Lausanne: Cycle de conférences au Centre Catholique d’Etudes
Lausanne, 12 novembre 2003 (Apic) Le nouveau cycle de conférences du Centre catholique d’études de Lausanne a pour thème «Le spirituel confisqué». Six contributions, de novembre à février, viseront, selon l’initiateur de ce cycle, l’abbé Philippe Baud, à «dégager le faux spirituel». Elles seront assurées par un théologien, un prêtre arbitre de football, un historien, un journaliste et un psychologue.
Philippe Baud, ancien responsable des aumôneries de l’Université et de l’EPFL à Lausanne et fondateur du Centre catholique d’études en 1985, homme de plume et d’édition, aime le débat d’idées. Il a déjà invité aussi bien des personnalités comme le théologien Hans Küng que le cardinal Ratzinger, «parce qu’il y a dans le monde catholique une grande diversité de timbres, comme dans un orchestre», aime à dire ce théologien féru de musique.
Le cycle de conférences de cette année vise à «dégager le faux spirituel». Le besoin de spiritualité, dans notre monde stressé est très fort, constate Philippe Baud. Or, on ne reçoit cette nourriture nulle part. On ne la reçoit même plus dans l’Eglise», lance-t-il. «Respirer des vapeurs d’encens ou croire voir la vierge apparaissant dans un poirier, ce n’est pas ça, la spiritualité. La vraie expérience intérieure ne se fait pas sans une réflexion de l’intelligence, pas non plus sans un travail. J’aime cette réflexion attribuée à Luther, qui nous dit que Dieu nous donne des noix, mais ne les casse pas.»
Ne pas se contenter de pseudo spiritualités
En réaction à ces pseudo spiritualités, le petit noyau d’amis qu’a réuni Philippe Baud, provenant de professions diverses, et qui préside au programme des conférences, s’efforce de dégager un dialogue, qui prend place lors de ces soirées.
La première conférence «L’institution, chien de garde du spirituel», par Christian Duquoc, théologien dominicain, aborde la dérive de l’Eglise vers la gestion d’entreprise. «Les Eglises gèrent leur cérémonies, leur liturgie, puis elles pensent qu’elles sont spirituelles. Et je ne fais pas de distinction entre les Eglises, dans le bassin culturel qui est le nôtre ici en Europe occidentale. Alors, elles se restructurent: c’est Eglise en mutation, Eglise à venir, Forum 2003, etc».
La seconde conférence, «Les faussaires de Dieu», par le même conférencier, aborde le spirituel confisqué par les textes. «Le thème touche au fondamentalisme. Regardez ce qui se passe dans les milieux évangéliques protestants. Regardez ce qui se passe chez les intégristes catholiques, dans l’Islam. Le spirituel se fond dans une lecture complètement fondamentaliste du texte. On est alors dans un légalisme.
Confiscation du spirituel par le corps
La troisième conférence, «L’Esprit dans les baskets», par François-Xavier Amherdt, théologien et arbitre de football, est, pour Philippe Baud,» la confiscation du spirituel par le corps». «Je suis très frappé de la façon dont le sport reprend la liturgie. Prenez l’ouverture des JO. C’est la veillée pascale! Proclamation de textes, puis on allume le cierge pascal, puis on partage le feu nouveau, on chante, on proclame la bonne nouvelle. Ce sont là des rites archaïques. Mais ces grands symboles ne sont plus nourris».
La quatrième conférence «Les faussaires de Dieu», par l’historien Joachim Bouflet traite de «phénomènes extraordinaires, que l’on trouve plutôt dans les milieux pieux. Je pense par exemple aux mouvements charismatiques, ou encore à l’apparition tous les jours à l’heure du thé de la Vierge à Medjugorje. L’irrationnel prend le pas sur le spirituel. Car la spiritualité est toujours raisonnable, elle est peut-être sur raisonnable mais elle n’est jamais irrationnelle». Personne ne vous dit de ne pas avoir d’émotions, lance Philippe Baud, «mais l’émotion c’est comme un jardin, ça se taille, ça se travaille. Et nos Eglises n’ont peut-être pas fait assez attention à l’émotion. Alors certains récupèrent et exploitent cette faille. Nous ne savons plus offrir de rituels forts, symboliques. Le piercing, le tatouage appartiennent aux rituels archaïques». Il ajoute «Que ce soit dans la grande tradition catholique ou chez les protestants, à un moment donné, on a envoyé toutes ces manifestions de la foi au panier. Il y a là une faille anthropologique», pense-t-il. «Et comme il n’y a plus de transmission anthropologique au sein des familles, les gens s’inventent des rituels. On a un besoin de signes, parce que la symbolique est une expression qu nourrit, comme une parole.
La tentation du pouvoir politique
La cinquième conférence, «Le spirituel aspiré par la politique» concerne la tentation du pouvoir, et sera présentée par François Gross, homme de médias. «Regardez comme certains chefs d’Etat adorent les mises en scène liturgiques. Et les systèmes marxistes les plus antireliegieux, qu’est-ce qu’ils ont pu s’inscrire dans des rituels !»
Enfin, avec la sixième conférence, «Dieu est-il soluble dans le psychisme? Il s’agira d’une une réflexion sur le spirituel dans le freudisme. Qu’est- ce que l’intériorité désirante, et plus largement la spiritualité, dans cette approche, se demandera Emmanuel Schwab, psychologue.
Encadré:
Les six conférences ont lieu au Centre Universitaire catholique, à Lausanne, à 20h30.
– «L’institution, chien de garde du spirituel», lundi 17 novembre, avec Christian Duquoc, théologien dominicain.
– «Les textes sacrés, clôture de l’esprit», lundi 1er décembre, également avec Christian Duquoc.
– «L’Esprit dans les baskets», lundi 19 janvier, avec le prêtre valaisan François-Xavier Amherdt.
– «Les faussaires de Dieu», mercredi 28 janvier, avec l’historien Joachim Bouflet.
– «Le spirituel aspiré par la politique», lundi 2 février, avec l’ancien rédacteur en chef de «La Liberté» François Gross.
– «Dieu est-il soluble dans le psychisme», lundi 16 février, avec le psychologue Emmanuel Schwab.
(apic/vb)
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