Tiraillée entre les valeurs de l’Evangile et celles de la société

Morges: La famille au centre de la 19e Assemblée de la Coordination interdiocésaine

Par Valérie Bory/Apic

Morges, 10 novembre 2003 (Apic) Les délégués de la 19e Coordination Interdiocésaine (COI), tenue à Morges les 7 et 8 novembre, se sont prononcés sur le texte « Pastorale des familles, Perspectives pour l’Eglise, en Suisse ». Cette synthèse d’entretiens menés auprès d’experts a été réalisée par l’Institut suisse de sociologie pastorale, sur mandat de la Conférence des évêques suisses (CES), dont il dépend. L’assemblée s’est également prononcée sur la création future d’un Forum des laïcs, organe national des laïcs et des conseils pastoraux suisses, dépendant de la COI.

Devant les mutations de la famille dans notre société, les valeurs mises en oeuvre dans une pastorale des familles doivent respecter l’Evangile tout en ne stigmatisant en aucune façon les couples et les familles confrontés à des crises ou des divorces, indique le texte. Ce dernier sera transmis à la CES avec les remarques des délégués des Conseils pastoraux de cette 19e Coordination. Le document, rédigé par l’Institut suisse de sociologie pastorale, « Pastorale des familles, Perspectives pour l’Eglise, en Suisse », soumis en fin de semaine à Morges à l’appréciation des délégués de l’assemblée de la Coordination Interdiocésaine, entend définir les tâches qu’exercent les « agents pastoraux », prêtres, diacres permanents, laïcs attachés aux services pastoraux. « Comment organiser cette pratique pour tenir compte au mieux de la réalité plurielle des familles d’aujourd’hui, ainsi que des conditions économiques difficiles qu’elles peuvent rencontrer, tel est le cadre dans lequel les réflexions ont été menées.

Une réalité: la famille recomposée

«  Le mariage et la famille représentent encore la forme de vie normale dans notre société », peut-on lire dans le document. L’auteur, Michael Krüggeler, ajoute que «  le nombre de familles recomposées augmente, en raison d’un taux de divorces élevé, d’où des mères et pères qui élèvent seuls leurs enfants (.)». Les experts interrogés dans le document estiment qu’une tâche pastorale importante serait de prendre en compte cette réalité diverse et contradictoire au sein de l’Eglise et dans les paroisses. Or, relève le document, c’est « la forme normale de la famille » qui est favorisée dans les prestations paroissiales, les homélies et les discussions ». Or, selon l’auteur, les individus « qui ne correspondent pas à cette attente normative se sentent inférieurs ».

Tout en réaffirmant le sens des valeurs de l’Eglise basées sur « la responsabilité et la fidélité, le caractère unique et la durée », le document estime toutefois que la pastorale devrait « accepter sans condition les individus dans leurs trajectoires de vie ».

Intervenir dans l’Eglise et sur le plan politique

La représentante de la Commission Justice et paix, Anne Durrer, a, pour sa part, mis l’accent sur le manque criant de politique familiale en Suisse, sur l’insuffisance de la politique fiscale, ainsi que sur les énormes disparités cantonales en matière de fiscalité des familles. Ceci, eu égard aux prestations qu’offrent les familles à la société, en particulier la transmission des valeurs. A ce propos, elle a cité le Vatican, qui considère la famille comme « Eglise domestique».

En séance plénière, les rapporteurs des groupes de travail ont émis leurs remarques concernant le texte « Pastorale de la famille ».Il a été souhaité: que ceux qui affrontent un divorce puissent faire l’expérience d’ »une Eglise miséricordieuse » tout en gardant malgré tout un idéal de vie; à ce sujet, l’Eglise, a-t-on également souhaité devrait développer davantage la notion de pardon; enfin que soit bien distingué l’idéal de la famille et du couple présenté dans les médias, qui n’est pas celui que propose l’Eglise.

Certains participants ont rappelé que les évêques devraient inciter les paroisses à s’ouvrir en matière de pastorale familiale pour donner une impulsion venue d’en haut « sans quoi rien ne se fera ».

Commentaires sur le texte proposé

Parmi les commentaires au document en discussion, le vicaire épiscopal Hans Zünd, chargé de la pastorale du diocèse de Bâle, soulève l’absence de propositions de mesures d’accompagnement au mariage, avant et pendant les crises. Un autre intervenant, Agnell Rickenmann, secrétaire de la Conférence des évêques suisses, doute que les conditions-cadre présidant à une pastorale des familles soient uniquement données par l’Etat et la politique familiale.

Niklaus Knecht, de la pastorale de la famille de St Gall, pense de son côté que  face aux problèmes que rencontrent les familles, il faut agir à l’intérieur de l’Eglise catholique, adopter une autre attitude vis à vis des divorces et mieux s’impliquer dans les questions qui divisent les familles. « Nous avons des familles qui sont dans une situation d’urgence. En matière d’éducation, nous voyons des parents désarmés qui cherchent de l’aide. C’est de solidarité dont l’Eglise doit faire preuve. Beaucoup de familles savent de quoi elles ont besoin. Les reproches et les conseils ne sont pas utiles dans ce contexte. Nous devrions nous éloigner d’un idéal perfectionniste qui ne peut pas être tenu. »

Le pasteur protestant Alain Wyss, de Préverenges (Vd), invité de la COI, qui a beaucoup accompagné de couples lors de divorces, s’est demandé si l’Eglise ne devrait pas parler davantage de l’échec et a rappelé que la bénédiction de dieu demeure, même s il y a rupture dans le couple.

Ne pas calquer les valeurs sur les faits

Christoph Casetti, attaché à l’Eglise de Coire et président de la COI, a déclaré apprécier beaucoup le rapport présenté, mais relève qu’il a tendance à calquer les valeurs sur les faits, en matière de famille. Il reconnaît que la pastorale des familles est devenue très difficile car « les problèmes d’identité ont augmenté».

Selon lui, la catéchèse devrait intégrer les parents, d’autant que l’école ne peut remplacer la pratique manquante en famille dans le domaine de l’enseignement religieux. A son avis, la définition de la famille telle qu’elle apparaît dans le document (adultes vivant avec des enfants) est réductrice. « Il s’agit là d’une vision individualiste ». A ses yeux les familles « ne sont pas des objets mais des sujets ». Il précise que toutes les formes de familles ont droit à une pastorale de soutien, mais il rappelle que fonder une famille est « une vocation donnée par dieu ». Une image de famille qui réunirait toutes les formes de vie commune ne lui paraît pas possible ni souhaitable.

Avant de clore l’assemblée, les délégués ont évoqué l’idée lancée en 1999, d’un Forum des laïcs au sein de la COI. Il s’agirait d’instituer un lieu de parole pour les catholiques laïques engagés bénévolement dans les paroisses, de plus en plus nombreux. Une rencontre entre la CES et le comité de la COI est prévue à cet effet au printemps 2004.

Le texte du document « Pastorale de la famille », ainsi que les commentaires et remarques apportés seront transmis à la Conférence des évêques suisses. La CES a en effet fait de la famille le thème principal de sa session de décembre 2003. VB

Encadré

Disparités cantonales

La représentante de Justice et Paix, Anne Durrer, a présenté quelques chiffres frappants, tirés d’une étude de la Conférence suisse d’action sociale (CSIAS): une mère séparée, sans pension alimentaire, avec un enfant, travaillant à 100%, gagne un salaire annuel net de 40’300 francs. Après soustraction des frais fixes, il lui reste 90% de ce salaire initial à Sion et 36% à Stans.

Une famille avec deux enfants, un seul salaire net de 46’800 francs, a un revenu disponible de 82% à Bellinzona et de 52% Zurich. Un père séparé payant une pension alimentaire à son ex épouse et ses deux enfants, a un salaire net de 45’500 francs; il lui reste 41% à Appenzell et 27% à Zurich! Des différences difficiles à concevoir, qui montrent aussi où sont les priorités si l’on veut aider les familles. (apic/vb)

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