Genève: Les Organisations internationales catholiques (OIC) planchent sur les médias
Genève, 6 novembre 2003 (Apic) L’information est bien plus qu’une marchandise; les médias qui la véhiculent ont dépassé le stade de «miroir ou de témoin du monde» pour passer à celui «d’acteurs agissants de l’Histoire». C’est dans le but de mieux comprendre le fonctionnement des médias pour travailler davantage avec eux que le Centre Catholique International de Genève (CCIG) a mis sur pied du 3 au 5 novembre sa traditionnelle session d’automne de formation aux réalités internationales.
Une vingtaine de représentants des Organisations Internationales Catholiques (OIC), soit le tiers des membres de la Conférence des OIC, accrédités notamment auprès des Nations-Unies, ont été interpellés par le modérateur de la session, Gérald Sapey, ancien directeur de la Radio Suisse Romande et rédacteur en chef de la «Tribune de Genève».
La société civile et les ONG en particulier doivent apprendre à communiquer avec les médias, a-t-il lancé. Et de rappeler que les OIC et ceux qui les animent doivent savoir qu’indépendamment des grands sujets qui mobilisent nécessairement les journalistes, «seule une information qui revêt un caractère événementiel ou qui reflète une réalité émotionnelle et humaine a de réelles chances de retenir l’attention des médias». Gérald Sapey a constaté le manque de visibilité médiatique des OIC et leur difficulté à faire passer leurs messages dans les médias.
Les participants ont cependant découvert, grâce notamment au journaliste belge Frédéric Antoine, professeur de journalisme et d’analyse des médias à l’Université catholique de Louvain, que leurs organisations ne sont pas les seules à souffrir d’un déficit d’image ou de problèmes de communication.
Les Eglises «déphasées» dans le domaine de la communication
Dans un exposé quelque peu «provocateur» intitulé «Le Grand Malentendu: L’Eglise a-t-elle perdu la culture et les médias?», le professeur Fédéric Antoine a démontré le «déphasage» existant entre la communication des Eglises et ce que les fidèles sont en mesure de comprendre. Pour le journaliste de Louvain, les Eglises n’ont pas encore saisi le véritable rôle que jouent les médias dans la société contemporaine. Elles n’ont pas compris que leur langage, les images employées, les références auxquelles elles font appel ne sont plus de notre temps et que, par conséquent, la parole de Dieu que résonne plus vraiment aux oreilles des fidèles.
Certes, estime-t-il, les Eglises ont réussi à instrumentaliser les médias, ce qui ne signifie pas que maîtriser les outils de la communication suffit à communiquer. Ainsi, Eglises et fidèles vivent dans l’illusion de la communication et non dans une communication réelle et signifiante.
Les journalistes ne sont pas les «haut-parleurs» de l’Eglise
Directeur de la revue jésuite «Choisir» à Genève, le Père Albert Longchamp a également posé la question de l’adéquation entre la communication de l’Eglise catholique et le décodage demandé aux fidèles. Le journaliste catholique, dans son exposé intitulé «Exigences morales et doctrinales de l’Eglise face aux médias», a montré comment, au cours du temps, on est passé du discours ecclésial le plus obscurantiste et le plus réactionnaire à une attitude plus libérale et plus intelligente. On a peu à peu compris que l’information n’est pas la prédication, ni le magistère. Mais l’autonomie des médias et de ceux qui les font gêne encore trop souvent la hiérarchie.Beaucoup souhaiteraient que les journalistes demeurent les «haut-parleurs» de l’Eglise.
Or, l’Eglise doit admettre que deux composantes majeures sont indissociables du fonctionnement des médias en pays démocratiques: la liberté et la vérité sans lesquelles il n’est pas de démocratie réelle.
Parmi les autres intervenants qui ont explicité les lois qui régissent les médias et expliqué le travail des professionnels qui les confectionnent, les participants ont pu entendre les exposés de l’ancien rédacteur en chef du quotidien fribourgeois «La Liberté» François Gross sur «L’éthique des acteurs des médias», de et Jean-Claude Petit, PDG du Groupe Malesherbes, à Paris, sur le thème «La presse est-elle une marchandise ?» Le journaliste français a apporté d’emblée deux clarifications majeures: d’abord que les médias appartiennent de toute évidence au monde de l’économie, ce qui signifie que la presse est un secteur économique à part entière avec ses règles et ses contraintes; et ensuite que la presse est un produit, car elle est un bien offert sur un marché; elle se vend et s’achète.
L’information n’est pas une marchandise comme une autre
Cela étant, a précisé Jean-Claude Petit, «l’information – produit» n’est pas pour autant une marchandise, en tous cas pas une marchandise comme une autre. Elle n’est pas évaluable en termes d’économie. Elle est d’ordre culturel, elle relève des droits du citoyen et des droits de l’homme. Elle est un instrument de formation des citoyens et de la démocratie.
Vice-président de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP), Jacques Berset a expliqué les enjeux pour la société civile du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) qui se tiendra du 10 au 12 décembre prochain à Genève. Mandaté par l’Action de Carême pour suivre les travaux de ce sommet de l’ONU, le journaliste fribourgeois a relevé que le SMSI a été dès l’origine confié à l’UIT, l’Union internationale des télécommunications. D’où l’accent trop important mis les nouvelles technologies et le marché, et l’occultation d’un certain nombreux d’enjeux de société vitaux.
La société civile frustrée par la direction prise par le Sommet de l’information
Il a déploré la tentation dans le cadre du SMSI d’imposer une vision idéalisée relevant du mythe technocratique d’un monde réduit à un «village global» où tous, riches et pauvres, auraient accès au multimédia et aux larges bandes passantes porteuses de savoir et de démocratie. La société civile, qui a vu la plupart de ses postulats balayés par les gouvernements lors des conférences préparatoires au Sommet de Genève dans lesquelles elle s’est fortement impliquée, est désormais tentée de se retirer. Ce retrait du processus d’élaboration de la Déclaration de principe et du Plan d’action ôterait ainsi au SMSI toute légitimité populaire.
Pour ce délégué de la société civile au SMSI, il ne s’agit pas seulement de militer pour combler le «fossé numérique» entre «info-riches» et «info-pauvres». Le problème numéro un est d’abord le fossé social, économique et certainement aussi culturel, qui sépare les populations «branchées» tant dans les pays du Sud que dans les sociétés du Nord. Le journalisme a mis en doute le dogme répandu selon lequel la «société de l’information», pour les pays du Sud, serait – magiquement – le nouveau sésame du développement. Il conteste que pour l’obtenir, la voie royale devrait nécessairement s’appeler dérégulation, investissements privés, et surtout privatisation des entreprises de télécoms appartenant aux Etats. (apic/com/sap/be)
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