Congo RDC: Des gouvernements soutiennent les groupes armés dans l’est de la RDC
Kinshasa, 19 octobre 2003 (Apic) « Le Rwanda, l’Ouganda mais aussi le gouvernement de Kinshasa continuent de soutenir les groupes amés actifs dans l’est de la République Démocratique du Congo: une intervention rapide de la communauté internationale est nécessaire pour éviter que la situation ne s’aggrave ». Tel est l’appel lancé le 18 octobre par Irène Kahn, secrétaire générale d’Amnesty International (AI), que l’Agence d’information catholique MISNA a contactée par téléphone à Kigali.
La responsable de l’organisation pour la défense des droits de l’Homme se trouve aujourd’hui au Rwanda dans le cadre d’une visite de dix jours dans la région africaine tourmentée des Grands Lacs. « Nous exprimons notre grave préoccupation pour ce qui se passe dans la province du Kivu, dans l’est de l’ex Zaïre », ajoute Irène Kahn. « Tandis que dans la capitale Kinshasa se trouve le gouvernement de transition, dans l’est de l’ex Zaïre les miliciens et les factions armées contrôlent encore le territoire et commettent en toute impunité de graves violations des droits de l’Homme. Nous avons des indications d’une forte croissance des abus sexuels contre les femmes ».
Ces jours-ci la délégation d’Amnesty s’est rendue à Goma, ville frontière entre le Congo et le Rwanda, où elle a rencontré des autorités locales, des organisations non gouvernementales, des associations de victimes. Et vendredi, dans la capitale rwandaise Kigali, la secrétaire générale s’est entretenue avec le président Paul Kagame. « Je lui ai demandé de stopper les violations commises par les militaires du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD-Goma), sur lesquels il exerce sans aucun doute une forte influence » explique à MISNA Irène Kahn. Amnesty a également soulevé la question de l’embargo sur les armes imposé il y a quelques mois par le Conseil de sécurité à l’égard des groupes armés de l’est du Congo: « Kagame a dit qu’il s’activera », explique sans trop de conviction la responsable d’Amnesty. « Mais le chef d’Etat rwandais a totalement rejeté les accusations des experts de l’ONU sur l’implication de son pays dans l’exploitation illégale des ressources du Congo », poursuit Irène Kahn, « et il nous a dit qu’il instituera une commission d’enquête autonome. Amnesty demande que les résultats de cette enquête soient rendus publics ».
Conflit au Congo exploité pour s’enrichir
Jusqu’à présent le Rwanda a rejeté l’accusation, soulevée par les observateurs indépendants, les activistes des droits de l’Homme et une partie de la communauté internationale, d’avoir exploité (et de le faire encore aujourd’hui) le conflit au Congo pour s’enrichir. Kagame a plutôt déclaré à la délégation d’Amnesty International que subsistent encore les motifs d’insécurité qui, il y a plusieurs années, ont poussé le Rwanda à envahir l’ex Zaïre.
« Kagame », raconte encore à l’Agence MISNA Irène Kahn, « nous a assuré que sa stratégie vise à convaincre le nouveau gouvernement de transition du Congo à démanteler tous les groupes armés actifs dans l’est du pays, y compris les Interahamwe (extrémistes hutu) et les ex soldats de l’armée rwandaise », que Kigali considère comme les responsables du génocide du Rwanda en 1994. Mais la responsable d’Amnesty n’hésite pas à manifester sa préoccupation: « Nous demandons que la communauté internationale passe concrètement à l’action pour intervenir: la création il y a quelques mois d’un gouvernement d’unité nationale au Congo offre à présent une opportunité pour affronter cette situation. Si on ne résout pas rapidement le problème des groupes armés actifs dans le Kivu, on risque une dégénération dangereuse ».
Malgré la présence de la MONUC, la mission de l’ONU dans l’ex Zaïre, avec un budget de 600 millions de dollars par an, l’est du pays demeure toujours peu sûr et dangereux. Suite au programme de désarmement, de démobilisation, rapatriement et réinsertion des miliciens rwandais, seuls quelques centaines d’hommes sont rentrés au Rwanda grâce à l’intervention de l’ONU. « Nous rencontrerons aussi les responsables de la MONUC », conclut Madame Kahn. « Mais les gouvernements occidentaux comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui ont une grande influence sur le Rwanda, l’Ouganda et même le Congo, doivent utiliser tous les instruments à leur disposition pour que ces gouvernements assurent leur coopération. Et surtout, la communauté internationale ne doit pas hésiter à dénoncer les promesses qui ne sont pas tenues ». (apic/misna/bb)
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