« La mort n’est pas le chemin qui se perd dans les bois »
Déo Negamiyimana, de l’Apic
Lausanne, 27 octobre 2003 (Apic) La faculté de théologie protestante de l’Université de Lausanne organise du 28 octobre au 2 décembre un cours public sur le thème de la mort et l’après-mort. Présentation du thème par le doyen Daniel Marguerat, pour lequel la mort n’est pas le chemin qui se perd dans les bois.
Daniel Marguerat constate que la question de la mort est constamment soulevée dans le domaine religieux. « D’où, indique-t-il, beaucoup de représentations sur cette période de la vie et une croyance de plus en plus forte en la réincarnation ». D’où également un regain d’intérêt pour certains ouvrages comme le livre des morts égyptiens et celui des morts tibétains. « Cette attitude humaine face à notre dénominateur commun a conduit notre faculté à donner une information sur l’après-mort, même si elle reste dans le domaine de ce que l’on ne sait pas », souligne le bibliste Marguerat. Pour le Vaudois, il est intéressant de comparer les représentations de l’après-mort, sans chercher à distinguer le juste du faux. Suivant sa religion, on acquerra simplement ce qui donne confiance dans telle représentation. « La démarche conduit, estime-t-il, en la croyance en le jugement dernier, la réincarnation, la résurrection, etc. » Le cours public organisé par sa faculté essaiera d’éclairer de quelle façon telle ou telle représentation implique un point de vue ou induit un sens donné à l’avant-mort.
Se défaire de l’après mort comme lieu de punition
Les conférences se pencheront surtout sur la manière dont le christianisme rend compte de l’après-mort. Précisément, le cours visera à aller au-delà de la croyance chrétienne classique en la résurrection, laquelle tend à s’éroder de l’avis du théologien vaudois. « Nous ferons, promet-il, l’éclairage sur ce que les textes disent et ce qu’ils ne disent pas. Depuis le Moyen-âge, les Eglises nous ont habitués à un usage culpabilisant de l’après-mort qui continue à habiter nos consciences. Nous tenterons de nous dégager des siècles d’utilisation terroriste de l’après- mort comme lieu de punition et de malheur. »
Rien ne se fera en dehors de la Bible. Ainsi, pour qui voudrait savoir si la mort vient de Dieu ou du diable, le doyen répond que la Parole de Dieu n’est pas si claire. Le livre s’adresse simplement à une humanité en présentant l’image de la condition humaine dans laquelle Dieu est présent. En lisant la Bible, on comprend qu’être homme, c’est être mortel, limité dans ses ambitions et surtout dans son désir de vivre. Cela fait dire au théologien lausannois qu’il y aura toujours la mort, jusqu’à ce que Dieu arrête l’Histoire. Un moment que les chrétiens appellent la résurrection et que la culture juive désigne par royaume de Dieu. C’est pour cette raison que Jésus-Christ s’est refusé à considérer la mort comme une sanction. Il lui a donné le sens d’une mystérieuse présence de Dieu au creux des vies maltraitées par la mort de l’autre. Une preuve de plus offerte au croyant pour lui dire qu’il a noué des liens dans son existence, liens qui ne sont pas interrompus par la mort.
Permettre à l’entourage du défunt de sortir de l’horreur
Daniel Marguerat recommande au chrétien, en attendant la résurrection, d’apprendre à consentir au départ de son être cher. « Il faut lâcher prise, accepter la séparation, le choc de la mort et le jamais plus. C’est la fonction des rites de deuil dans la vie des hommes », souligne-t- il. Le responsable de la faculté de théologie lausannoise regrette qu’en tradition protestante, on n’ait pas suffisamment cultivé les rites. « Ces dernières années, observe-t il, les protestants tentent de retrouver la nécessité de se trouver autour du cadavre, prendre soin de lui, pleurer, etc. La valeur de ces rites, c’est de pouvoir dire son affection à l’autre, de se vider de sa souffrance en pleurant, en criant comme le font bien des populations méditerranéennes et africaines ». Le doyen Marguerat reconnaît aussi que pour la communauté humaine, qui n’a pas grand chose à dire face à la mort, c’est une occasion d’exprimer sa solidarité. Ce qui permet à l’entourage du défunt de sortir de l’horreur. « En outre, conclue le bibliste, les rites aident à remettre à Dieu celui pour lequel on ne peut plus rien. C’est très important que cela soit un acte communautaire. Le groupe, et non seulement sa famille qui se retire dans l’intimité, remet à Dieu celui ou celle qui a vécu avec lui. » DNG
Encadré:
Mourir . et après
En collaboration avec la Société vaudoise de théologie, la Faculté de théologie de l’Université de Lausanne Dorigny organise, du 28 octobre au 2 décembre 2003, un cours public intitulé « Mourir. et après ». Ouvert à tous, le cours fera intervenir un historien des religions, deux philosophes et des théologiens.
Des informations plus détaillées sont disponibles sur le site http://www.unil.ch/theol/ Chaque conférence commencera à 18h15 et sera suivie d’un débat qui prendra fin à 19h30. Finance d’inscription: 50 frs; 30 frs pour AVS/chômeurs, gratuit pour les membres UNIL et Société vaudoise de théologie.
(apic/dng/bb)
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