Afrique: Appel de la société civile à la 13e assemblée générale du SCEAM
Dakar, 5 octobre 2003 (Apic) Une coalition d’Organisations non gouvernementales (ONG) engagées dans la lutte pour l’annulation de la dette du tiers- monde a demandé samedi 4 octobre 2003, aux évêques africains de s’impliquer dans cette bataille. Les représentants de la campagne se sont adressés aux quelque 150 religieux de l’église catholique, en conclave à Dakar du 1er au 12 octobre pour la 13e assemblée générale du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et Madagascar (SCEAM).
La déclaration lue devant les participants, est signée par 5 groupes d’ONG et d’organisations de la société civile du Nord et du Sud, dont Jubilé sud, ATTAC, le Congad (Conseil des ONG d’appui au développement du Sénégal). Il est rappelé aux responsables religieux catholiques d’Afrique que « les peuples du monde souffrent avec la pauvreté. Celle- ci, ont-ils estimé, est la conséquence d’un commerce inéquitable entre le Nord et le Sud et d’une répartition inégale des biens et des ressources. Elle (cette pauvreté) est caractérisée par la sous- alimentation, le manque d’eau potable pour tous, les dysfonctionnements des systèmes éducatifs, ainsi que par la santé «très précaire» des femmes, des enfants et autres cibles vulnérables dans les villes et campagnes ».
Une trop longue liste
A cette liste s’ajoutent les conflits, qui, à côté du sida, sont entrain de «décimer des villages entiers en Afrique», condamnant des populations à se réfugier ou à vivre perpétuellement en personnes déplacées.
Aux yeux des ONG, ce lot de malheurs est essentiellement dû aux politiques hasardeuses qui ont entraîné l’Afrique dans un cycle infernal d’endettement avec des plans d’ajustement structurel « qui empêchent les Etats de répondre aux besoins de première nécessité de leurs populations », a ajouté la coalition.
Dans la déclaration, il est également affirmé que « le fardeau de la dette des pays du tiers-monde est lourd sur les épaules des peuples qui vivent désormais sous le seuil fatidique de la pauvreté absolue ». « Cette dette est odieuse, immorale
et illégale », dénoncent les ONG. Pour la combattre, la coalition a indiqué avoir collecté 17 millions de signatures dans le monde et organisé des manifestations à Dakar (décembre 2000), Gêne (Italie), Davos, Porto Alègre, etc …
Une dette plusieurs fois remboursée
« Le monde va mal et personne ne doit se murer dans un silence complice face à sa marchandisation », ont encore fait remarquer les militants de l’annulation de la dette. En Afrique, ont-ils précisé, la dette est entrain de perdre les filières agricoles. Elle menace l’arachide au Sénégal, le coton au Mali, au Burkina-Faso, au Sénégal et au Tchad, le café et le cacao en Côte-d’Ivoire. Elle menace aussi les services sociaux dans les pays les moins avancés, tout comme l’autosuffisance alimentaire, et toute la dignité humaine.
La dette « est une catastrophe pour l’humanité, dans la mesure où elle maintient dans la plus extrême pauvreté, des pays entiers possédant pourtant d’importantes richesses
matérielles et humaines », dénoncent les représentant de la société civile, en rappelant que la dette a « été remboursée plusieurs fois ».
L’Afrique au sud du Sahara a payé à ses créanciers 4 fois sa dette depuis 1980, mais se trouve toujours trois fois plus endettée. En plus, chaque année, elle paie en service de la dette quatre fois l’addition des budgets sociaux de la santé et de l’éducation réunis. « Cet argent envoyé au Nord a cruellement manqué pour le développement du Sud ».
Un monde d’iniquité
Citant le Programme des Nations-Unies pour le développement (Pnud), la coalition d’ONG a présenté une illustration sombre du monde où 2,8 milliards de personnes disposent de moins de 2 dollars par jour. La situation est plus grave en Afrique. Dans ce continent, 340 millions de personnes vivent avec 0,64 dollars par jour. Sur 680 millions d’enfants en âge d’aller à l’école, 133 millions (dont les 97% vivent dans le tiers- monde) ne sont pas scolarisés. Dans le même temps, 1,2 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Dans le domaine de la santé, a-t-elle dit encore, 2,4 milliards de personnes ne disposent d’aucune forme d’équipement sanitaire améliorée.
En outre, 141 enfants africains sur 1000 meurent avant l’âge de 5 ans et trois millions d’enfants meurent chaque année de maladies respiratoire, de paludisme, de diarrhées, de rougeole et de tétanos. A cause des mauvaises conditions d’existence dans le continent, l’espérance de vie en Afrique est tombée à 48,9, malgré le niveau technologique du monde qui vit à l’âge de la cybernétique.
La voix de l’Eglise
Face à cette triste image, la campagne annulation de la dette du tiers- monde, a lancé un vibrant appel aux évêques africains. « Vous qui avez une voix plus écoutée, nous vous convions à mieux relayer la voix des sans voix, la voix de la société civile, la voix de tous ceux qui croupissent sous le poids de la dette et de la pauvreté, de l’exclusion
et de l’humiliation », ont lancé les ONG.
« Le moment est venu d’aboyer très fort, parce que le monde est en danger à cause de la course effrénée aux profits que mène la grande finance internationale », ont déclaré les ONG. « C’est parce que nous savons qu’une plus grande implication de l’Eglise et de ses responsables dans la résolution des grands problèmes du monde est bénéfique pour l’humanité que nous vous invitons à parler davantage », ont-ils indiqué. Les ONG ont ainsi prié l’Eglise africaine, de parler pour que « naisse un autre monde de paix, de justice, d’équité et qui reflète la véritable nature de l’homme »
Hommage au pape
La déclaration de la coalition d’Ong et de la société civile a enfin rendu hommage au pape Jean Paul II « pour le combat infatigable qu’il ne cesse de mener pour la paix, la démocratie, et la justice dans le monde ». La coalition a insisté auprès des évêques africains de se mobiliser pour que les flux financiers aussi exorbitants qu’illégaux en partance vers le Nord cessent. Le Sud, ont enfin relevé les ONG, a déjà tout donné et il faut abolir la dette qui « une nouvelle forme d’esclavage », ont conclu les représentants de la société civile. (apic/ibc/sh)
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