Une « république oligarchique » avec un « mécanisme d’exclusion »
Genève, 28 octobre (APIC) Une table ronde consacrée à la Colombie a réuni des représentants de Nestlé et de Novartis, lors de la Conférence européenne des commissions Justice et Paix à Genève, qui s’achève le 28 octobre. Quel rôle les multinationales peuvent-elles jouer dans un pays ravagé par un conflit sans fin?
La Conférence a d’abord entendu des exposés du jésuite colombien Alejandro Angulo sur cette « république oligarchique » qui, dit-il, constitue un mécanisme d’exclusion et de Peter Stirniman, de la Communauté de travail des oeuvres d’entraide, chargé de la coordination du programme suisse pour la paix en Colombie « Suippcol ». Tous deux ont ensuite participé à une table ronde, avec Klaus Leisinger, de la Fondation Novartis pour le développement durable, Hans Joehr, de Nestlé, Jean-Claude Huot, de la Déclaration de Berne et Jean-Pierre Gontard, de l’Institut Universitaire d’Etudes du Développement.
Présent depuis 70 ans en Colombie, où la multinationale emploie 2’000 personnes et achète le lait de 5’000 paysans, Nestlé a été pris à partie au sujet de certaines pratiques commerciales et d’un conflit social, l’an dernier, dans l’une de ses usines. Novartis, elle, a été attaquée au sujet du manque d’accès des populations pauvres aux médicaments contre le sida, la malaria et la tuberculose. Les représentants des deux firmes se sont appliqués à relativiser leur part de responsabilité. « Ne demandons pas aux entreprises autre chose que ce qu’elles peuvent faire! » s’est exclamé Klaus Leisinger. Avant d’ajouter: « Chers amis des Eglises, qui avez des succursales dans chaque village de Colombie, vous êtes les seuls à pouvoir quelque chose. ». « Ne surestimez pas le pouvoir des multinationales! » a fait chorus Hans Joehr.
Contrôler l’application des normes
Nestlé, entre autres, a adhéré au Pacte mondial, code de conduite du monde des affaires promu par le secrétaire général des Nations Unies Kofi Anan. Jean-Claude Huot a insisté pour qu’un organisme de contrôle soit établi et accepté afin que les entreprises soient toutes soumises aux mêmes règles. « Nous sommes sous le regard des fonds éthiques et de l’opinion publique », a fait remarquer Klaus Leisinger.
Au cours de cette table ronde, il a encore été question de la fourniture d’armes en Colombie (lié au trafic de cocaïne), dans laquelle des entreprises européennes sont impliquées. Les multinationales helvétiques ne sont pas seules en cause, a enfin souligné Jean-Pierre Gontard. Des entrepreneurs colombiens sont en mesure de faire pression sur le gouvernement de Bogota en faveur de la paix. D’autres, malheureusement, dont des dirigeants de certaines multinationales – non signataires du Pacte mondial – et de plus modestes acteurs économiques profitent des désordres actuels. « Nous devons porter notre attention sur toute la gamme des entreprises », conseille-t-il à la Conférence des commissions Justice et Paix. (apic/mba/bb)
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