Genève: Le cardinal Sfeir de passage en Suisse du 20 au 23 octobre
Genève, 30 septembre 2003 (Apic) Le cardinal Nasrallah Sfeir, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, visitera les maronites établis en Suisse du 20 au 23 octobre. L’occasion pour lui de rencontrer les responsables des Eglises locales et d’aborder les difficultés politiques que traverse son pays, le Liban.
Le passage du cardinal Nasrallah Sfeir en Suisse s’inscrit dans le cadre d’un voyage qui le mène depuis le 25 septembre, et durant plus d’un mois, également en France, en Belgique, en Italie, en Suède, en Allemagne et en Grande-Bretagne. Le patriarche entend maintenir le contact avec les quelque 150’000 maronites émigrés en Europe, dont plus de la moitié en France. Et éventuellement les faire revenir au Liban, comme l’affirmait le quotidien libanais «L’Orient – le Jour» à la veille de son départ.
Le Liban risque de disparaître
«La jeunesse libanaise quitte le Liban faute de travail, mais aussi parce qu’elle supporte mal le climat politique», souligne dans les colonnes du quotidien libanais le patriarche Sfeir, qui lance une mise en garde contre «le risque de disparition du Liban», causé en premier lieu par «l’hégémonie syrienne».
«Disparition, entendons-nous», précise encore l’homme d’Eglise. «Le roc et la terre resteront. Mais la jeunesse libanaise s’en va, et la jeunesse, c’est l’avenir. Quand l’avenir nous fuit, oui, la peur se justifie.» Et le cardinal Sfeir de lancer un appel pour l’indépendance totale de son pays, encore contrôlé par la Syrie.
L’idée de la création d’une entité chrétienne au Liban n’entre pas dans les vues du patriarche maronite: «Nous avons vécu avec les musulmans dès l’aube de l’islam. (.) Le territoire libanais est tellement exigu qu’on ne peut pas créer deux Etats».
Une diaspora dix fois plus importante que la communauté locale
Mgr Sfeir est le chef d’une Eglise d’Orient dont les fidèles sont désormais dix fois plus nombreux dans la diaspora que dans le territoire d’origine, rappelle la communauté maronite qui organise son passage en Suisse. Le prélat a récemment présidé au coeur de la Montagne libanaise une Assemblée patriarcale réunissant en délégations les représentants épiscopaux, religieux et laïcs de tous les diocèses maronites institués au Liban et à travers le monde ainsi que la délégation du Visiteur Apostolique pour l’Europe. Pour ces premières assises du genre, consacrées aux problèmes et aux défis de l’Eglise maronite, le cardinal Sfeir a invité des observateurs des autres communautés catholiques du Liban, ainsi que des communautés orthodoxes, évangélique, musulmanes et druze.
Le cardinal Sfeir rencontrera en particulier la presse lundi 20 octobre à 16h00 à l’hôtel La Réserve – 301 rte de Lausanne – 1293 Bellevue (entre Genève et Versoix). BB
Encadré:
Origine des maronites
Apparue au tournant du IVe et du Ve siècles, l’Eglise maronite tire son nom de son fondateur, Saint Maron, un moine de la région d’Apamée (Antioche). Elle sera portée à se réfugier dans la Montagne Libanaise où son Patriarche établira définitivement son siège au Xe siècle, dans la vallée de la Qadisha – la vallée sainte. C’est pourquoi les fidèles de cette ancienne Eglise d’Orient, les maronites, s’identifient étroitement avec le Liban dont ils ont transformé les flancs montagneux arides en vergers. Aussi, à l’exception de la frange qui s’est toujours maintenue en Syrie et dont une partie avait émigré en Egypte ou dans les Amériques au XIXe siècle, la quasi totalité d’entre eux est de nationalité ou d’origine libanaise. A l’heure actuelle, on compte dix fois plus de maronites dans la diaspora (Europe, Amérique du Nord, Amérique latine, Australie) qu’au Liban même, où ils sont estimés à environ un million. BB
Encadré:
Historique, doctrine et liturgie des maronites
Partisans de la christologie (étude de la personne et de la doctrine du Christ) du concile de Chalcédoine, les maronites édifient un monastère entre Antioche et Alep (Préfecture de Syrie Seconde). Dès le début du Ve siècle, des missionnaires maronites essaiment, notamment au Liban, pour évangéliser les populations phéniciennes, alors païennes.
En 451 se tient le 4e concile oecuménique de Chalcédoine qui condamnera la doctrine du monophysisme, laquelle ne reconnaissait au Christ qu’une nature. Une formulation élaborée à Rome y est alors adoptée, définissant que l’unique Personne du Verbe incarné subsiste en deux natures distinctes, divine et humaine.
En 1182, au cours de la période des Croisades, les maronites réaffirment leur union avec Rome. Ainsi, ils ont donc de tout temps fait partie intégrante de l’Eglise catholique universelle dont ils professent la même foi, tout en jouissant d’une autonomie «sui juris».
Au côté des langues ayant cours dans les pays où ils sont établis (arabe, français, anglais, espagnol) le syriaque, un dialecte araméen proche de celui parlé au temps du Christ, continue à figurer dans les célébrations religieuses en signe de l’attachement des maronites à leur patrimoine spirituel. Dans le cadre de la réforme liturgique des années 70, l’Eglise maronite a toutefois commencé à traduire en arabe des textes sacrés écrits en syriaque; des projets de traduction dans les autres langues usuelles précitées sont également à l’étude.
Les maronites ont conservé une tradition, un mode d’organisation et une liturgie qui leur sont propres et demeurent très authentiques. Leur liturgie obéit au rite antiochien et remonte aux premiers siècles du christianisme. BB
Encadré:
Biographie du cardinal Nasrallah Pierre Sfeir
76e patriarche de l’Eglise maronite et le troisième à être créé cardinal par le Saint-Siège, Nasrallah Pierre Sfeir est né le 15 mai 1920 à Rayfoun dans le Kesrouan, région de la Montagne Libanaise située au nord-est de Beyrouth. Il complète ses études secondaires au séminaire Saint-Maron de Ghazir, puis entreprend et achève des études philosophiques et théologiques à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.
Il est ordonné prêtre le 7 mai 1950. De 1951 à 1955 il est curé de la paroisse de Rayfoun, et est également chargé du Secrétariat de l’évêché maronite de Damas. En 1956, il est nommé Secrétaire du Patriarcat maronite, sis à Bkerké, et professeur de traduction, de littérature et de philosophie à l’école des Frères Maristes à Jounieh.
En 1961 il devient évêque titulaire de Tarse et vicaire patriarcal, et reçoit confirmation de son élection par le pape Jean XXIII. Son ordination épiscopale a alors lieu le 16 juillet de la même année. Il est élu Patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient le 16 avril 1986. Le pape Jean Paul II lui confie alors l’»Ecclesiastica Communio» le 7 mai. Le 26 novembre 1994, il est créé cardinal par le pape Jean-Paul II. En 1995, il deviendra également président délégué de l’assemblée spéciale du Synode des évêques pour le Liban.
Ses publications, en langue arabe, portent essentiellement sur les sources de l’Evangile et comportent également des recueils de prédications, de réflexions spirituelles et de prises de positions nationales. (apic/com/bb)
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