Rome: Message du pape aux participants à un colloque sur Léon XIII
Rome, 2 novembre 2003 (Apic) Le «pape des demandes de pardon» explique comment il en est venu à demander pardon pour de nombreuses fautes commises dans le passé par des «fils de l’Eglise catholique», dans un message adressé aux participants à un colloque sur «Léon XIII et les études historiques». Jean Paul II insiste en particulier sur le devoir de renoncer, pour les historiens, à des jugements trop rapides ou même factieux.
De nombreux historiens se sont réunis les 30 et 31 octobre 2003 au Vatican pour un colloque sur «Léon XIII et les études historiques», à l’occasion du centenaire de la mort du pape Gioacchino Pecci (1878-1903). Philippe Levillain, membre de l’Institut universitaire de France, Arnold Esch, directeur émérite de l’Institut historique allemand, ou encore le Père Sergio Pagano, préfet des Archives secrètes vaticanes, ont pris la parole pour montrer «combien Léon XIII a favorisé et encouragé la recherche historique pour une meilleure connaissance de la vie de l’Eglise et de sa sainteté».
La rencontre étant présidée par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, c’est ce dernier qui a lu le message de Jean Paul II. Dans son texte écrit en italien, le pape revient en particulier sur la nécessité de «purification de la mémoire» qu’il a «souvent eu l’occasion de signaler» au cours de son pontificat. Cette «purification», a-t-il expliqué, «est un préliminaire indispensable à un ordre international de paix».
Pour parvenir à une demande de pardon, explique le pape qui se base sur sa longue expérience, «l’historien ne doit être ni accusateur, ni juge du passé, mais doit chercher patiemment à comprendre chaque chose, dans le but de déterminer un contexte historique le plus proche possible des faits».
La «complexité» du travail de recherche de la vérité historique
«Celui qui enquête sur les racines d’un conflit en acte se rend compte que des événements remontant à des siècles passés continuent à faire subir aujourd’hui leurs funestes conséquences», reconnaît Jean Paul II soulignant ainsi la «complexité» du travail de recherche de la vérité historique. C’est pourquoi, explique le pape s’adressant toujours aux historiens, «il faut renoncer à une quelconque instrumentalisation de la vérité». «L’amour d’un historien pour son propre peuple, pour sa propre communauté même religieuse, ne doit pas être en contradiction avec la rigueur d’une vérité scientifiquement élaborée».
Ainsi, pour Jean Paul II, l’historien doit faire preuve d’une «disponibilité à comprendre» et «renoncer à exprimer un jugement trop rapide ou même factieux». Dans l’étude de l’histoire, selon le pape, il ne s’agit pas d’»appliquer automatiquement au passé des critères et des valeurs acquis seulement après plusieurs siècles», mais de «s’efforcer avant tout à mettre en avant le contexte socio-culturel de l’époque». En effet, conclut-il, «les événements historiques sont le résultat d’entrelacements complexes entre la liberté humaine et les conditionnements personnels et structurels».
Sous l’impulsion du cardinal Cottier
Jean Paul II a notamment été à l’initiative de la cérémonie de demande de pardon du 12 mars 2000, «pour les fautes commises par certains fils de l’Eglise catholique dans le passé». Le pape a ensuite renouvelé cette demande de pardon pour des cas plus précis, comme par exemple en mai 2001 pour «le sac dramatique de Constantinople» en 1204, lors de son voyage en Grèce.
Grand artisan de ces demandes de pardon, le cardinal suisse George Cottier, théologien de la maison pontificale, a souvent insisté sur l’importance de ces gestes «qui ont permis d’ouvrir des portes comme celle de l’oecuménisme». Faisant allusion aux réticences de certains face à ces gestes «qui affaiblissent l’Eglise», le théologien estime que le pape «sait ce qu’il veut», soulignant que les plus grandes craintes émises à ce sujet sont dues à la manière dont les demandes de pardon sont utilisées dans les médias». «Il est vrai qu’il faut toutefois faire attention à ne pas multiplier ces actes», a-t-il régulièrement reconnu.
L’idée de Jean Paul II de faire une demande de pardon publique est partie en 1994 avec la lettre apostolique Tertio Millennio adveniente dans laquelle Jean Paul II annonçait son désir de poser un acte de repentance et de demander pardon à Dieu pour «les erreurs de ses enfants dans le passé». «A présent le mouvement est pris», selon le cardinal Cottier. Pour le théologien du pape, il faut toutefois faire attention à demander, en même temps, «de pardonner les fautes commises par les autres à notre égard». (apic/imedia/pr)
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