L’Apic publie aujourd’hui un supplément au reportage paru dans notre édition no. 337, intitulé: «Fribourg: Dans la peau des adolescents» " L»écouteuse de rue de la gare CFF»

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Fribourg: Dans la peau des adolescents

Rencontre à la gare de Fribourg

« J’ai pas de travail, j’ai pas de famille, je suis sans domicile ».Trop ’vieille’ – 18 ans – pour être placée dans des structures pour mineurs, mais trop jeune pour se retrouver avec les « adultes » dans les locaux pour SDF (sans domicile fixe). Un précipité de vie qui lui a donné une lucidité précoce. Stéphanie, est l’une des « rencontres » d’Annette Wicht. Témoignage.

Heureusement, Stéphanie a croisé le chemin d’Annette, « écouteuse de rue », un poste créé par l’Eglise catholique de Fribourg. Annette arpente les après-midi la gare de Fribourg et ses environs, où passent des milliers de jeunes chaque jour. L’Apic a demandé à Stéphanie ce qu’Annette Wicht lui apportait.

« Quand on est à la rue, personne ne vous écoute. Annette le fait, elle. Des fois, c’est moi qui l’écoute sans parler, ou bien je pleure ». Annette ajoute en souriant « Quand il faut ouvrir les bras pour consoler je suis aussi là ». Un silence, puis Stéphanie continue. « Il y a un partage d’émotions entre nous. Plus qu’une présence ».

« Je l’ai rencontrée cet été. Depuis, je la vousoie toujours. C’est une personne que je respecte » En quoi Annette Wicht aide-t-elle une jeune fille comme Stéphanie ? « Elle est là quand on en a besoin. L’après-midi, on peut se trouver à la gare, sans rien faire. Des jeunes qui traînent, j’en vois passer. Seuls. Ca se voit sur leur visage. Et je trouve que c’est bien, ce qu’elle fait, Annette. C’est ni une psychologue, ni une psychiatre, simplement une personne ouverte, avec qui on peut parler de tout. Elle m’apporte un soulagement. Le besoin de se confier est assez fort. »

« C’est dur de faire confiance à un adulte »

Les adultes n’ont pas beaucoup aidé Stéphanie. Pour ce qui est de ses proches, ils l’ont laissée tomber dès qu’elle a été majeure. « C’est dur de faire confiance à un adulte. J’y crois pas trop. Ca vient de mon expérience. Quand j’ai rencontré Annette, j’étais en famille d’accueil. Et j’allais bien. Je passais souvent par la gare. Elle est arrivée vers moi. Quand on a la musique dans les oreilles et que quelqu’un vient vous tapoter l’épaule, ça fait super plaisir. On n’est peut être pas ce qu’on croit être ».

Depuis l’été, Stéphanie se retrouve dehors. La solitude, elle la côtoie tous les jours. « Y’en a pas mal, des gens seuls. Il y a plein d’endroits à Fribourg, qui sont des repaires, où les jeunes se retrouvent, zonent, fument. On essaye de trouver une présence. Mais comme ils sont dans la même situation, c’est juste un copinage qui s’arrête là. Si on vous donne quelque chose, il faut s’attendre à donner aussi, à son tour. On est tous dans le même cas. A la rue ».

Stéphanie n’est pas livrée à elle-même pour autant. Des professionnels de l’aide sociale connaissent sa situation et essaient de l’aider. Mais Annette c’est autre chose. Son mandat est d’écouter, d’aider affectivement, en somme. « J’aimerais pas qu’elle aille au-delà, comme me trouver un logement. Ca m’embêterait qu’elle doive le faire. J’aurais l’impression de la déranger. Quand on est à la rue, il y a plein d’autres personnes à aider.

Silence. Le regard de la jeune fille se tourne vers Annette. « C’est une richesse de rencontrer une personne plus âgée, qui a autant d’humanité ». Le sourire de l’ »écouteuse de rue » et ses yeux clairs ont répondu. (apic/ propos recueillis par Valérie Bory)

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