Rome: Le pape aborde la question de la crise des vocations sacerdotales en France
Rome, 8 décembre 2003 (Apic) La grave crise des vocations sacerdotales qui touche l’Eglise de France est qualifiée par Jean Paul II de «traversée du désert qui constitue une véritable épreuve dans la foi». Le pape, recevant les 15 évêques français des provinces de Rennes et de Rouen au terme de leur visite ad limina du 1er au 6 décembre au Vatican, a abordé la lancinante question du manque de vocations.
«Depuis de nombreuses années maintenant, votre pays connaît une grave crise des vocations, une sorte de traversée du désert qui constitue une véritable épreuve dans la foi pour les pasteurs comme pour les fidèles et dont vos rapports quinquennaux se font largement l’écho», a affirmé Jean Paul II dans son long discours transmis à Mgr Francois Saint-Macary, archevêque de Rennes. Le Saint-Père y parle de «lent effritement des effectifs», malgré les «nombreuses initiatives qui ont été prises dans les diocèses de France pour réveiller la pastorale des vocations».
Face à cette «crise (.) inquiétante dans ses conséquences proches et durables sur la vitalité des paroisses et des diocèses de France», le pontife romain a invité les prélats français à ne pas «céder au découragement» mais «à relever le défi, avec une ferme espérance, pour construire l’avenir de vos Eglises».
La crainte de l’engagement à long terme
Pour le pape, si les jeunes ne répondent plus à l’appel de suivre le Christ dans le sacerdoce, il y a trois raisons majeures: la crainte de l’engagement à long terme, la définition même du prêtre et la sécularisation qui tend vers une connaissance superficielle du Christ. «La première difficulté est la crainte de l’engagement à long terme, parce qu’on a peur de prendre des risques sur un avenir incertain et qu’on vit dans un monde changeant où l’intérêt semble fugitif, lié essentiellement à la satisfaction de l’instant» a déclaré le pape.
Et Jean Paul II d’ajouter qu’on ne pourra surmonter la crise qu’en donnant confiance aux jeunes, dans une perspective à la mesure de l’espérance chrétienne. «C’est tout l’enjeu du travail éducatif qui est assuré d’abord par la famille et par l’école, et qui s’accomplit également à travers les diverses propositions pastorales pour les jeunes», a-t-il expliqué.
Crise d’identité des prêtres
«La deuxième difficulté concerne la proposition du ministère sacerdotal lui-même. En effet, depuis plusieurs générations, le ministère des prêtres a considérablement évolué dans ses formes» et même «parfois été ébranlé dans les convictions mêmes de bien des prêtres concernant leur propre identité». Il a, en outre, été souvent dévalué aux yeux de l’opinion, a poursuivi le pape. «Aujourd’hui, les contours de ce ministère peuvent sembler encore flous, difficilement repérables par les jeunes et manquant de stabilité», a-t-il remarqué. «Il importe donc de soutenir le ministère ordonné, de lui donner toute sa place dans l’Eglise, dans un esprit de communion qui respecte les différences et leur vraie complémentarité, et non pas dans un esprit de concurrence dommageable avec le laïcat».
Quant à «la troisième difficulté, la plus fondamentale», elle concerne «le rapport des jeunes avec le Seigneur lui-même. Leur connaissance du Christ est souvent superficielle et relative, au milieu de propositions religieuses multiples, alors que le désir d’être prêtre se nourrit essentiellement de l’intimité avec le Seigneur, dans un dialogue vraiment personnel». C’est donc une «découverte authentique de la personne de Jésus et de la relation vivante avec lui, qui s’exprime dans la vie sacramentelle, dans la prière et dans le service des frères» qui sera bénéfique à l’éveil des vocations. Dans son discours très articulé et très concret, Jean Paul II a également évoqué la formation des séminaristes.
Formation des séminaristes
«En France, les séminaires ont une longue histoire et une riche expérience», a souligné le pape, les qualifiant d’»instruments sûrs et bien adaptés», donc «l’outil essentiel et nécessaire de la formation des candidats au sacerdoce». Il a insisté en outre sur «la qualité de ces maisons de formation, en particulier par le choix des formateurs», encourageant les évêques à conserver, dans la mesure du possible, un séminaire dans chaque diocèse. Pour le Souverain pontife, il est en effet important que les prêtres connaissent bien leurs fidèles et ne soit pas déracinés par une formation hors du diocèse.
«Il importe que le séminaire soit une institution stable, repérable et reconnue dans le diocèse, apparaissant toujours comme le séminaire du diocèse, même si ce séminaire, qui accueille des candidats venus de plusieurs diocèses, est implanté dans un autre diocèse», a-t-il ainsi déclaré. Il a par ailleurs fortement invité les évêques à «rencontrer régulièrement les formateurs et les séminaristes», leur permettant ainsi de toujours plus «s’enraciner progressivement dans les réalités de leur diocèse, par les stages qui s’imposent, surtout quand, pour des raisons légitimes liées aux études, les lieux de formation sont éloignés du diocèse».
En outre, pour Jean Paul II, «la formation commune des prêtres d’un même diocèse, ou d’une même province, dans un même séminaire est certainement propice à susciter l’esprit d’unité, si nécessaire pour aider l’évêque à mettre en oeuvre ses décisions pastorales et également pour permettre aux prêtres de vivre dans le soutien mutuel et fraternel un ministère qui est souvent difficile».
Face à la banalisation de la sexualité, revaloriser le célibat et la chasteté
Il est donc essentiel, a poursuivi le pape, que «l’accueil des candidats venant d’un autre diocèse doit être fait avec discernement et qu’il doit toujours obéir aux dispositions canoniques et pastorales en vigueur», favorisant plutôt l’insertion du candidat au sacerdoce dans son séminaire diocésain, le lieu normal de sa formation. Enfin, le pape a rappelé «la complémentarité essentielle des quatre dimensions de la formation, humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale» qui doit être apportée dans les séminaires.
Face au «relativisme généralisé des ’valeurs’ diffusées dans les médias, par la banalisation de la sexualité, mais également par les scandales qui lui sont liés», il faut «être particulièrement attentifs à la formation humaine, affective et morale des candidats» a réaffirmé le souverain pontife, encouragent les formateurs «à poursuivre leur travail de formation et de discernement dans ce domaine, en relation avec des spécialistes compétents, afin de permettre aux jeunes qu’ils accueillent de toujours connaître clairement les exigences objectives de la vie sacerdotale et de faire la lumière sur leur propre vie, afin d’estimer à sa juste valeur le don du célibat et de se préparer à le vivre généreusement dans la chasteté, comme un don d’amour offert au Seigneur et à ceux qui leur seront confiés». (apic/imedia/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse