Ukraine: Le cardinal Hussar va déménager le siège de l’Eglise greco- catholique à Kiev
Lviv, 18 novembre 2003 (Apic) L’archevêque des greco-catholiques ukrainiens, le cardinal Lubomyr Hussar, s’apprête à déménager son siège de Lviv à Kiev, à l’est du pays, dans une région à majorité orthodoxe. Cette décision, qui a été annoncée il y a presque deux ans, est accompagnée d’une demande expresse et bien plus ancienne faite à Jean Paul II par le cardinal afin que son Eglise soit reconnue canoniquement comme un patriarcat à part entière.
Les orthodoxes du patriarcat de Moscou ont prévenu que ce déménagement et l’érection d’un patriarcat seront considérés comme une offense à leur encontre. Interrogé par le mensuel italien Trenta Giorni du mois de novembre, le cardinal Hussar justifie la place de son Eglise en Ukraine et affirme son identité de patriarche.
«Je me rendrais à Kiev, même si je suis encore un archevêque majeur, selon la terminologie ecclésiastique, indépendamment de la reconnaissance de notre patriarcat qui peut survenir, aujourd’hui, demain, ou dans dix ans», a affirmé le cardinal Hussar alors que le déménagement doit avoir lieu officiellement en décembre.
Déménagement pour des raisons pastorales et historiques
Selon lui, «ce sont des raisons pastorales et historiques qui justifient ce déménagement. En Ukraine orientale (à l’est), les catholiques de rite catholique oriental sont présents depuis plus de 200 ans. Au siècle passé, la présence de nos fidèles a été provoquée par Staline lui-même. Avec ses déportations, il est devenu un apôtre involontaire du catholicisme dans diverses parties de l’Union soviétique. Maintenant, pour des raisons pastorales, il est plus avantageux pour nous d’établir notre siège central à Kiev, parce qu’ainsi, nous sommes plus proches des communautés qui sont réparties dans tout le pays». «En outre», a-t-il précisé, «être à Kiev nous permet d’éviter de longs voyages à chaque fois que le Conseil d’Etat des Eglises ou les bureaux de l’Etat nous convoquent pour quelque motif. En fait, tous les chefs des Eglises et des confessions religieuses de l’Etat résident dans la capitale».
«Nous avons été chassés de Kiev», a-t-il ajouté en évoquant les remous de l’histoire de son pays. «Lviv, pour ainsi dire, n’a jamais été notre patrie, elle n’a jamais été au centre de l’histoire de notre Eglise».
Le patriarcat, point d’aboutissement d’un processus
Concernant sa demande de reconnaissance du patriarcat, le cardinal ukrainien a expliqué que «dans notre tradition orientale, le patriarcat est un point d’aboutissement naturel dans le processus de croissance d’une Eglise. Quand une Eglise locale de tradition orientale arrive, dans son développement historique, à un point de maturation des divers aspects de sa vie ecclésiale, la reconnaissance du patriarcat ne représente pas un «saut», un moment de discontinuité. C’est prendre acte d’un chemin déjà accompli». «L’année dernière, a-t-il expliqué, nous avons rejoint l’unanimité parmi les évêques greco-catholiques sur le fait de constater que notre Eglise est déjà un patriarcat. Forts de ce consensus interne, et avec l’appui de nos frères, nous avons demandé à la suprême autorité de l’Eglise catholique de reconnaître et de bénir cette réalité».
Interrogé sur le rôle de Jean Paul II sur cette question, il a affirmé que «ce n’est pas le pape qui crée le patriarcat. Un patriarcat est une Eglise d’un peuple qui existe déjà, avec sa spiritualité, sa théologie, sa spiritualité, sa hiérarchie. Et le pape, donnant son assentiment, se limite à le reconnaître».
Les fils du premier baptême de la Russie
Alors qu’un débat avec son homologue ukrainien de l’Eglise latine, le cardinal Marian Jaworski, a été récemment publié dans les médias polonais, le cardinal Hussar a souligné sa proximité spirituelle avec l’Eglise orthodoxe et sa légitimité géographique en affirmant que «à la différence de l’Eglise latine qui, soit en Russie, soit en Ukraine, n’est pas une Eglise du peuple et reste une réalité non indigène (.), nous sommes (comme les orthodoxes) les fils du premier baptême de la Russie».
Habituellement, la reconnaissance d’un nouveau patriarcat dans l’Eglise catholique se fait au cours d’un concile oecuménique. Mais le cardinal Hussar ne souhaite pas attendre un éventuel concile Vatican III pour que son Eglise soit élevée au rang de patriarcat. Dans son interview, il précise que le droit canon prévoit la possibilité que le pape ratifie simplement ce fait. Or, au Saint-Siège, cette question est très débattue, surtout dans le cadre des relations déjà tendues entre Rome et Moscou. Les cardinaux de la Curie se sont plusieurs fois réunis pour aborder cette question. La prudence semble prévaloir pour l’instant. SR
Encadré:
Prêtres mariés non souhaités en Italie et en Espagne
Dans le cadre de son interview, le cardinal Hussar a répondu à une autre question débattue au sein de l’Eglise concernant la présence de prêtres mariés des Eglises catholiques orientales sur les territoires de l’Eglise catholique latine. Une présence que le Saint-Siège avait prohibée au début du XXe siècle.
«Les évêques espagnols et italiens, a expliqué le cardinal, nous ont écrit pour nous demander de ne pas envoyer dans leur pays des hommes mariés comme prêtres pour le soin pastoral des fidèles de notre communauté. Mais nous n’avons pas assez de prêtres célibataires à envoyer en service pastoral, maintenant que les fidèles de notre Eglise sont répartis dans le monde entier». «Je comprends les raisons de nos frères évêques en occident», a-t-il expliqué. «Ils ont peur de ce qui leur apparaît comme un mauvais exemple, étant donné que dans leur Eglise cette question est en débat».
«Je connais des prêtres célibataires exemplaires, a-t-il ajouté, et d’autres qui ne le sont pas du tout. La qualité du prêtre ne dépend pas du fait qu’il soit marié ou non. Dans certains cas, pour quelqu’un qui cherche à vivre sa vocation, avoir une famille peut aussi être un avantage. Mais je ne veux pas être discourtois vis-à-vis de mes confrères latins». «Je voudrais simplement que nos prêtres soient traités avec le même respect que celui exprimé envers nos frères prêtres orthodoxes», a-t-il conclu. (apic/imedia/bb)
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