La Cour suprême lui donne raison: coup de pouce à l’injustice?
Buenos Aires, 12 octobre 2003 (Apic) La Cour Suprême argentine a reconnu le droit une jeune femme à ne pas se soumettre à un prélèvement sanguin pour vérifier, par l’examen de l’ADN, l’identité de ses parents biologiques.
La sentence de la Cour engendrera des polémiques, tout comme la décision d’Evelyn Vázquez Ferrá, fille de «desaparecidos» (disparus), 26 ans, qui prépare sa maîtrise d’ingénieur.
La jeune fille n’a pas voulu se soumettre à l’examen de l’ADN pour «sauver» son père adoptif d’une probable condamnation pour l’enlèvement d’un nouveau né sous l’ancien et triste régime militaire (1976-1983).
Les organisations engagées en faveur de la revendication des droits des enfants de disparus ont surtout attaqué la décision de la jeune fille, en affirmant que la sentence risque de rendre vain un dur travail de plusieurs années. Et aussi de protéger à l’avenir les personnes que les militaires et tortionnaires ont d’une manière ou d’une autre privilégiées.
L’»histoire» d’Evelyn a commencé il y a presque trois ans lorsque sa grand-mère présumée, Inocencia Pegoraro, a déclaré avoir reconnu en elle sa nièce. Selon la femme, la jeune fille serait l’enfant de Rubén Bauer et de Susanna Pegoraro, tous deux disparus en 1977 après avoir été emmenée dans la tristement célèbre Ecole de Mécanique de la Marine (ESMA), à Buenos Aires, l’un des principaux centres de détention des opposants politiques pendant les années de la dictature argentine.
Susanna, fille d’Inocencia, serait la mère biologique d’Evelyn. Après avoir reçu la confession du père adoptif, l’ex sous-officier de la marine Policarpo Vàzquez, qui a admis avoir reçu la nouvelle née Evelyn d’un autre militaire et de l’avoir enregistrée avec sa femme comme leur fille, le tribunal qui suit le cas avait demandé à la jeune fille de se soumettre à l’examen de l’ADN.
Interrogations
Evelyn a décidé de faire recours devant la Cour Suprême, qui lui a donné raison en fin de semaine passée. Selon l’opinion de sept des huit juges du Haut tribunal, la loi protège «le reniement de d’une personne majeure qui refuse que son corps ou des parties de celui-ci soient utilisés pour extraire des éléments de preuve qui rendent possible la condamnation de ceux que la loi autorise à protége».
Dans ce cas, Evelyn a refusé de se prêter à l’examen de l’ADN pour protéger son père adoptif. «Je suis contente parce que j’ai eu ce que je voulais» a commenté la jeune fille en écoutant la sentence. Toutefois, a-t- elle ajouté, «il est probable que je fasse personnellement l’analyse de l’ADN et qu’une fois le résultat obtenu, alors peut-être naîtra en moi le désir en moi d’être en contact avec mes parents biologiques».
Jusqu’aujourd’hui, les grand-mères de la Place de Mai ont identifié 75 enfants de disparus, mais elles estiment qu’au moins 400 autres enfants enlevés aux victimes de la dictature doivent récupérer leur vraie identité. (apic/misna/pr)
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