Rendre les agriculteurs maîtres de leurs productions

Guinée: L’Eglise catholique protège les paysans contre les usuriers

Par Ibrahima Cissé, correspondant permanent de l’Apic à Dakar

Conakry, 30 septembre 2003 (Apic) L’Organisation catholique pour la promotion humaine (OCPH), « bras » social de l’église de Guinée a lancé un programme banques alimentaires en milieu rural. Ses objectifs: mettre les paysans à l’abri des usuriers et lutter contre les fraudes dans les mesures de récoltes.

« Ces deux éléments réunis font que le paysan guinéen ne travaille que pour rembourser ses prêts principalement, lui faisant perdre presque la moitié de ce qu’il pourrait gagner », a déclaré à l’Apic Jean Pierre Curtis, secrétaire général de l’OCPH. « Face à cette situation, a-t-il poursuivi, l’Eglise a réfléchi sur la manière de faire en sorte que le paysan soit maître de ce qu’il produit ».

La Guinée, 245’860 km2, est un pays essentiellement agricole. Chaque année, les abondantes précipitations de la saison des pluies (juin – septembre) permettent d’importantes récoltes de céréales locales (fonio, mil, maïs, manioc, igname, patates, etc …) et de fruits (oranges, bananes, mangues, entre autres). Les riches commerçants des grandes villes profitent de cette abondance pour exploiter les producteurs agricoles.

Le programme de l’OCPH consiste à créer dans les zones du programme, des magasins de stockage des récoltes céréalières, ainsi que l’octroi de petits prêts aux paysans, en période difficile. Contrairement aux pratiques des usuriers. L’OCPH propose un remboursement après les récoltes dans des conditions avantageuses Dans les faits, ils remboursent juste ce qu’ils ont pris comme dette, plus un « petit intérêt de 10% par an ». « C’est une forme de protection dont nous faisons la promotion », a souligné le secrétaire général de l’organisation caritative catholique de Guinée.

Le programme couvre les régions de Kindia (Haute Guinée), Yomou, Guiyéké (Guinée Forestière) et Coundara (Moyenne Guinée). L’OCPH souhaite son extension sur l’ensemble du terroir nationale. Elle se heurte cependant à des problèmes de moyens. Depuis son lancement en 2001, plus de 200 millions de francs guinéens (138’743 francs suisse) de prêts ont été accordés aux paysans. Pour rendre le programme viable à long terme, l’OCPH veut former et assurer un suivi des paysans bénéficiaires.

L’organisation caritative catholique guinéenne dispose aussi d’une « composante femmes ». Il vise à aider spécialement les femmes dans leurs activités de production, en leur prêtant de l’argent. Jusqu’ici, il leur a prêté 64 millions de francs guinéens (44’397 francs suisses).

Action humanitaire d’urgence

L’OCPH mène, en outre, des actions humanitaires et d’urgence. Elle a reconstruit dans les régions de Kissidougou, Guékédou, Macenta (sud), des maisons détruites lors d’une invasion rebelles en 2000 en Guinée Forestière. Ce programme dont ont bénéficié plus de 15’000 personnes, permet aux populations déplacées, de revenir dans leurs foyers.

Pour leur permettre de reprendre leurs activités de production, l’OCPH réalise pour elles, un vaste chantier d’aménagement des bas-fonds. D’un montant de 600’000 dollars (805’860 francs), ce programme est financé par des Caritas de pays du nord (Pays-Bas, Allemagne, Etats-Unis, entre autres). Il a commencé en novembre 2002 et se poursuivra jusqu’en février 2004, a précisé Jean Pierre Curtis.

Santé et éducation

Sur un autre plan, l’OCPH intervient dans le domaine de la santé et de l’éducation, en construisant plus de dix postes de santé dans le pays, ainsi que plus de 61 jardins d’enfants dans des zones rurales défavorisées. « Nous intervenons sans distinction de race, d’ethnies et de religions », a précisé son responsable. L’OCPH a été créée en 1986, suite à une demande du gouvernement guinéen auprès de l’Eglise pour qu’elle intervienne auprès des populations déshéritées. (apic/ibc/sh)

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