Liban: Concertation orthodoxe avec l’Eglise catholique pour tenter d’enrayer l’émigration

L’émigration des jeunes qualifiée de véritable «hémorragie»

Beyrouth, 17 novembre 2003 (Apic) Près de 25 % des Libanais désirent émigrer mais seulement 13 % quittent effectivement le pays, selon une étude statistique effectuée dans tout le pays sur une période de deux ans. Les Eglises chrétiennes au Liban toutefois en font désormais une question centrale, qualifiant l’émigration des jeunes de véritable «hémorragie».

Mgr Elias Audeh, métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, a ainsi rencontré la semaine dernière les responsables de l’Eglise catholique pour tenter d’enrayer l’émigration qui frappe avant tout une jeunesse qui ne voit pas de perspectives d’avenir au pays. Le nombre de Libanais émigrés depuis 1975 s’élève entre 600’000 et 900’000, ce qui est considérable, sachant que le nombre d’habitants du Liban est actuellement de 3,9 millions.

Le métropolite grec-orthodoxe de la capitale libanaise souligne que la gravité du problème de l’émigration a nécessité une concertation avec les patriarches et les évêques catholiques au cours de la réunion qu’ils ont tenue la semaine dernière, rapporte lundi le quotidien francophone libanais «L’Orient-Le Jour». Soulignant l’urgence du problème, Mgr Audeh affirme que 75 % des Libanais qui ont émigré n’envisagent pas de retourner au Liban, un pays où le chômage toucherait 33 % de la population active.

Le mouvement s’est amplifié depuis la fin de la guerre civile

L’exode des Libanais – des jeunes en particulier -, n’est pas nouveau dans l’histoire récente du pays, avait semblé atteindre son apogée lors de la guerre qui a ensanglanté le Liban de 1975 à la fin des années 80. Mais, constate l’Eglise libanaise, le mouvement s’est amplifié davantage encore durant les dix dernières années, depuis la fin de la guerre. Ce mouvement touche toutes les régions et toutes les communautés sans exception. C’est la raison pour laquelle l’Assemblée des patriarches et des évêques catholiques a consacré sa 37e session annuelle au thème de l’émigration et de la diaspora.

Examinant les divers phénomènes à l’origine de l’émigration des jeunes Libanais, les prélats réunis pendant six jours au siège patriarcal l’Eglise maronite de Bkerké sous l’égide du patriarche Nasrallah Sfeir, ont mis en cause l’Etat libanais. Dans son communiqué final publié samedi, l’Assemblée des patriarches et des évêques constate que les dirigeants au pouvoir n’ont toujours pas réussi à rétablir la souveraineté du Liban sur l’ensemble du territoire – la présence militaire syrienne est ici dénoncée – et à redonner confiance à la population.

Pour inverser la tendance, les prélats libanais réclament notamment l’application intégrale de l’accord de Taëf, considéré comme «un prélude indispensable à l’assainissement du climat politique dans le pays et à l’élimination des causes de la tension actuelle».

Ils demandent aussi la révision de la loi sur le service militaire, car le passage sous les drapeaux dissuade nombre de familles établies à l’étranger d’inscrire leurs enfants auprès des représentations libanaises à l’étranger, ce qui «les éloigne progressivement de la mère patrie». Selon les données récentes, 70 % des Libanais émigrent pour des raisons économiques. Il s’agit donc aussi, insiste l’Eglise libanaise, de créer de nouveaux emplois et de protéger la main-d’oeuvre et la production nationales de la concurrence étrangère. (apic/orj/be)

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