Tessin: Ordination épiscopale à Lugano

Mgr Pier Giacomo Grampa est devenu le 10ème « évêque de Lugano »

Lugano, 25 janvier 2004 (Apic) Mgr Pier Giacomo Grampa, âgé de 67 ans, est devenu dimanche 25 janvier à Lugano le 10e « évêque de Lugano », après le Jurassien Eugène Lachat, évêque de Bâle, nommé administrateur apostolique du Tessin en 1885. L’ordination du 5ème prélat à porter le titre d’ »évêque s’est déroulée dans une cathédrale archicomble, en présence de nombreux évêques, d’une multitude de prêtres, religieux et religieuses, des autorités cantonales et communales, du public.

Le nouvel évêque de Lugano, recteur du Collège catholique Papio, à Ascona, au Tessin, et curé de cette même localité au moment de sa nomination par le pape, le 18 décembre dernier, succède ainsi à Mgr Giuseppe Torti, désormais évêque émérite de Lugano. Ce dernier, empêché de participer à l’ordination pour raison de santé, a fait part de son affection et de son soutien au nouvel évêque.

10e évêque de Lugano et 5e à porter le titre d’évêque, Mgr Grampa est entré dans la cathédrale sous les applaudissements pour recevoir dimanche après-midi l’ordination épiscopale en la cathédrale San Lorenzo de Lugano, des mains de ses consécrateurs, au cours d’une cérémonie présidée par le nonce apostolique à Berne, Mgr Pier Giacomo De Nicolo, accompagné du cardinal tessinois Gilberto Agustoni, préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique à Rome.

Ce dernier était notamment entouré du président de la Conférence des évêques de Suisse, Mgr Amédée Grab, évêque de Coire, et d’une vingtaine d’autres évêques, venus de Suisse et de l’Italie voisine. Parmi les concélébrants, on notait également les présences de Mgr Silvano Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’ONU à Genève, Mgr Gianni Danzi, secrétaire général du gouvernorat de la Cité du Vatican, ainsi que des Abbés de l’Abbaye d’Hauterive et de Disentis, notamment.

Présenté à l’assemblée par son frère

Le nouvel évêque de Lugano a été présenté au nonce et à l’assemblée par deux prêtres de son choix: don Emilio Conrad, compagnon d’étude et ami du prélat, mais aussi par son frère, don Giuseppe Grampa.

Par l’imposition des mains, le nouvel évêque a été agrégé au collège des successeurs des apôtres. Particulièrement vivante, la cérémonie a été animée par le choeur de la cathédrale de Lugano ainsi que par un groupe de chanteurs provenant de l’ensemble du diocèse.

Mgr Grampa a été solennellement accueilli par le nonce apostolique en Suisse, Mgr De Nicolo, par les évêques, par plus de 200 prêtres et de nombreux religieux et religieuses du diocèse, en présence des autorités civiles cantonales et communales et de centaines de fidèles. Parmi l’assistance, on notait en outre des représentants et des Eglises soeurs, ainsi que l’ambassadeur d’Italie à Berne, Benedetto Francese. Diffusée en direct par la radio et la télévision suisse italienne, la cérémonie a été suivie par de nombreux fidèles massés Place de l’Evêché, où un écran géant avait été installé. La devise du nouvel évêque, « Patiens in adversis » (Patience dans l’adversité ») résume à l’évidence le charisme de Mgr Grampa. Cette devise est puisée d’une pensée prêtée au pape saint Grégoire le Grand.

Son blason, Mgr Grampa a choisi de le diviser en quatre partie pour autant de thèmes: les clés et le coquillage, symboles des saints Pierre et Jacques dont il porte les noms; « le coeur enflammé » qui réclame la sollicitude du pasteur; l’armoirie de Busto Arsizio, sa commune d’origine; celle enfin du diocèse de Lugano.

Présidée par le nonce apostolique à Berne, cette ordination a débuté par la lecture de la bulle de nomination, lue par don Carlo Quadri, chancelier épiscopal. Cette bulle, signée de Jean Paul II, est datée du 18 janvier 2004.

L’unité de l’Eglise

Dans son homélie, le nonce apostolique Pier Giacomo De Nicolo a souligné qu’un évêque aujourd’hui devait occuper mille tâches et à assumer d’innombrables rôles. « Un autre engagement urgent et profond est attaché à la charge d’évêque: être responsable et serviteur de l’unité, parce que le ministère épiscopal est ministère de l’unité et pour l’unité ».

Remise des insignes de la charge

Aux appels successifs du nonce, interpellant le nouvel évêque et auxquels ce dernier a répondu par de clairs « oui, je le veux », a succédé l’ordination épiscopale proprement dite: la litanie des saints pendant laquelle l’ordinant demeure étendu sur le sol, face contre terre, devant le nonce apostolique, en signe d’humilité; l’imposition des mains par tous les évêques présents; la prière de consécration, durant laquelle l’Evangile est tenu au-dessus de la tête du nouvel évêque; l’onction de l’huile sainte enfin, qui rappelle les rites de l’Ancien Testament.

Mgr Grampa a ensuite reçu les insignes de sa charge: l’Evangile, pour rappeler que la prédication est sa première tâche; l’anneau épiscopal, en signe de fidélité à l’Eglise, épouse du Christ; la mitre et la crosse ou bâton pastoral, symbolisant le gouvernement qui lui est confié. Le 10e évêque du diocèse de Lugano a enfin pris possession de son siège épiscopal, sous les applaudissements. Ce geste indiquant l’entrée en fonction du nouvel évêque.

Après le baiser de paix, reçu de tous les évêques présents, en guise de symbole pour marquer son entrée dans le collège épiscopal. Mgr Grampa a appelé les fidèles à une profession de foi. La cérémonie s’est poursuivie par la célébration de l’Eucharistie.

Premier message de Mgr Grampa aux fidèles

« L’ennemi majeur aujourd’hui, ce n’est ni l’athéisme, ni l’aversion pour la religion, mais l’indifférence. Ce sont ceux qui pensent: que Dieu existe ou pas », confiait le nouvel évêque au cours d’une récente interview accordée à l’Apic. Dans sa première adresse aux fidèles, en début de cérémonie, il a rappelé qu’il était entré dans cette cathédrale comme le 234ème prêtre de l’Eglise – réd: décembre 1959 – qui est au Tessin, et qu’il en sort aujourd’hui en qualité d’évêque. Il a eu une pensée notamment pour les « milliers de jeunes élèves » du Collège Papio, d’Ascona, qu’il a côtoyé en tant que professeur puis de recteur. Ces jeunes, a-t-il dit, « ont été pendant une grande partie de ma vie la belle et passionnante raison de mon travail éducatif ». Et de s’exclamer: « Vous me manquerez, enfants! ». Mgr Grampa a dans ce cadre évoqué les nombreuses rencontres dans son diocèse qui, espère-t-il, feront de lui un évêque « façonné par son peuple ».

S’adressant à l’Eglise du diocèse en la tutoyant, Mgr Grampa l’assure de dédier tout son temps et son énergie. L’évêque qui se veut rassembleur, entend valoriser les organismes de consultation et les conseils – presbytéraux et pastoraux – afin de partager les responsabilités communes. Il entend être aussi aux côtés de l’homme d’aujourd’hui, avec ses problèmes, ses déceptions, ses espoirs. ses doutes. Proche aussi des jeunes, inquiets et insatisfaits

Se voulant le porteur de l’espérance de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui, Mgr Grampa promet de visiter dans les semaines à venir tous les vicariats et de rencontrer prêtres et laïcs. Le nouvel évêque prône enfin le dialogue oecuménique et interreligieux qui ne doit pas « concerner seulement une élite de personnes mais impliquer l’ensemble des fidèles ». Je rêve, a-t-il dit en conclusion, que le message du Concile Vatican II, « qui résonnait alors au jeune prêtre plein de passion et d’enthousiasme, puisse encore être vraie aujourd’hui ». PR

Encadré

Le nouvel évêque en quelques dates

Le nouvel évêque est né à Busto Arsizio, dans le diocèse de Milan, le 29 octobre 1936, ayant par la suite été naturalisé suisse très jeune. Inscrit en octobre 1954 au séminaire diocésain de Lugano, il y commencera ses études de théologie qu’il terminera à la Faculté de théologie de l’Université d’Innsbruck, en Autriche, où il a reçu sa licence le 18 juillet 1960. Mgr Grampa a été ordonné prêtre le 6 décembre à Lugano.

Professeur de lettres latines et italiennes pour 5 ans au Séminaire mineur du Collège Pie XII de Lucino Breganzona, il aura entre 1965 et 1975 la charge de vice-recteur du Lycée diocésain du Collège Papio d’Ascona, où il a enseigné la religion, la philosophie et l’histoire. Il a en outre activement participé au synode diocésain, en 1972, dont il a été un des modérateurs. PR

Encadré

Les 10 administrateurs et évêques de Lugano

Mgr Grampa est devenu dimanche le 10e évêque de Lugano. Après le Jurassien Eugène Lachat, évêque de Bâle, nommé administrateur apostolique du Tessin en 1885, auquel succéderont les administrateurs apostoliques Vincenzo Molo (1887), Alfre-do Peri-Morosini (1904), Aurelio Bacciarini (1917), Angelo Jelmini (1935), puis les évêque, à savoir: Mgr Giuseppe Martinoli, (1971), Mgr Ernesto Togni (1978), Mgr Eugenio Corecco, en 1986, Mgr Torti, en 1995. PR

Encadré

« L’ennemi, aujourd’hui, c’est l’indifférence »

« L’ennemi majeur aujourd’hui, ce n’est ni l’athéisme, ni l’aversion pour la religion, mais l’indifférence. Ce sont ceux qui pensent: que Dieu existe ou pas, c’est égal », confiait le nouvel évêque au cours d’une récente interview accordée à l’Apic. A l’heure de quitter « son » collège pour endosser son futur rôle d’évêque, Mgr Grampa faisait part de ses préoccupations et de ses priorités pastorales: « Je voudrais repartir de l’Eglise de Jérusalem, d’où l’Eglise est née. Le premier concile de l’histoire s’est déroulé à Jérusalem. Les premières communautés nous donnent l’exemple d’une mise en discussion collégiale et commune des problèmes qui se posaient alors. Repartir de là pour redécouvrir cet esprit de communion, de collégialité, de synodalité, dans la discussion, dans la confrontation des arguments et chercher ensemble des solutions ».

A propos des agents pastoraux laïcs dans le diocèse, et des responsabilités qu’il compte leur confier, Mgr Grampa estimait que la participation des laïcs à la vie de l’Eglise ne se limite pas aux ministères institués, mais réside dans la transmission de la foi, vécue dans la famille, à l’école, dans le monde du travail. Dans la mesure où un service pastoral le requiert, relevait-il, le service des laïcs pourrait aussi être favorisé. « Au Tessin, nous ne nous trouvons pas dans une telle urgence, parce que nous avons encore un nombre de prêtres suffisants, bien qu’avancés en âge. Nous sommes environ 240 prêtres en service pour une population de 250 à 260’000 catholiques. Le rapport est encore d’un prêtre pour 1’000 catholiques. Cette situation est due également à l’apport de la Faculté de théologie, qui voit arriver au Tessin de nombreux prêtres de l’étranger, d’Asie, des Philippines, d’Afrique, d’Amérique du Sud qui, en tout menant leurs études, remplissent aussi un ministère presbytéral auprès de l’Eglise locale ».

Et de relever: « Ce sera le rôle de l’évêque d’être attentif aux nécessités nouvelles et de promouvoir la formation, surtout pour des catéchistes de paroisse, pour les enseignants chargés de l’instruction religieuse, pour les personnes engagées dans le service de la charité et dans la pastorale. L’évêque aura pour rôle d’être attentif aux exigences nouvelles et de favoriser une implication plus responsable des laïcs dans la vie pastorale active ».

Et Quelles sont ces exigences nouvelles? Mgr Grampa pense à la diminution des vocations sacerdotales. L’âge moyen du clergé, assure-t-il, est de 67 ans – c’est l’âge de l’évêque – et donc dans les dix prochaines années, nous assisterons à une réduction du nombre des prêtres. « Il faudra alors être attentifs à promouvoir une pastorale, non seulement église par église, paroisse par paroisse, mais organisée en zones plus larges avec des spécialisations plus profilées. Et veiller à la préparation nécessaire des laïcs pour ces services divers ». Ces tâches pourraient aller de la préparation des sacrements à l’initiation chrétienne, c’est-à-dire le baptême, la confirmation, l’eucharistie, en passant par l’accompagnement des nouvelles familles chrétiennes, des activités administratives dans la paroisse, de la gestion des biens paroissiaux, devait-il préciser. (apic/pr)

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