L’impossible déplacement de Bethléem
Jérusalem, 19 décembre 2003 (Apic) Noël en Palestine se passera cette année de l’ »autre côté du mur ». Celui de la honte et de l’apartheid. Une religieuse témoigne, à la veille de Noël. Un Noël austère, qu’elle passera avec ses consoeurs entre les quatre murs de sa communauté.
« Cette année nous célébrerons Noël plus modestement tout en cherchant à le faire intensément. Nous ne nous rendrons pas comme de coutume à Bethléem, nous resterons entre les quatre murs de notre communauté », commente pour Misna Soeur Anna Gerarda Sironi, supérieure des missionnaires comboniennes. Un centre basé à Béthanie, à quelques kilomètres de Jérusalem. Elle donne immédiatement le ton.
L’heure est davantage à l’austérité pour la petite communauté des Soeurs de la Nigrizia, à la veille de la célébration de la naissance de Jésus. Et pour cause. Il y a quelques mois seulement, c’est l’intégrité physique de la mission qui avait été menacée par le tracé de la barrière de sécurité en cours de construction, le « mur de la honte », ainsi rebaptisé par la société civile. Un mur qui isole la Cisjordanie d’Israël et qui devrait prévenir selon le gouvernement d’Ariel Sharon les attentats suicides de kamikazes.
Le mur pourrait passer en plein coeur de la « propriété » des missionnaires. « Une partie de la mission est située en territoire palestinien et donc nous avons craint que la communauté ne soit coupée en deux par le mur », raconte Soeur Gerarda encore éprouvée. « D’autant que l’enceinte de la maison d’accueil des Pères passionnistes située à quelques pas de chez nous a été détruite », ajoute la Supérieure des comboniennes.
Si l’ombre du mur a pour l’heure reculé, elle n’a cependant pas disparu car la barrière de sécurité construite par Tel-Aviv devrait « nous encercler », poursuit la missionnaire qui assure qu’une « petite portion a déjà été construite. Nous risquons l’isolement ».
Situation désolante
En cette fin d’année, les missionnaires comboniennes doivent s’apprêter à relever un nouveau défi, « une situation vraiment désolante et nous ne comprenons pas pourquoi et comment on en est arrivé là », s’exclame Soeur Gerarda. Les premiers à subir les conséquences du passage du « mur de la honte » en ce point précis seront les Palestiniens car les missionnaires rencontreront de plus grandes difficultés à leur prêter assistance et soutien.
« En 50 ans de présence nous avons construit une crèche pour accueillir les petits Palestiniens, nous conseillons leurs familles et assistons les personnes âgées », poursuit notre interlocutrice. Au total ce sont des villages entiers de la zone de Béthanie, environ 200’000 personnes, qui ont trouvé en la communauté des comboniennes un point de référence stable. La Supérieure formule l’hypothèse de l’établissement d’un check-point pour consentir le passage des habitants des environs ayant besoin d’assistance. Dans le cas contraire l’accès à la mission pourrait s’avérer si ce n’est impossible, du moins fort complexe, les contraignant à « emprunter un chemin bien plus long en contournant Jérusalem », conclut la Supérieure.
Migration forcée
Mais ce ne sont pas seulement les Palestiniens qui pâtiront de la construction du mur. « La petite communauté chrétienne était ici composée de 40 familles, dont leurs membres travaillent en majorité à Jérusalem. Avec le passage du mur, nombre d’entre elles sont parties. Résultat, ici il ne reste plus que 15 familles, raconte à son tour Soeur Rosario. Pour elle cette migration forcée a eu « des répercussions sur la célébration du culte en termes de fréquentation ».
Les Noëls précédents, les comboniennes, après avoir obtenu non sans difficultés tous les permis nécessaires, se rendaient à Bethléem mais cette année elles resteront dans l’enceinte de leur mission, « faisant cause commune avec la population locale », explique la Soeur d’origine espagnole qui étudie la théologie et l’arabe en Terre Sainte.
Violence davantage psychologique
« Noël dernier a été très violent. Cette année les armes se font moins entendre; la violence est davantage psychologique », relève la jeune missionnaire qui achève son récit en formulant un souhait au nom de toute la communauté: « Que l’on réussisse à vivre cette situation en comprenant à fond le sens de chaque évènement sans les instrumentaliser. Il faut chercher les voies de la réconciliation qui passent par la justice et mènent à la paix ». (apic/misna/pr)
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