Fribourg: La revue Sources se penche sur le courage au féminin
Fribourg, 27 janvier 2004 (Apic) La livraison de janvier-février de la Revue dominicaine Sources se penche sur Le courage au féminin. Trois femmes, trois itinéraires sans concession sont réunis sous ce thème, dont Edith Stein, avec sa lettre au pape Pie XI alertant sur le sort des juifs en 1933 en Allemagne, qui émerge des archives vaticanes.
Avec Edith Stein, deux autres figures de femmes sont mises en avant dans la revue Sources, Soeur Emmanuelle, qui s’adresses à un groupe de jeunes Genevois, et Thérèse d’Avila, dont la revue fait le portrait.
Il y a un an, avec l’ouverture d’une partie des archives vaticanes du pontificat de Pie XI, une lettre d’Edith Stein, chrétienne convertie du judaïsme et, à l’époque, professeur à l’Institut allemand des sciences de l’éducation de Münster, en Westphalie, devenait enfin publique.
Le professeur genevois Flurin Spescha présente dans la revue dominicaine le contexte historique qui entoure la réponse du pape, qui ne donnera pas suite à l’appel d’Edith Stein. Le secrétaire d’Etat du Vatican, Eugenio Pacelli, n’entre en effet pas en matière dans sa réponse, datée du 20 avril 1933, et se borne à écrire qu’il « prie Dieu pour qu’en ces temps difficiles, Il prenne la sainte Eglise sous sa protection particulière » (.)
La lettre d’Edith Stein a été transmise au cardinal Pacelli par l’intermédiaire de Don Raphaël Walzer, conseiller d’Edith, avec une lettre d’accompagnement datée du 12 avril 1933. Dans cette lettre, note Flurin Spescha, Edith Stein dénonce « ce qui accable des millions d’Allemands ». Depuis des semaines, écrit-elle « nous voyons en Allemagne se produire des actes qui bafouent toute justice et toute humanité. Des années durant, les chefs national-socialistes ont prêché la haine des juifs (.) et cette semence à levé ». Depuis des semaines, écrit-elle « non seulement les juifs, mais aussi des milliers de catholiques fidèles, en Allemagne, attendent et espèrent que l’Eglise du Christ élève sa voix pour mettre un terme à cet abus du nom du Christ. (.) Cette idolâtrie de la race et du pouvoir étatique, inculqué chaque jour aux masses par la radio, n’est-ce pas une hérésie patente » ?
Elle ajoute « Nous craignons le pire pour la réputation de l’Eglise si le silence persiste encore plus longtemps ». La réponse parviendra à Edith Stein peu après. L’intellectuelle catholique, dont le poste d’enseignante devient de plus en plus menacé, comprend qu’il n’y a plus de place pour elle en Allemagne. Elle entre au carmel. Cette lettre sera son dernier acte public.
Pourquoi le pape n’a rien dit
Edith Stein chercha donc à convaincre le pape de parler. Mais il ne parla pas, constate l’auteur de l’article, qui explique: Ce silence assourdissant était motivé par la mise en route d’un Concordat entre le Saint Siège et l’Etat allemand.
Le 9 avril, et pour deux semaines, de hauts dignitaires nazis arrivent à Rome pour rencontrer le cardinal Pacelli, avec dans leurs bagages un projet de Concordat avec le Vatican. Le 20 avril, le texte approuvé par le pape Pie XI était envoyé à Berlin. C’est le jour même où le Cardinal Pacelli rédigea sa lettre de réponse à Edith Stein.
Hitler attendait d’un traité avec le Saint Siège la confirmation de son honorabilité sur le plan de la politique internationale et un gage de respectabilité devant son peuple, devant les catholiques d’Allemagne, en particulier. Et l’élimination de l’influence de l’Eglise dans la sphère politique. Le concordat fut conclu et signé le 20 juillet, ratifié en septembre 1933.
Quant à soeur Emmanuelle, elle a rencontré à Genève de jeunes chrétiens catholiques et protestants et leur a laissé un vibrant témoignage. Elle leur raconte comment à 62 ans, à l’âge de prendre une douce retraite de professeur, elle part vivre au Caire dans un bidonville « avec toute la saleté possible, sans eau ni électricité », mangeant des fèves tous les jours. « Mais vous essayez de sauver des enfants »! C’est ce beau dilemme que soeur Emmanuelle met devant les yeux et les oreilles de ses jeunes auditeurs.
Avec le portrait de Thérèse d’Avila, ces pages sur des femmes qui se sont jetées dans le combat, prêtes à sacrifier leur vie par idéal, remuent les consciences. (apic/sources/vb)
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