Genève: Foule nombreuse à la rencontre interreligieuse organisée par les catholiques
Gladys Théodoloz, du service d’information catholique à Genève
Genève, 28 janvier 2003 (Apic) Une foule nombreuse, comptant des membres du corps diplomatique, des organisations internationales et du monde politique genevois, était réunie mardi soir 27 janvier à l’église Saint-Nicolas de Flue. L’Eglise catholique romaine de Genève organisait sa traditionnelle rencontre interreligieuse pour la Journée mondiale de la paix.
Des centaines de croyants de toutes traditions se sont ainsi retrouvés à Genève autour de Mgr Bernard Genoud, Mgr Pierre Farine et Mgr Silvano Tomasi, nonce apostolique observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’ONU. Tous étaient réunis pour prier et réfléchir au thème proposé par le pape Jean Paul II à l’occasion de cette journée: « Un engagement toujours actuel: éduquer à la paix ». Thème qui ne pouvait faire que l’unanimité, comme l’ont bien montré les messages des divers intervenants. D’une même voix, ceux-ci ont rappelé combien il est important, urgent, vital, de transmettre aux jeunes les grandes valeurs humaines et spirituelles sans lesquelles la paix ne peut s’épanouir. Engageant les responsables religieux et politiques, de même que les parents et les enseignants, à se consacrer de toutes leurs forces à cette éducation à la paix prônée par le pape, tous ont proclamé, en des termes souvent convergents, qu’il n’y a pas de paix sans amour. « Seuls l’esprit de justice, la réconciliation et l’amour pour nos frères et soeurs peuvent nous conduire à la paix de Dieu dans le monde », a ainsi souligné le métropolite Jérémie, du diocèse orthodoxe de Suisse du Patriarcat oecuménique.
Si tu veux la paix, ne prépare pas la guerre
Il est faux de penser que celui qui veut la paix doit préparer la guerre: un survol des événements internationaux des dernières décennies suffit à le démontrer, a remarqué pour sa part le Vénérable Dhammika, représentant de la Communauté bouddhiste. « La haine ne s’apaise jamais par la haine en ce monde, mais par l’amour uniquement, qui est une loi éternelle ». Et d’inviter chacun à « combattre la colère et cultiver la bienveillance et la chaleur du coeur, car c’est par la transformation de son propre coeur que passe la transformation d’autrui ».
L’être humain vient au monde naturellement bon, a relevé de son côté Hafid Ouardiri, porte-parole de la Mosquée de Genève. C’est l’éducation qu’il recevra, et l’exemple du comportement de ses aînés, qui détermineront sa croissance ou son égarement. Le rôle de la famille joue en cela un rôle majeur: celui de donner à l’enfant tout l’amour et l’affection dont il a besoin. Hafid Ouardiri a rappelé également l’importance d’éduquer les jeunes aux valeurs porteuses de paix: la noblesse de coeur, la droiture, l’impartialité envers autrui et soi-même, la modestie, le contentement de ce qu’on a, la douceur, l’aspiration à ce qui est élevé, la patience, le désintéressement, la reconnaissance. Des valeurs qu’il nous faut concrétiser par des actes, puisque « Dieu n’améliore le sort d’une société que dans la mesure où les individus qui la composent contribuent eux-mêmes à cette amélioration ».
Sortir de notre « Arche »
Evoquant la figure biblique de Noé, « qui accepta d’être sauvé seul de la mort avec sa famille » au lieu de partager le sort commun à l’exemple de Moïse, Izhak Dayan, grand rabbin de la Communauté israélite de Genève, a brisé une lance en faveur de la solidarité et de l’ouverture: « Ne nous enfermons pas dans notre « Arche » – synagogues, monastères, églises, mosquées, temples ou tout autre lieu saint de prière – en laissant les autres à leur destin ». Face à la recrudescence de l’antisémitisme en Europe, Dayan a rappelé que selon la Bible, l’être humain a été créé à l’image de Dieu, indépendamment de son origine, de sa religion, de son sexe et de la couleur de sa peau; en portant atteinte à la dignité humaine, c’est donc à Dieu qu’on porte atteinte.
Les quatre piliers de la paix selon Mgr Genoud
La paix repose sur les quatre piliers de la vérité, de la justice, de l’amour et de la liberté, a noté Mgr Bernard Genoud, avant de se livrer à une analyse philosophique de la liberté chrétienne, qui n’a rien à voir avec « le droit inaliénable de décider en toute autonomie de ce qu’on fait ou pas », mais s’expérimente comme une vocation à saisir le Vrai et à chercher le Bien. La paix ne peut donc s’installer que grâce à « un consensus de base sur les grands principes de la morale et sur un code de valeurs essentielles », pour la promotion desquels il faut mobiliser tout notre système éducatif, de la maternelle à l’université. Ces valeurs s’appellent « le sens civique, le respect de la vérité, la solidarité, la fidélité à la parole donnée, la justice, le respect de l’hommes dans sa valeur unique, le sens du service, la résistance à l’esprit de consommation et aux sirènes de la facilité ». Rappelant, à la suite du pape, que dans l’établissement d’une paix durable, « la justice doit trouver son complément dans la charité », Mgr Genoud a conclu son exposé en célébrant l’amour, qui est « la forme la plus haute et la plus noble de la relation des êtres humains entre eux ».
La paix: sortir du plan idéal pour entrer dans la réalité
Seule femme à intervenir, Mme Isabelle Graessle, modératrice de la Compagnie des pasteurs genevois, a également été la seule à sortir du discours théorique pour apporter un exemple concret. La paix est-elle imaginable et possible? Question essentielle à laquelle on est tenté de répondre d’un point de vue uniquement idéaliste, en disant que la paix n’existe que comme promesse, a-t-elle remarqué tout d’abord. Avant d’évoquer « un moment de l’histoire où l’on est sorti du plan idéal pour entrer dans la réalité ». A savoir un épisode peu connu de l’histoire genevoise, datant de 1603, qui illustre le rôle pacificateur joué par les responsables religieux de l’époque. Sollicités par les autorités genevoises qui hésitaient à entrer en négociation avec les Savoyards, les pasteurs genevois se prononcèrent résolument en faveur de la paix. Un exemple à suivre, plus que jamais! (apic/gt/bb)
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