Irak: Les chrétiens dans la tourmente au nord de l’Irak, dénonce l’agence vaticane FIDES
Rome/Mossoul, 17 novembre 2003 (Apic) Les chrétiens vivant au nord de l’Irak vivent sous la constante menace d’attentats mis sur le compte de militants islamistes de tendance wahhabite. Les tentatives d’intimidation sont devenues fréquentes, dénonce le service d’information FIDES, qui dépend de la Congrégation vaticane pour l’évangélisation des peuples.
FIDES relaye lundi l’appel angoissé du Père Denka H. Toma, 42 ans, supérieur général de l’Ordre Antonin de Saint Hormizda, la seule congrégation religieuse chaldéenne masculine présente en Irak. «Nous ne voulons pas que l’Irak devienne comme la Palestine ! Sans un Etat, une nation abandonnée à elle-même, à la merci de groupes terroristes, avec des gens qui meurent de faim», déclare-t-il à l’agence vaticane.
La semaine dernière, une bombe a été désamorcée devant une école chrétienne à Mossoul. Depuis cette date, l’institution est fermée pour des raisons de sécurité. Durant la même période, des coups de feu ont été tirés contre le siège épiscopal de l’Eglise de rite syrien sis dans la même ville du nord de l’Irak, rapporte pour sa part le Père Nizar Semaan, un religieux de cette Eglise. Les responsables de ces attaques sont «très probablement» des extrémistes wahhabites, lance-t-il. Les fondamentalistes voudraient par ces actions intimider la communauté chrétienne et montrer leur propre force. Le Père Semaan estime également qu’ils veulent ainsi empêcher à tout prix le retour à la normalité.
Une islamisation rampante
Alors que dans la ville septentrionale la reconstruction bat son plein, les fondamentalistes essayent d’imposer une islamisation rampante. «Les extrémistes veulent imposer leur loi d’intolérance et de violence à une ville comme Mossoul, où il y a une longue tradition de respect entre les religions et les groupes ethniques», affirme le religieux irakien. Sous Saddam Hussein, les groupes wahhabites étaient peu actifs, mais ils tentent désormais de prendre le pouvoir et de mettre en oeuvre leur vision de la société islamique. Ils disposent pour cela d’argent, et leur tâche de recrutement parmi les jeunes laissés pour compte est facilitée par un taux élevé de chômage.
Le progrès de l’islamisation est illustré par le port du voile par les femmes. Le religieux de rite syrien relève qu’à l’époque où il était étudiant à l’Université de Mossoul, à la fin des années 80, il n’y avait pas plus d’une fille voilée sur 40. Aujourd’hui, sur le campus, la proportion est exactement l’inverse, affirme le Père Nizar Semaan.
Commentant pour l’agence Fides la situation peu après l’attentat de Nassiryah, le Père Denka Toma, supérieur d’une communauté comptant 45 moines présents en Irak, constate que «tout dépend des Etats-Unis qui ont le pouvoir absolu, ils peuvent faire le bien ou détruire notre nation. (.) Les Etats-Unis qui ont démantelé la police, devraient remettre la sécurité aux Irakiens ou du moins employer les Irakiens dans la sécurité, car ils sont proches de la mentalité locale, ils connaissent les lieux et les gens.»
Aux yeux du prêtre chaldéen, la majorité de la population n’est pas satisfaite du tour que prennent les choses: «Elle a apprécié l’intervention américaine qui a libéré l’Irak de la dictature, mais actuellement, six mois après la guerre, elle regrette le manque de reconstruction sociale, civile et économique. Nombreux sont ceux qui commencent à penser que le véritable but des Américains était de s’approprier le pétrole irakien. Les gens sont épuisés, après trois guerres en vingt ans et 12 années d’embargo.»
Le Conseil de Gouvernement provisoire: des gens venus d’ailleurs dont on se méfie
Jugeant le Conseil de Gouvernement provisoire irakien, le Père Denka Toma constate qu’il ne pourra pas faire grand-chose parce qu’il est contrôlé par les Etats-Unis: «Les personnes qui le composent obéissent en tout aux Américains, et qui plus est, ce sont des hommes d’affaires qui ont la citoyenneté irakienne mais qui ont vécu à l’étranger. Ils n’ont pas connu la souffrance des gens durant ces dernières années. Le peuple les considère comme des ’étrangers’. Dans ces conditions, il sera difficile pour le Conseil de prendre les pleins pouvoirs et de parvenir à gouverner». (apic/fides/cic/be)
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