Mariage de raison pour affronter la concurrence
Paris, 26 novembre 2003 (Apic) Le groupe «Le Monde» entrera d’ici la fin de l’année à hauteur de 73% dans le capital du groupe des «Publications de la Vie catholique» (PVC). «Le Monde» devrait, ce faisant, assainir ses finances. La nouvelle structure représentera un puissant groupe de presse, capable de faire face à des concurrents entrés, eux aussi, dans des logiques de regroupement.
Le groupe des PVC est l’éditeur d’une vingtaine de titres, dont les hebdomadaires «La Vie» et «Télérama». La presse est son coeur du métier, mais il est également présent dans le secteur du livre via les libraires «La Procure» et la maison d’édition «Desclée de Brouwer». Il a aussi développé une importante activité dans le domaine des services, avec notamment la filiale «Presse Informatique», première sur le marché français de la gestion informatique des abonnements. Entré en octobre 2002 à hauteur de 30% dans le capital des PVC, «Le Monde» en a pris le contrôle cet été en portant sa participation à 56%. Celle-ci sera élevée dans les prochaines semaines à 73%. La «Société des rédacteurs du Monde» (SRM), qui détient 29% du capital de la société de tête du groupe «Le Monde», a donné son accord le 24 novembre.
Dès lors rien n’empêchera «Le Monde» de s’organiser pour faire de 2004 l’an 1 de la nouvelle structure. Appelée «la Vie-le Monde» ou «Le Monde-La Vie», – l’appellation n’est pas arrêtée – ce puissant groupe sera composé de la «Société éditrice du Monde», du groupe des «Journaux du Midi» et des PVC. Il sera structuré en trois pôles d’activité: un pôle presse quotidienne nationale, un pôle presse régionale et un pôle magazines, qui reste à construire.
«Le Monde» en difficulté financière
Cette fusion revêt un enjeu capital pour sortir «Le Monde» de ses difficultés financières: des pertes estimées à 17,3 millions d’euros en 2002 et une dette à 135 millions d’euros. Les PVC possède par contre non seulement un patrimoine immobilier conséquent mais aussi 48,3 millions d’euros de capitaux propres, une trésorerie de près de 35 millions d’euros et un endettement quasi nul. Sans compter que «Le Monde» n’a déboursé que 80 millions d’euros pour acquérir 73% du groupe des PVC. Or celui-ci est valorisé au bas mot à 140 millions d’euros, et selon d’autres experts entre 270 et 360 millions d’euros. Pour remettre ses finances à flot, «Le Monde» pourrait envisager des cessions. Celle de «Presse Informatique», filiale des PVC, est à l’ordre du jour depuis plusieurs mois.
Préserver la survie et l’indépendance de la presse écrite
Equilibrer ses finances et poursuivre sa politique de diversification et d’agrandissement: un pari difficile pour le président du directoire du Monde, Jean-Marie Colombani. Il répète à l’envi que son grand souci est de préserver la survie et l’indépendance de la presse écrite. Avec le rachat des PVC et de plusieurs titres, dont «Courrier International», ainsi qu’un échange de participation capitalistique minoritaire avec le «Nouvel Observateur», il parie sur la construction d’un grand groupe de presse français capable de faire face à Socpresse (groupe Hersant), qui a racheté le groupe «L’Express-l’Expansion» (15 titres de la presse magazine). Capable également de passer des alliances stratégiques avec de grands groupe de presse européens comme «El Païs» (Espagne), «The Independant» (Gande-Bretagne) ou «La Republica» (Italie). Un mouvement de concentration qui concerne aussi le groupe Bayard – éditeur d’une vingtaine de titres, dont le quotidien «La Croix» – puisqu’il a récemment racheté le groupe «Milan Presse», une société de presse et d’édition basée à Toulouse. Ce faisant, Bayard, leader dans la presse jeunesse, a mis la main sur l’un de ses principaux concurrents. Le nouveau groupe doit peser 415 millions d’euros de chiffre d’affaires. Bayard s’était proposé, voici plusieurs années, de racheter son principal concurrent de la presse catholique, le groupe des PVC. Le fondateur de ce dernier, Goerges Hourdin, s’y était formellement opposé. (apic/jcn/bb)
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