pays, avec une catéchèse, une pastorale sociale, une liturgie, une information permanente, un clergé, un laïcat, … « , regrette son secrétaire général. Conformément à ses statuts, ajoute le père Camara, elle se réunit deux fois par an. D’abord pour « examiner la situation politique du pays ». « Nous commençons toujours par cette analyse là, car l’évangélisation s’exerce dans un contexte bien particulier », fait remarquer le Père Camara. « Ensuite, poursuit-il, nous examinons les problèmes spécifiques à l’Eglise » et les conclusions des travaux de la Ceg sont mises en application par les différentes commissions ad hoc dans les diocèses.

Dans ses déclarations, le Ceg se soucie peu de la réaction du régime en place. « Elle est solidaire d’un peuple et ce qui est important pour elle, c’est de savoir comment la population se retrouve dans ses déclarations ». « Depuis le temps de Mgr Robert Sarah à ce jour, fait remarquer le père André Amadou Camara, la déclaration des évêques de Guinée a toujours été un écho de ce que vit la population, de ce qu’elle pense, et surtout de ce qu’elle attend comme expression de ses aspirations légitimes ». « Il y a eu des tensions entre l’Eglise catholique et l’Etat à cause de certaines déclarations », indique-t-il, tout en reconnaissant que « c’est dans l’ordre des choses, c’est inévitable ».

Une Eglise active dans le domaine socio-économique

D’autre part, l’Eglise catholique de Guinée contribue au développement socio-économique du pays, majoritairement musulman. A la demande des dirigeants politiques, elle a mis en place en 1986 une Organisation Catholique pour la Promotion Humaine (Ocph). Elle est présente dans l’ensemble des trois diocèses du pays et intervient dans les domaines humanitaire et social, notamment pour la construction de dispensaires et d’écoles.

Enfin, le secrétaire général de la Ceg appelle la communauté internationale à aider son pays « à se construire dans sa personnalité, sa richesse propre et son originalité ». Il relève que l’Eglise universelle est « une famille ». « Il est impropre de dire ’l’Eglise de Guinée’, car elle est une part de toute l’Eglise du monde entier ». « Quand un prêtre guinéen baptise, c’est toute l’Eglise universelle qui baptise et c’est cette solidarité au sein d’une famille qui se joue au niveau de toutes les organisations catholiques ». (apic/ibc/bb)

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