Risque élevé de schisme au sein de la Communion anglicane

Etats-Unis: Les Anglicans américains consacrent leur premier évêque homosexuel

Durham, 3 novembre 2003 (Apic) L’Eglise épiscopalienne, branche américaine de l’Eglise anglicane, a ordonné dimanche le premier évêque ouvertement homosexuel. Les réactions dans le monde anglican ont été immédiates. Certains se félicitent de cette ouverture, d’autres la critiquent fermement. L’archevêque de Canterbury a pour sa part exprimé ses regrets. Cette nomination pourrait bien provoquer un schisme parmi les 70 millions de fidèles que compte cette Communion dans le monde.

L’archevêque de Canterbury, chef spirituel de l’Eglise anglicane, Rowan Williams, a ainsi exprimé son «profond regret» après cette ordination. «Les divisions qui surgissent sont un sujet de profond regret», a déclaré l’archevêque de Canterbury dans un communiqué.

Gene Robinson, âgé de 56 ans, est père de deux enfants et divorcé. Il partage sa vie avec un homme depuis 13 ans. Il a bravé des menaces de mort et les avertissements acerbes de la hiérarchie de son Eglise, pour être consacré évêque dans la ville universitaire de Durham (New Hampshire), aux Etats-Unis, où des conservateurs anglicans ont exprimé leur opposition. Quelques jours avant son ordination, il avait appelé le monde anglican à l’unité.

Un appel que de nombreux fidèles n’ont guère entendu. Au moment de son ordination, des manifestants ont brandi des pancartes sur lesquelles ont pouvait lire: «Dieu hait les homos». Parallèlement, des églises épiscopaliennes conservatrices ont organisé des offices parallèles. L’événement de dimanche a tout de même mobilisé quelque 4’000 personnes, dont un choeur de 300 chanteurs, qui ont assisté à la cérémonie, parmi lesquels 55 évêques épiscopaliens américains. La cérémonie a été placée sous haute surveillance policière, en raison des menaces de mort proférées contre l’évêque.

Gene Robinson avait estimé peu avant la cérémonie que d’autres nominations allaient suivre et que des personnes ouvertement homosexuelles et lesbiennes allaient être accueillies sous peu dans des postes de responsabilités. «C’est ma prière», avait-il souligné.

Réactions

L’archevêque de Sydney Peter Jensen a réagi à l’annonce de cette ordination, en accusant la branche américaine de l’Eglise anglicane d’avoir succombé à la «culture de la permissivité». Il a averti que cette ordination risquait de provoquer une cassure chez les anglicans dans le monde. Le synode du diocèse anglican de Sydney avait déjà décidé le 22 octobre de se distancier de tous les diocèses, églises et paroisses qui ne se prononceraient pas contre l’homosexualité.

Pour l’archevêque de Canterbury, les divisions dans le monde anglican seront bien trop visibles dans la mesure où il ne sera pas possible pour le ministère de Gene Robinson en tant qu’évêque d’être accepté par chaque province de la communion. Le chef de l’Eglise anglicane a cependant concédé que ceux qui ont consacré Gene Robinson «ont agi de bonne foi».

L’organisation d’évêques et de prêtres homosexuels anglicans, «Changing Attitude» (Changer d’attitude), s’est pour sa part félicitée de la consécration de Gene Robinson.

En réalité, la plus forte opposition à cette consécration a été particulièrement visible dans les pays en développement parmi les plus conservateurs qui continuent à considérer l’homosexualité comme un péché.

L’archevêque anglican du Nigeria, Peter Akinola, a ainsi averti ces derniers mois que la consécration d’évêques homosexuels l’obligerait à conduire son Eglise, qui compte 17,5 millions de fidèles dans son pays, à la scission. Au sein même de la branche américaine, appelée Eglise épiscopalienne – 2,1 millions d’adeptes -, un groupe de 24 évêques conservateurs ont menacé de partir si Gene Robinson devenait évêque.

Plus divisée que jamais

L’Eglise anglicane est en fait apparue dimanche plus divisée que jamais alors que se déroulait la cérémonie d’ordination de Gene Robinson, dans un centre de l’université du New Hampshire (nord) à Durham.

Ni les paroles de Gene Robinson prônant l’apaisement ni la Conférence de la Communion anglicane qui a réuni 37 primats à Londres les 15 et 16 octobre n’ont visiblement pas calmé le jeu.

«La question de l’homosexualité ne doit pas nous élever les uns contre les autres», avait déclaré le chanoine Robinson lors d’une conférence-débat retransmisse par satellite depuis l’Université de Manchester, aux Etats-Unis, quelques temps avant la cérémonie de dimanche.

Depuis la confirmation de son ordination, Gene Robinson à reçu tellement de menaces de mort de la part de chrétiens opposés aux homosexuels, que le FBI – la police fédérale – l’a mis sous sa protection 24 heures sur 24. Ces menaces sont prises extrêmement au sérieux par la police, en raison de la montée du fondamentaliste chrétien violent aux Etats-Unis, indiquait le 27 octobre le quotidien britannique «The Telegraph».

Lors de la réunion de Londres, l’archevêque de Cantorbéry, bien que personnellement favorable à l’intégration ecclésiale des homosexuels, s’était déclaré opposé à l’ordination de Gene Robinson, afin de ne pas plonger l’Eglise «dans une énorme crise». C’est par ce même argument qu’il avait «convaincu» cet été le chanoine gay Jeffrey John de renoncer à sa nomination épiscopale pour le diocèse anglais de Reading.

L’Eglise anglicane d’Ouganda a annoncé lundi qu’elle allait rompre ses liens avec le diocèse américain du New Hampshire à la suite de l’ordination de Gene Robinson. Elle a d’ores et déjà annoncé qu’elle rompra les liens avec les diocèses qui consacreront un homosexuel ou qui béniront un mariage entre gens de même sexe. Les liens avec l’ensemble de l’Eglise anglicane des Etats-Unis ne sont cependant pas rompus, car, a indiqué un porte-parole, certains diocèses de ce pays sont opposés à une telle ordination. (apic/agences/pr)

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