Italie: La bataille des crucifix dans les salles de classe fait rage
Rome, 30 octobre 2003 (Apic) La bataille des crucifix dans les salles de classe continue de faire rage en Italie. L’islamiste Adel Smith, autoproclamé « président de l’Union des musulmans d’Italie », attaque le pape Jean Paul II et le président italien Carlo Azeglio Ciampi.
Quant au gouvernement italien, il prépare un recours contre la décision de Mario Montanaro. Ce juge vient d’ordonner l’enlèvement du crucifix de l’école publique « Antonio Silveri » d’Ofena, dans la province de l’Aquila, à une centaine de kilomètres de Rome.
Mercredi, l’officier public chargé de procéder à l’exécution de la sentence s’y est refusé pour des motifs de conscience. Le juge Montanaro a donné suite à une plainte déposée par Adel Smith en ordonnant l’enlèvement du crucifix, estimant défendre ainsi « l’impartialité de l’instruction scolaire publique face au phénomène religieux ».
Coutumier de la provocation, « idiot utile » des médias italiens en mal de sensations, cet Italien de 43 ans, converti à l’islam, dirige un groupuscule radical revendiquant 5’300 adhérents (un chiffre tout à fait fantaisiste). Il déclarait ne plus supporter la vue du crucifix dans l’école où sont scolarisés ses deux jeunes fils. La polémique s’est rapidement enflammée et la décision du juge a été condamnée par de nombreux dirigeants de l’Eglise et la plupart des hommes politiques. La Conférence épiscopale italienne a elle aussi vivement protesté dimanche.
Jean Paul II, un « extracommunautaire »
Adel Smith, s’en est pris à Jean Paul II, qualifiant le pape d’ »extracommunautaire » et conseillant au président italien de « relire la Constitution ». Ses provocations dans les médias contre les personnalités et les symboles chrétiens, par ailleurs peu appréciées des associations musulmanes représentatives, font monter la tension: les milieux de l’extrême-droite xénophobe se frottent les mains, tandis que le vice- Premier ministre italien Gianfranco Fini estime que c’est un mauvais coup porté contre l’intégration des extracommunautaires.
Pour le leader de l’Alliance nationale (postfasciste), qui plaide désormais pour le droit de vote des étrangers extracommunautaires aux élections locales et provinciales (dites « administratives »), c’est une grave absurdité de vouloir enlever les crucifix des salles de classe. L’affaire de l’Aquila risque à ses yeux de provoquer un rejet des étrangers extracommunautaires.
Si les communistes italiens se font les ardents défenseurs de la laïcité, ils n’apprécient pas la manière dont le débat dégénère. « L’école italienne doit être laïque et ouverte à tous », déclare le chef de groupe des communistes italiens à la Chambre, Marco Rizzo. Et d’ajouter: « Celui qui cherche l’affrontement, comme celui qui a demandé avec un geste extrémiste l’enlèvement du crucifix, n’apporte aucune aide ni à la bataille pour l’école publique ni à l’intégration entre les diverses cultures qui doit être basée sur le respect réciproque ».
Lui faisant écho, le leader de Refondation communiste, Fausto Bertinotti, affirme qu’il serait mieux s’il n’y avait aucun symbole religieux dans les écoles publiques, mais qu’il aurait personnellement « quelques difficultés à enlever le crucifix ». Et le chef communiste de qualifier « d’erroné et d’intolérable tout esprit de croisade, d’où qu’il vienne ».
Dangereuse exploitation politique
En attendant, le crucifix n’a pas encore été enlevé de la salle de l’école « Antonio Silveri » d’Ofena, car l’officier judiciaire, chargé de notifier l’ordonnance d’enlèvement du crucifix, a invoqué sa foi catholique pour poser un acte d’objection de conscience. C’est une autre personne officielle, escortée de carabiniers, qui a été chargé de l’apporter à la direction de l’école. Mercredi matin, une foule de parents partisans du maintien du crucifix et de curieux s’était rassemblée devant l’école pour attendre la venue de l’officier judiciaire. Les familles brandissaient des pancartes demandant de ne pas toucher à la croix. Annarita Coletti, maire de la commune d’Ofena, est intervenue pour calmer les esprits et assurer que les crucifix ne seraient pas « retirés dans l’immédiat ». Elle affirme que toutes les initiatives seront prises et que toutes les opportunités prévues par la loi seront saisies pour ne pas exécuter l’ordonnance du juge Mario Montanaro.
La maire a fustigé le comportements de ceux qui veulent tirer un profit politique de cette polémique: « Nous n’acceptons l’instrumentalisation de personne, pas plus d’organisations politiques ». Elle a arraché elle-même la banderole du groupe d’extrême-droite italien Forza Nuova (Force Nouvelle) placé sur les murs de l’école. Elle portait un slogan anti-islamique explicite: « Nous vous avons arrêtés à (la bataille navale de) Lépante, nous vous arrêterons aussi aujourd’hui ». Mercredi, le pape lui-même était monté discrètement au créneau pour défendre la croix du Christ, la qualifiant de « symbole éloquent, source de lumière, de réconfort et d’espoir pour les hommes de tous les temps ». (apic/temp/repub/ansa/be)
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