Rome: Témoignage d’Agi Bojaxhieu, l’unique nièce de Mère Térésa

Apic interview

«Je n’avais pas idée de la pauvreté dans laquelle elle vivait «

Propos recueillis par Sophie de Ravinel, correspondante de l’Apic à Rome

Rome, 19 octobre 2003 (Apic) Fille unique de son frère aîné, Agi Bojaxhiu est l’unique nièce de Mère Térésa. Le 19 octobre, lors de la béatification de sa tante, elle était à côté de l’autel et a apporté des dons à Jean Paul II au cours de la célébration.

Mariée avec un Sicilien et mère de deux enfants, Agi Bojaxhiu mène une vie de famille très simple et normale. Elle témoigne de sa première rencontre avec sa tante et des années qui ont suivi, marquées par une très grande proximité avec elle.

Apic: Quand avez-vous rencontré Mère Térésa pour la première fois ?

Agi Bojaxhiu: C’était en 1966, j’avais 21 ans et j’étais sur le point de me marier. Je suis venue à Rome avec mon père qui n’avait pas vu sa soeur depuis 1928, lorsqu’elle est entrée au couvent. Ce sont les aléas de l’histoire et de notre famille qui les ont empêchés de se revoir avant. Mais ils s’écrivaient beaucoup. J’étais curieuse de la rencontrer, mais pas intimidée. Je n’avais pas idée de la pauvreté dans laquelle elle vivait. Au restaurant, elle s’est extasiée devant un poulet qui me semblait tout simple, ou des savonnettes parfumées. Même sans parler beaucoup avec elle, tu te sentais très à l’aise. Un sentiment de paix émanait d’elle. Je lui ai présenté mon mari, qui a 18 ans de plus que moi et elle a plaisanté en disant qu’il était peut-être un peu âgé pour moi!

Apic: Vous la revoyez ensuite assez souvent…

A.B: Oui, je la voyais presque chaque année lorsqu’elle venait à Rome, voir ses soeurs Chaque fois, elle me consacrait un moment dans le parloir. Elle parlait très peu d’elle même et me faisait beaucoup parler de moi. Plus que d’une tante, il s’agissait presque d’une mère spirituelle. Mais c’était tout simple, sans fioriture ni mysticisme. Je peux dire maintenant qu’elle a réellement influencé ma vie, celle de mon mari et de mes enfants. Mais sur le moment, nous ne nous en rendions pas vraiment compte. Nous sommes une famille très tranquille, très éloignée de toute bigoterie.

Apic: Quelle impression ressentez-vous suite à cette béatification ?

A.B: Pour moi, Mère Térésa était déjà tellement spéciale de son vivant … Cette béatification ne change pas grand chose. Je ne réalise pas encore très bien. Mère Térésa ne supportait pas le culte de sa personnalité de son vivant. Elle faisait brûler ses saris de manière à ce que les soeurs ne s’en servent pas comme objets de dévotion. Elle était une soeur parmi les autres. En 1989, lorsqu’elle est tombée malade après un séjour en Afrique, je suis allée la voir un mois à Calcutta. Avec une autre religieuse, je me suis occupée d’elle chaque jour. C’est le plus beau cadeau qu’elle m’ait fait. Quelques mois avant sa mort, en décembre 1997, elle qui n’extériorisait pas beaucoup ses sentiments, m’a pris la main en me disant : «nous sommes les uniques survivantes de notre grande famille, nous sommes du même sang». Je garderai ce souvenir toute ma vie…

Apic: Elle était très proche de Jean Paul II …

A.B: Evidemment, c’était comme une soeur spirituelle. Il éprouvait beaucoup d’affection pour elle. Lorsqu’elle était malade, il appelait tous les jours pour prendre de ses nouvelles. Mère Térésa, plusieurs fois, m’a dit de prendre un petit chapelet en plastique ou une petite image en disant, «tu la porteras au Saint-Père, cela lui fera plaisir». Elle était si simple. Je pense que cette béatification pour le pape est un moment très intense. Une grande communion les unit. (apic/imedia/bb)

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