Lucerne: Le séminaire St-Beat du diocèse de Bâle fête ses 125 ans

«Apprendre, vivre et prier en communauté»

Josef Bossart, agence Apic / Traduction: Bernard Bovigny

Lucerne, 13 janvier 2004 (Apic) «Un lieu de vie, de foi, de prière et de formation, un lieu de communauté et de rencontre». C’est ainsi qu’est décrit le séminaire St-Beat, à Lucerne, par son directeur Christoph Sterkman. Ce lieu, qui fête ses 125 ans, regroupe les candidats à la prêtrise du diocèse de Bâle et, depuis 1995, plusieurs jeunes femmes destinées à devenir assistantes pastorales ou catéchistes. Les festivités du 125e anniversaire se concluront le 28 mars à la «Hofkirche» de Lucerne par un rassemblement qui verra la présence de Mgr Kurt Koch.

L’Eglise catholique vit le Concile de Vatican II. Et des signes de renouveau apparaissent également dans le diocèse de Bâle. Les 20 séminaristes de St-Beat, volée 1964/65, posent un regard confiant en direction de l’appareil photo qui va les immortaliser. Tous vêtus d’une soutane noire, ils se tiennent en deux rangs serrés dans la cour du séminaire. Devant eux sont assis les professeurs, les prêtres qui les accompagnent et l’évêque de Bâle, Mgr Franciskus von Streng.

Ce cliché est reproduit dans l’édition actuelle du bulletin d’information du séminaire St-Beat «Einblick – Ausblick». Ce même numéro contient également une photo actuelle, montrant une partie de la communauté sur le toit en terrasse du bâtiment avec une superbe vue sur les monuments du centre ville et le Lac des Quatre-cantons. Le contraste entre les deux photos est frappant. Les séminaristes en soutane des années soixante ont fait place à un groupe autrement plus bigarré, dans lequel des femmes ont pris place.

13 séminaristes pour l’ensemble du diocèse

Six des 22 étudiants résidant actuellement à St-Beat s’apprêtent à être ordonnés prêtres. Les temps où le séminaire produisait 20 prêtres ou plus par année appartiennent à un passé lointain. Et l’avenir ne semble pas rose. Les prévisions annoncent deux à trois ordinations par an pour ce diocèse qui regroupe plus d’un million de catholiques répartis dans 10 cantons de Suisse alémanique et romande (Jura). Ces nouveaux prêtres ne seront, et de loin, pas en nombre suffisant pour remplacer leurs confrères quittant leur fonction pour raison d’âge. Actuellement, près de cent ressortissants du diocèse de Bâle étudient la théologie à Lucerne, Fribourg ou ailleurs. Seuls 13 d’entre eux le font dans le but de devenir prêtres.

En parallèle avec la valorisation et l’augmentation de l’activité des laïcs dans l’Eglise, le recul du nombre de prêtres a des effets notoires sur l’organisation de la pastorale dans le diocèse de Bâle. Les 519 paroisses qui le composent ne peuvent compter que sur 215 prêtres. Il en résulte que 288 paroisses sont regroupées en 91 secteurs pastoraux, confiés à des équipes pastorales composées de prêtres, théologiennes, théologiens et autres laïcs.

Préparation à la coresponsabilité entre prêtres et laïcs

Déjà depuis les années 70, le séminaire St-Beat prépare les futurs prêtres à vivre ce genre de situation pastorale. Cela se traduit concrètement par le rassemblement sous un même toit des séminaristes, futurs diacres, assistantes et assistants pastoraux, et catéchistes. Tous fréquentent soit la Faculté de théologie à l’Université de Lucerne, soit l’institut catéchétique, soit la troisième voie de formation du séminaire théologique.

Le Vatican demande pourtant que les futurs prêtres ne soient pas mêlés aux laïcs dans le cadre de leur formation. Le document «Instruction sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres» (1997) rappelle en effet que «les séminaires doivent être réservés aux seuls candidats au sacerdoce». Pourtant, depuis plus de 8 ans, des futures assistantes pastorales et catéchistes suivent leur formation et vivent au séminaire St-Beat. Cette initiative prise en 1995 par l’évêque Hansjörg Vogel à titre d’essai a été prolongée deux fois sans provoquer de remous. Et la formule a fait ses preuves, souligne Christoph Sterkman, âgé de 49 ans, directeur du séminaire St-Beat depuis 1999. Les critiques concernant la formation, la vie et la prière menées par des hommes et des femmes au séminaire St-Beat ont largement disparu. Des expressions grossières, comme celle de ce prêtre âgé traitant le séminaire de «bordel», demeurent absolument exceptionnelles.

Le modèle instauré par le séminaire de Lucerne est en fait très proche de la réalité du diocèse. Les laïcs prennent toujours davantage de place dans les instances ecclésiales. Le travail d’aumônerie et de pastorale paroissiale est de plus en plus accompli par des équipes formées de prêtres et de laïcs professionnels. De même les activités bénévoles reviennent partout essentiellement aux femmes.

Les exigences sont toujours plus élevées pour ce qui concerne les futurs prêtres. En plus de leur formation théologique et pastorale, on attend d’eux qu’ils acquièrent des compétences humaines et sociales. Le document «Profil pour les collaboratrices et collaborateurs pastoraux» de la Faculté théologique de Lucerne» précise que «les agents pastoraux sont en mesure d’accomplir leurs tâches dans un esprit de collaboration; ils peuvent accueillir les propositions de leurs collègues, apporter leurs propres idées et y renoncer lorsque cela sert au bien commun».

Une atmosphère plus proche de la réalité

Le sous-directeur Hanspeter Wasmer considère également la présence d’hommes et de femmes au séminaire comme une très bonne solution. Pour lui, cette présence féminine apporte dans la maison une atmosphère plus naturelle et plus proche de la réalité que si elle était un «biotope» formé exclusivement d’hommes. De plus, cette cohabitation a des conséquences très positives sur la formation humaine des séminaristes.

Le travail ecclésial ne peut actuellement se concevoir sans une formation solide, estime Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle, dans le dernier numéro de «Einblick – Ausblick». Car la théologie est, en son noyau, «le compte-rendu intellectuel sincère» de qui est Dieu, et qui est l’homme et le monde «à la lumière de Dieu». Seul celui qui dispose d’un certain savoir religieux, auquel on peut se confronter intellectuellement, peut vivre des véritables expériences de foi.

Un montage audio-visuel intitulé «Menschen im Dienst von Menschen» a été réalisé à l’occasion des 125 ans du séminaire. Il présente la vie de la maison et vise notamment à éveiller des vocations au service de l’Eglise. Les principaux destinataires sont les groupes de servants de messe et de confirmands issus des paroisses du diocèse. Ils ont été invités à passer durant ces mois au séminaire St-Beat. JOB

Encadré:

Inspiré de Sainte Marie de la Tourelle du Corbusier

L’architecte lucernois Walter Rüssli a terminé en 1971 la nouvelle construction du séminaire St-Beat sur la colline derrière la «Hofkirche». Il s’est inspiré du couvent Sainte Marie de la Tourette construite près de Lyon dans les années 60 par l’architecte suisse Le Corbusier (1887 – 1965). «Dans ce bâtiment, avec sa cour intérieure, la spiritualité communautaire de la règle bénédictine et de l’histoire du couvent doit être perceptible», a affirmé l’architecte Otto Gmür en commentant l’oeuvre de son collègue Walter Rüssli lors du vernissage de l’exposition consacrée actuellement au séminaire St-Beat. JOB

Encadré:

Les grands défis dans la transmission de la foi

Rencontre avec quelques séminaristes dans la salle commune d’un des trois groupes d’habitation à l’heure du café. Trois futurs prêtres s’expriment sur les principaux défis qui les attendent dans leur engagement. Le plus grand? «Transmettre ses convictions personnelles de façon telle que les gens puissent les accueillir», affirme Simon Moser, 35 ans. «Bâtir une atmosphère dans laquelle les gens se sentent accueillis, un lieu où ils ont envie de venir», dit Josef Schenker, 61 ans. Dusan Blasko, 27 ans, définit ainsi le plus grand défi dans le domaine de la foi: «Comment transmettre de façon appropriée la foi aux hommes d’aujourd’hui? Surtout pour les jeunes générations, la transmission de la foi doit être solide et justifiée. Les aînés, pour leur part, ont souvent des besoins opposés. Ils n’attendent pas de l’Eglise un enseignement de type uniquement intellectuel. JOB

Indications pour les rédactions: Des photos actuelles du séminaire St-Beat sont à commander à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1700 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: ciric@cath.ch

(apic/job/bb)

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