Suisse: Site internet Ciao: la rubrique « J’y crois moi non plus » a un an
Pourquoi ne parlerait-on pas de Dieu sur le site Ciao ?
Valérie Bory, agence Apic
Lausanne, 23 décembre 2003 (Apic) La rubrique internet « J’y crois, moi non plus », dédiée aux questions de religion, a gagné 20 à 25% d’audience depuis sa création, il y a un an. Elle fait partie du site pour adolescents « Ciao », qui avec ses 8 rubriques, cartonne à 20’000 visites par mois. Réussite unique en Europe pour « Ciao », auquel collaborent les cantons romands.
« Pourquoi on parlerait pas de Dieu ? » C’est ce qu’ont suggéré à l’association qui gère le site Ciao les jeunes internautes eux-mêmes, relayés par des animateurs de jeunesse, laïcs et paroissiaux. Un an après, J’y crois moi non plus est consulté par près de 1’000 jeunes internautes par mois. Cette partie spirituelle du site dépend de « répondants » rattachés à l’Eglise protestante et à l’Eglise catholique vaudoises et fribourgeoises. Ces jeunes adultes, théologiens protestants et catholiques, professeurs de philosophie, aumôniers de jeunesse, et même pasteurs et diacres, répondent aux jeunes sur le site, en plus de leur engagement au sein d’une Eglise. « C’est une sorte de bénévolat spécialisé », précise Jean- Marc Savary, Président de l’association J’y crois moi non plus. « Aucun budget n’est expressément prévu pour le travail de nos répondants. On perdrait la non confessionnalité de la démarche », précise-t-il. L’association Ciao est en effet neutre politiquement et confessionnellement.
50% des questions de Ciao sur la sexualité
La rubrique J’y crois moi non plus récolte un petit 2% des visites. Alors que les questions du site Ciao concernent pour 50% la sexualité; 18% la santé; 18% les relations; 5% les drogues; 4% la formation; 3% la violence. Certes, les questions sexuelles ont été présentes sur Ciao dès le début mais l’on ne saurait comparer les deux genres de rubriques, l’une généraliste et l’autre spécialisée dans les thèmes spirituels.
Outre les théologiens de J’y crois moi non plus, des travailleurs sociaux, des psychologues, médecins, infirmières scolaires répondent à la plus grande partie des questions. « Tous doivent avoir l’expérience du travail avec des jeunes ».
Le petit dernier du site Ciao, J’y crois moi non plus, reçoit une vingtaine de questions par mois. Une question est lue en moyenne par 57 personnes. Certains mois, pour 30 ou 40 d’entre elles, on compte 800 à 1000 consultations. En une année J’y crois moi non plus a vu une augmentation des demandes de 20 à 25%.
Les doutes d’une ado face à la religion
Entrer dans le vif d’une question, c’est aborder, ici, les doutes d’une adolescente face à la religion. Sous son pseudo, Youkoulélé écrit : « Je ne comprends pas comment certains peuvent croire. J ’ai dû affronter deux décès à trois semaines d’intervalle lorsque j’avais 12 ans. J’ai ensuite souffert d’anorexie (.). Jusqu’à ce qu’un soir, j’aie pleuré pendant des heures. A cette époque je ne croyais pas en Dieu, mais je faisais le catéchisme, pour avoir quelque chose dans la vie à quoi me rattacher. Puis j’ai alors tout stoppé avant ma confirmation, ce qui a déçu tout le monde et surtout ma grand mère, super religieuse. En plus, à l’école, certains essayaient de nous convaincre qu’il ne faut pas coucher avant le mariage, etc. Avec tout ça, comment voulez-vous croire que Dieu existe ? »
L’Apic a rencontré l’un des 14 répondants de J’y crois moi non plus, aumônier dans un groupe de jeunes, marié, qui ne divulguera pas son nom pour protéger l’anonymat, règle sacro sainte du site. Appelons-le Michel. Il vient, comme d’autres répondants, de la Pastorale d’animation jeunesse, mais précise « nous sommes là à titre personnel. Ce n’est pas l’Eglise catholique ou réformée qui répond « .
La question exprime souvent « une douleur, un souci ». Quand les jeunes parlent de la mort, Michel « accueille aussi cette douleur particulière ». De Youkoulélé ou d’un autre jeune, on ne connaît que l’âge, le sexe, le canton de domicile et si il ou elle a déjà posé des questions auparavant.
Le voyage d’une question est assez long jusqu’à la page Internet. La question rencontre d’abord l’ »aiguilleur », qui la dirige vers l’un des 14 répondants de J’y crois, moi non plus. Un répondant ouvre son courrier électronique chaque jour, mais ne répond pas immédiatement. Le site garantit une réponse à partir d’un délai de trois jours. Il faut dire que les questions sont précédées d’expériences vécues et s’étendent souvent sur une page. « En fait ils parlent de leur état d’âme », résume Michel. Et à Ciao, il n’est pas question de faire du ping pong avec les réponses, comme sur les forums et autres « chats » internet. « J’imprime la question, j’essaie de l’ « écouter » le mieux possible. Je me donne un temps de maturation puis je rédige une réponse ». Ensuite, l’aiguilleur la met sur le site. En répondant à une personne, d’autres s’y retrouveront, bien sûr.
Seuls les croyants iront au paradis? Quelle intolérance!
Cette autre adolescente, pseudo: Apoliptica-girl, qui se déclare « incroyante et donc sceptique », trouve le catholicisme « intolérant », alors que « la religion chrétienne est basée au contraire sur la tolérance et le respect ». Elle se demande « pourquoi au moyen-âge on a été jusqu’au génocide pour que la religion catholique gouverne le monde ». Elle conclut : « Et quelle intolérance de dire que seuls les croyants iront au paradis ! ».
Le répondant prend sa souris et livre à l’ordinateur sa réponse. « Pour les chrétiens », écrit-il, « le coeur de leur religion est l’amour de Dieu pour les hommes et les femmes, amour manifesté dans Jésus. » Puis il évoque le mystère de la résurrection » et poursuit : « Le christianisme est une religion de l’amour et de la relation « . Relation qui nécessite « le respect et la liberté de l’autre ». Quant à la tolérance, « elle peut être comprise dans des sens très différent », constate-t-il. Puis il aborde le moyen âge, avec prudence. « Est-on allé jusqu’à commettre des génocides ? Cela demanderait des recherches historiques. » Il rappelle que le pape Jean Paul II a demandé pardon pour la responsabilité de l’Eglise. Il donne ensuite « quelques pistes », évoque « le contexte historique » et fait allusion à ce qui caractérise une société, à côté de la religion, la politique, l’économie, le pouvoir, etc ». Il parle du prosélytisme en termes simples et clairs. « Quand une conviction devient un absolu ou une mission divine, on risque d’oublier le respect des hommes ».
A propos du Paradis, le répondant s’en sort bien en rappelant que dans la confession catholique, « nous croyons que Dieu désire sauver tous les hommes. Sans toutefois forcer la liberté d’une personne et l’obliger à l’aimer ». Il terminera avec un message positif et encourage l’adolescente « à sortir de son scepticisme quand cela est nécessaire ».
Le mal, à propos de l’Irak
Quelle impression Michel retire-t-il de ses échanges avec des adolescents ? « Je suis étonné de la qualité des expériences qu’ils partagent avec nous. Ils ont beaucoup de profondeur. Les questions autour du mal reviennent régulièrement, à propos de l’Irak par exemple. On sent un grand espoir mais un besoin d’être confortés dans leur choix. Il y a une grande confiance qui est faite en nous. Des choses intimes sont dites ».
Michel constate aussi qu’ils ont « une expérience liée aux médias et parfois, une vision caricaturale de la religion » Il pense que « ce site aide à mettre les choses à plat, à trier ». Le travail avec des jeunes oblige à être vrai. « J’ai dû aller au fond de moi-même pour parler du mal, de la mort, de la présence de Dieu dans le monde, de la protection de la vie, de la nature, de l’avenir de l’humanité. Avec eux, très vite on en arrive aux questions fondamentales ». (apic/vb)
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