Liban: Après Beyrouth, des centaines d’étudiantes voilées défilent à Tripoli et Saïda
La contestation gagne le monde musulman
Beyrouth, 24 décembre (Apic) Le gouvernement français du président Jacques Chirac pourrait bien perdre une bonne partie du capital confiance des pays arabes, du Proche Orient et du Moyen Orient, acquis pour sa position dans la guerre contre l’Irak. Sa prise de position du 17 décembre en faveur d’une loi interdisant les signes religieux « ostensibles » dans les écoles publiques lui vaut une volée de bois vert. Au Liban, par exemple, les manifestations se sont poursuivies mardi, pour le quatrième jour consécutif. Le débat s’anime, pour ne pas dire s’envenime.
Des centaines d’écolières ont ainsi manifesté dans les rues de Tripoli contre la décision de Jacques Chirac. Les jeunes filles, rassemblées devant les bureaux du ministère de l’Education à l’appel de l’Amicale des étudiants musulmans, et en coopération avec diverses institutions islamiques, scandaient: « Notre voile est notre liberté! »
« Laïcité = Terrorisme », « A bas le terrorisme de la laïcité », pouvait- on lire sur une banderole portée par des étudiantes masquées. S’adressant à la foule, cheikh Ammar Chaabane, un responsable du Mouvement d’unification islamique (MUI, fondamentaliste sunnite), s’est déclaré « très étonné de la position du président Chirac, surtout que nous considérons que les positions de la France sont en faveur de notre pays, notamment en Palestine, et du fait de son hostilité à la guerre en Irak ».
Parallèlement, une voiture stationnée devant le Centre culturel français de Tripoli diffusait à l’aide d’un porte-voix des chants religieux musulmans et des discours hostiles à l’interdiction du port du voile islamique.
A Saïda, plusieurs dizaines d’étudiantes se sont regroupées devant le siège du Rassemblement des ulémas de Jabal Amel (chiite), également pour protester contre la décision de Chirac. « Interdire le voile est un complot contre l’islam et les musulmans », pouvait-on lire sur une pancarte portée par l’une d’elles, vêtue d’un tchador. « La liberté est bafouée dans le pays de la démocratie », était-il écrit sur une autre pancarte.
Samedi dernier, des dizaines d’étudiantes musulmanes avaient manifesté à Beyrouth, devant le siège de l’ambassade de France, pour protester contre la décision de Jacques Chirac.
Indignation du monde arabo-musulman
La colère n’est pas visible au Liban seulement. La position du président français suscite l’indignation dans le monde arabo-musulman, même si des voix s’élèvent pour affirmer que le voile n’est pas « une obligation religieuse ». Oulémas, mouvements politiques et officiels ont dénoncé la décision et lui ont demandé de la reconsidérer.
Du président iranien Mohammed Khatami à l’influent cheikh d’origine égyptienne Youssef al-Qaradaoui qui a libre accès à la chaîne très suivie d’al-Jazira, en passant par les muftis des principaux pays arabes, les appels à Jacques Chirac se sont multipliés.
Après des mois de débat passionné, qui menace de l’être bien davantage encore Jacques Chirac, suivant les principales recommandations de la commission Stasi a tranché en faveur de la loi. Cheikh Qaradaoui a appelé à une mobilisation face à cette, exhortant lors du prêche de vendredi les musulmans à adresser des messages au président français pour lui demander de « revenir sur sa décision ».
« Haine pour l’islam »
Le mufti de Syrie, cheikh Ahmad Kaftaro, a écrit au président français lui demandant de reconsidérer sa position, affirmant que « la nation musulmane voit dans le voile un des fondements de sa religion ». A Bahreïn, des associations islamiques ont annoncé l’organisation d’un sit-in « imposant » devant l’ambassade de France, au cours duquel sera remise une lettre de protestation au président Chirac.
Le mufti sunnite du Liban, cheikh Mohammed Rachid Qabbani, est allé plus loin évoquant une « haine pour l’islam ». Un avis partagé par les Frères musulmans dont le guide en Egypte, Maamoun al-Hodeiby, a averti contre « la haine entre la France et les peuples musulmans » que risque de susciter une telle loi. (apic/olj/pr)
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