Le pape rappelle l’importance du rôle des grandes religions

Rome: Discours de Jean Paul II aux ministres de l’Intérieur de l’Union européenne

Rome, 2 novembre 2003 (Apic) Le pape Jean Paul II a rappelé l’importance du rôle des grandes religions en Europe et dans le monde, en s’adressant vendredi aux ministres de l’Intérieur de l’Union européenne présents à Rome ces jours-ci. Le pape est ensuite revenu sur l’affaire du crucifix, en qualifiant de «peu démocratique» le retrait du crucifix dans les écoles. Une décision contre laquelle s’est du reste prononcée vendredi la justice italienne, qui a annoncé la suspension de la décision d’un juge, à la suite du recours du ministère de l’Education.

Faisant allusion aux principales préoccupations du Saint-Siège ces dernières semaines – la situation au Proche-Orient, le respect des racines chrétiennes de l’Europe ou encore le terrorisme -, le pape a particulièrement insisté pour que les droits et l’identité de chaque religion soient respectés par des lois «adéquates».

Près de 350 personnes, y compris la plupart des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne, étaient présentes dans la salle Clémentine du Palais apostolique. Ces dernières ont participé, le 30 octobre à Rome, à une conférence sur le thème: «Le dialogue interreligieux, facteur de cohésion sociale en Europe et instrument de paix dans l’espace méditerranéen». Pour Jean Paul II, qui n’a lu qu’une partie du long discours, «avoir donné la priorité à ce thème signifie reconnaître l’importance de la religion non seulement pour la protection de la vie humaine, mais aussi pour la promotion de la paix».

Dès le début de son discours, le pape a ainsi lancé un appel aux pays représentés pour qu’ils trouvent «de nouvelles solutions aux problèmes liés au respect de la vie, au droit de la famille et à l’immigration». «Ces problèmes doivent être considérés non seulement dans une perspective européenne, mais aussi dans le contexte du dialogue avec les pays de l’espace méditerranéen». Faisant ainsi allusion à la situation au Proche- Orient, le pape a fait part de sa «tristesse» devant le fait que les fidèles des trois grandes religions monothéistes – judaïsme, christianisme et islam -, «dont les racines historiques sont au Proche-Orient», «n’aient pas encore réussi à établir entre eux une cohabitation pleinement pacifique, justement là où elles sont nées». «Les tentatives visant à créer les conditions d’un dialogue sincère et d’une coopération solide entre tous les croyants en un unique Dieu, ne seront jamais trop nombreuses».

Les racines chrétiennes de l’Europe

S’arrêtant ensuite quelques instants sur la question de la construction européenne, Jean Paul II a tenu à préciser que le Vieux continent «est né de la rencontre de diverses cultures porteuses du message chrétien». A cause de cela, a-t-il précisé, la présence de nombreuses autres traditions culturelles et religieuses due à l’immigration «ne doit pas exclure une reconnaissance adéquate, même législative, des traditions religieuses spécifiques dans lesquelles les peuples sont enracinés».

Le pape se bat depuis plusieurs mois pour que les racines chrétiennes de l’Europe soient explicitement reconnues dans la future constitution européenne en cours de rédaction à Strasbourg. En même temps, a aussitôt ajouté Jean Paul II, «la garantie et la promotion de la liberté religieuse constituent un test du respect des autres droits, qui se réalisent à travers des lois efficaces en faveur des différentes confessions religieuses, comme garantie de leurs identités respectives et de leur liberté».

A propos du crucifix

A cette occasion, le pape a rappelé la polémique qui continue de secouer l’Italie tout entière, au sujet de la décision d’un juge d’ôter tous les crucifix d’une école, «au nom de la liberté religieuse». «La reconnaissance du patrimoine religieux spécifique d’une nation nécessite la reconnaissance des symboles qui la qualifient», a-t-il dit. Pour lui, «si, au nom d’une mauvaise interprétation du principe d’égalité, on renonçait à exprimer de telles traditions religieuses, la fragmentation des sociétés actuelles multiethniques pourrait facilement se transformer en un facteur d’instabilité et donc de conflit». «La cohésion sociale et la paix ne peuvent être obtenues en effaçant le patrimoine religieux de chaque peuple», a-t-il expliqué, précisant qu’un tel geste «serait peu démocratique, parce que contraire à l’âme des nations et aux sentiments de la majorité de leurs populations».

Le souverain pontife a conclu son discours en encourageant les dirigeants à poursuivre les initiatives de paix lancées depuis le 11 septembre 2001 par les leaders religieux, notamment pour éradiquer les causes du terrorisme. «Malgré les échecs enregistrés jusqu’à présent, il faut continuer à espérer», a-t-il lancé. «Le dialogue à tous ses niveaux, économique, politique, culturel et religieux, portera ses fruits», a-t-il assuré. «La confiance des croyants se fonde non seulement sur les ressources humaines, mais aussi sur Dieu tout-puissant et miséricordieux».

Promouvoir le dialogue interreligieux

Les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne se sont attachés jeudi à Rome à promouvoir le dialogue interreligieux et l’intégration pour «conjurer tout intégrisme» et «éviter de pousser des désespérés sur la voie du terrorisme». Les ministres ont notamment abordé le problème par le biais de «deux questions sensibles: le terrorisme et l’immigration».

Plusieurs représentants des grandes religions ont été invités à cette conférence. A la conclusion des travaux, dans la soirée du 30 octobre, le ministre italien de l’Intérieur, Giuseppe Pisanu, a affirmé qu’»il est arrivé, le temps de réunir les trois branches de la famille d’Abraham», faisant allusion aux trois grandes religions monothéistes.

La plupart des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne ont répondu présent à cette conférence. Nicolas Sarkozy, ministre français, s’est fait représenter par Vianney Sevestre, chef du bureau central des cultes et membre du cabinet de Sarkozy. (apic/imedia/pr)

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