Vaud: Les Eglises opposées à l’internement à vie des délinquants sexuels ou violents

« Non » à l’initiative soumise au scrutin fédéral du 8 février 2004

Lausanne, 19 janvier 2004 (Apic) Le Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), le Conseil oecuménique cantonal d’aumônerie pénitentiaire, ainsi que le délégué épiscopal, Jacques Pillonel, s’opposent à l’initiative soumise au scrutin fédéral du 8 février 2004, sur l’internement à vie des délinquants sexuels ou violents. Ils estiment que cette initiative doit être refusée par le peuple suisse.

Les signataires relèvent dans un communiqué publié en commun le 19 janvier que s’ils partagent la préoccupation des initiants, c’est-à-dire éviter la récidive à la sortie de prison, et connaissent la souffrance des victimes et de leurs familles, ils ne peuvent, « pour des raisons éthiques et spirituelles », accepter les termes d’une initiative qui ôterait tout espoir de réintégration sociale à certaines personnes. Par ailleurs, ils estiment que les garanties juridiques offertes par le nouveau code pénal sont suffisantes.

L’éthique chrétienne, font-ils remarquer, considère que tous les êtres humains sont appelés à vivre un progrès moral continuel. Cette même éthique, à leurs yeux, invite à ne jamais considérer qu’une personne est incapable d’évoluer. « Il y va de la reconnaissance de sa dignité d’être humain. Les évangiles montrent le Christ s’approchant des hommes et des femmes dans leur misère, suscitant leur repentir et leur responsabilité. Jésus appelle aussi la société à n’exclure personne définitivement ».

Un homme emprisonné à vie n’a plus rien à perdre

A sa façon, estiment enfin les auteurs de ce communiqué, la science médicale et psychiatrique s’inscrit dans cette perspective quand elle reconnaît que les expertises sont valables pour une durée limitée et doivent être reconduites, car l’être humain évolue.

Pour eux, cette initiative ne tient pas compte des progrès réalisés ces dernières décennies dans la prise en charge des délinquants reconnus dangereux, dont les évaluations et le suivi sont menés de manière serrée et pluridisciplinaire: « Le nouveau code pénal prévoit de solides garde-fous lors de l’examen périodique de la situation des délinquants. Ce cadre, désormais plus sévère qu’auparavant, garantit une sécurité publique forte et suffisante ».

Et d’ajouter en conclusion: « Un homme emprisonné à vie, privé de tout espoir de revoir un jour la liberté, n’a plus rien à perdre. Il devient plus dangereux pour le personnel des établissements pénitentiaires, qui remplit sa mission au nom de la société et pour le bien de la population. Pour cet ensemble de raisons, nourri de l’expérience de personnes de terrain, nous estimons qu’il faut rejeter cette initiative (apic/com/pr)

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