Région des Grands Lacs: Pax Christi international se penche sur les causes des conflits
Kinshasa, 10 novembre 2003 (Apic) Pax Christi international a tenu début novembre à Kinshasa une Consultation régionale sur les pays des Grands Lacs. Au cours de cette consultation, l’organisation catholique pour la paix ainsi que ses membres affiliés et partenaires africains en provenance du Burundi et de la République Démocratique du Congo (RDC) ont examiné la situation générale qui prévaut dans la région.
A noter que les représentants des organisations membres du Rwanda ont été empêchés de participer à cette consultation, le visa leur ayant été refusé par les autorités de RDC.
Au terme de leur session, les participants ont publié une déclaration sur les multiples conflits en Afrique centrale, intitulée «La paix et la réconciliation dans les Grands Lacs: historique, causes et pistes de solution». Le document fait ressortir les origines et les causes de la situation actuelle et propose des pistes de solution pour une paix durable dans la région.
Les origines de ces conflits, relève Pax Christi, aussi complexes qu’elles soient, remontent, en fait, à la période précoloniale, coloniale et/ou à celle de l’indépendance. Cette situation a occasionné la mort de centaines de milliers de personnes, des atrocités et des violations massives des droits humains, des migrations énormes de personnes déplacées et l’affaiblissement global de l’autorité de l’Etat. La crise actuelle dans les Grands Lacs a provoqué de graves conséquences à la fois sur le plan humain, économique, politique, social et environnemental.
Histoire chaotique
Au lendemain de la première guerre mondiale, rappelle la déclaration, le Rwanda fut placé sous la tutelle de la Belgique par la Société des Nations. Sous l’administration coloniale, la problématique des références identitaires au Rwanda a été manifestement renforcée par le système d’enregistrement fondé sur des bases ethniques. Le fossé entre les Tutsi et les Hutu s’est agrandi dans le sens où le nouveau système aida la minorité Tutsi à assujettir la majorité Hutu. En 1959, les troubles à caractère ethnique éclatent avec comme conséquence le massacre de nombreux Tutsi et le départ en exil, surtout dans les pays voisins, de beaucoup d’autres.
Le Rwanda accèdera à l’indépendance en 1962 sous le leadership des Hutu. Dans l’entre-temps, les réfugiés Tutsi s’organisent dans les pays voisins et mènent, au cours des années 60, plusieurs incursions armées sur le territoire rwandais, mais sans succès. En 1973, un coup d’état militaire intervient. L’armée, sous le commandement de Juvénal Habyarimana, s’installe au pouvoir et impose pendant une vingtaine d’années un gouvernement caractérisé par la discrimination et parfois l’exclusion des Tutsi ainsi que des Hutu du sud. Dès octobre 1990, le régime Habyarimana-avec son parti-état le MRND (Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement) — doit faire face à une rébellion venue de l’Ouganda (le Front Patriotique Rwandais-FPR), composée essentiellement des réfugiés Tutsi qui étaient parvenus à s’intégrer massivement dans l’armée ougandaise. Une guerre civile longue de quatre ans commence.
Violence et impunité
Au Burundi, estime Pax Christi, la classe politique a prolongé l’action du colonisateur dans une certaine mesure, accentuant de plus belle les antagonismes identitaires. La période post-coloniale a été ainsi marquée par une spirale de massacres interethniques aux coûts énormes en termes de vies humaines et bien détruits. Une série de coups d’Etat militaires crée aussi des habitudes qui renforcent la dictature, la politisation, l’ethnisation et la régionalisation des structures de l’Etat, dont l’armée et le système judiciaire.
Le document rappelle encore l’assassinat du président Melchior Ndadaye en 1993, qui a déclenché une vague de violences entre ses partisans et ses opposants. La mort tragique de son remplaçant, Cyprien Ntaryamira, le 6 avril 1994, qui a eu pour effet d’augmenter la tension entre les ethnies. Pour Pax Christi, les mouvements rebelles qui s’opposent aux autorités actuelles du Burundi ont pris naissance à partir de ces événements.
Mais, constate encore le mouvement pour la paix, l’événement qui a exacerbé la crise régionale actuelle est certainement l’assassinat du président Habyarimana du Rwanda le 6 avril 1994. Dans une période de trois mois environ, des centaines de milliers de Tutsi et de Hutu modérés ont été exterminés par les milices Hutu avec la complicité de l’armée. Une crise humanitaire aux proportions stupéfiantes se déclenche, aggravée par la fuite massive des Rwandais vers les pays voisins, notamment dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo.
Immaturité politique
Puis suivent le descriptif des événements qui se sont enchaînés. Tous sanglants, et jusqu’au drame qui déchire le district de l’Ituri (RCD) depuis 1999, qui est, en partie, la suite de cet environnement chaotique.
Pour Pax Christi, les sources de ces conflits ont pour nom l’immaturité politique des dirigeants et leur manque de culture politique. L’impunité des crimes et le clientélisme politique font parties des autres fléaux qui gangrènent cette partie de l’Afrique. «Il est tragique, peut-on lire dans le document, que les dirigeants politiques dans les pays des Grands-Lacs sont souvent impliqués eux-mêmes dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Ces derniers continuent à exercer leur fonction sans avoir répondu aux graves accusations qui ont été portées contre eux».
Enfin, autre élément pour expliquer les drames de cette région: la convoitise des ressources naturelles et leur pillage par l’élite politico- militaire. A quoi s’ajoute bien entendu les problèmes liés à la sécurité, à la misère, à l’absence de toute planification économique, sociale et politique. Et les populations civiles payent le prix fort.
«Face aux conflits armés et aux guerres qui sévissent en Afrique», a dit Mgr. Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani et vice-président de l’organisation, «Pax Christi International, mue par la solidarité chrétienne, a pris le parti de mettre son expertise au service de l’Afrique en se mobilisant avec toutes les forces vives gagnées au combat pour la paix et la réconciliation». Du pain sur la planche, assurément. (apic/com/pr)
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