Berne: Caritas Suisse prône davantage de solidarité entre les générations
Berne, 23 janvier 2004 (Apic) Le conflit des générations s’est modifié en quelques années. Idéologique au 20e siècle, il touchera toujours davantage la cohésion sociale de la Suisse ces prochaines années. En 2040, les plus de 65 ans constitueront le quart de la population, selon les estimations. Seule une authentique solidarité entre les générations et entre partenaires économiques permettra de conserver l’équilibre social de la Suisse. C’est ce qu’ont affirmé plusieurs intervenants au Forum de Caritas-Suisse le 23 janvier à Berne.
En Suisse, 45% des dépenses sociales sont aujourd’hui destinées au 3e âge et 25% à la santé (maladie et accidents). Et ces proportions ne feront que s’accroître ces 40 prochaines années, a affirmé le professeur Pierre, Gilliand, professeur en sciences sociales à l’Université de Lausanne, devant les 220 participants au Forum de Caritas-Suisse. Le soutien à la famille, y compris l’assurance maternité, constitue « le parent pauvre » de la manne sociale, avec sa part de 5%.
Si le vieillissement de la population est un phénomène déjà séculaire, son accroissement va davantage s’accentuer ces prochaines décennies. Alors que le taux des personnes de plus de 65 ans constitue le 15,5% de la population actuellement, il sera de plus de 24% en 2040, puis stagnera les années suivantes, selon les estimations. Et le vieillissement secondaire (les plus de 80 ans) « prendra l’ascenseur » dès 2020. Cette réalité sociale n’aura pas que des répercutions sur l’AVS, prévient le professeur Gilliand. Si les Suisses vivent plus longtemps, ils ne seront pas forcément en meilleure santé. Au contraire: plus l’âge s’élève, plus la probabilité de recours à la médecine ou un accompagnement s’accroît. D’où une explosion prévisible des coûts de la santé au cours de ce siècle.
Cela dit, « ce n’est pas une faute d’être malade, ni une erreur de devenir vieux », martèle Pierre Gilliand, en soulignant que derrière toutes les statistiques et projections se trouvent des êtres de chair et de sang. La lutte des générations succédera-t-elle à la lutte des classes? Ce serait contre-productif, estime le conférencier, rappelant que la cohésion de la société a un prix: celui de la solidarité et de la paix sociale.
Les « recettes sociales » du professeur Gilliand
Répondant à un participant, le professeur Gilliand a livré quelques- unes de ses convictions relatives à une réforme du système social actuel, jugé « peu cohérent ». Et pour cause: les lois sont souvent bricolées par peur du referendum, et il faut attendre 25 ans afin qu’elles fonctionnent totalement. La Suisse a donc toujours une guerre de retard en matière sociale. Le conférencier estime d’abord que les allocations familiales doivent être renforcées, afin « de ne pas décourager la natalité, à défaut de la soutenir ». Par ailleurs, le coût des assurances maladies doit être absolument maîtrisé. Et afin de ne pas pénaliser les familles, les cotisations devraient tenir compte du revenu. Enfin, le professeur Gilliand souligne que l’AVS, trop faible, ne remplit actuellement pas son rôle consistant à assurer le minimum vital. Cela pénalise notamment ceux qui travaillent à un taux trop bas pour cotiser à la Caisse de pension.
Le vieillissement de la population, un thème récurrent
Les spectres du vieillissement de la population suisse et de la baisse de la natalité ne datent pas d’aujourd’hui. Ces thèmes sont récurrents en Suisse depuis les années 30, a rappelé le sociologue François Höpflinger, professeur à l’Université de Zurich. Or, dès le milieu des années 40, le pays sera marqué par le phénomène du « baby-boom ». Durant près de 10 ans, les femmes ne vont pas donner naissance à davantage d’enfants, mais toujours plus de femmes deviendront mères. Grâce également à l’immigration, qui a surtout marqué la deuxième moitié du 20e siècle, la population de la Suisse ne va cesser d’augmenter pour atteindre 5,4 millions de résidents en 1950 et 7,2 millions actuellement.
Cela dit, la génération « baby-boom » atteint bientôt l’âge de la retraite. Il en découle notamment un « vieillissement démographique inéluctable ». Alors qu’en 1930, plus de la moitié des Suisses étaient déjà décédés à la naissance des petits-enfants, la vie commune entre ces générations prend une grande importance aujourd’hui. Et les retraités de ces prochaines années n’auront pas du tout l’intention de se ranger au garage, prévient le professeur Höpflinger. « Mais notre société n’a pas appris à utiliser les compétences de ses retraités », souligne le conférencier, qui prône davantage de solidarité et de collaboration entre les générations, et également au niveau des entreprises. Une équipe de travail formée uniquement de jeunes ou uniquement d’aînés s’avère moins efficace qu’un groupe dans lequel l’expérience des uns face aux défis de la vie est complémentaire à la vivacité d’esprit des autres. BB
Encadré:
Le vieillissement de la population ne concerne pas que la Suisse
Le vieillissement démographique, à des proportions diverses, touche pratiquement tous les pays, du nord au sud et d’est en ouest. Même si l’espérance de vie demeure bien plus bas dans les pays dits « en développement » que dans le monde occidental, la proportion des personnes de plus de 60 ans va prendre l’ascenseur dans certaines contrées, ce qui ne sera pas sans poser des graves problèmes d’équilibre social. Ainsi, si la Suisse avait une proportion de 19,5% de personnes de plus de 60 ans dans la population en 1996, et elle sera d’environ 31,4% en 2025, soit 73% d’augmentation, tout comme dans la plupart des autres pays d’Europe occidentale. La Chine, pour sa part, passera durant cette même période de 9,5% à 20,3%. Et la croissance sera encore plus forte en Corée du Sud, qui passera de 9,4% à 23,4% de plus de 60 ans dans sa population. BB
Encadré:
L’humour de Pierre Miserez et Gusti Pollak
Le Forum 2004 de Caritas-Suisse a connu une nouveauté avec la participation des comédiens Pierre Miserez et Gusti Pollak. Surfant sur le suisse allemand et le français, utilisant un registre comique avec des pointes de réflexion bienvenues, ils ont su avec bon goût à la fois amuser et intriguer un public qui n’était pas prêt à accepter toutes les formes d’humour appliquée au conflit entre les générations. Le « président du Conseil fédéral » Pascal Couchepin (Joseph Deiss n’étant que « président de la Confédération »), interprété par Pierre Miserez, a ainsi découvert que le jonglage social entre les 4 ou 5 générations n’était pas plus facile que celui des balles, même en éclusant quelques verres de blanc pour se donner du courage. BB
(apic/bb)
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