Les Irakiens de la rue sont humiliés et se sentent «dégradés»
Detroit, 30 janvier 2004 (Apic) La situation sur le terrain en Irak est «choquante», affirme le prélat américain Thomas J. Gumbleton, de retour de Bagdad. Evêque auxiliaire de Detroit, Mgr Gumbleton s’est dit «découragé» et «submergé de tristesse» par ce qui arrive au peuple irakien, mais aussi aux troupes d’occupation américaines. Nombre de soldats US ne savent pas ce qu’ils font en Irak, alors que tous les jours ils courent le risque de se faire tuer.
Au retour d’un voyage de 11 jours en Irak, l’évêque aux profondes convictions pacifistes – il est membre fondateur de la section américaine du mouvement catholique pour la paix Pax Christi – affirme que les Irakiens de la rue sont humiliés et se sentent «dégradés». Avec un taux de chômage approchant les 60% et un ravitaillement en nourriture en constante diminution, le peuple irakien doit encore faire face au manque d’électricité, de services téléphoniques et même, dans certains endroits, d’eau potable.
La situation est pire qu’avant la guerre
«Les gens nous ont dit, sans aucune exception, que les choses étaient pires qu’avant la guerre», affirme Mgr Gumbleton, à propos de la «guerre de libération» menée en Irak par les Etats-Unis. L’évêque auxiliaire de Detroit, dans le Michigan, qui a reçu le titre d’»ambassadeur de la paix» de Pax Christi, s’est déjà rendu sept fois en Irak avant l’invasion américano-britannique de mars dernier.
Mgr Gumbleton souligne que le discours des officiels américains comme l’administrateur civil Paul Bremer, qui prétendent que la situation s’améliore, montre à l’envi qu’ils ne rencontrent pas les gens ordinaires et ne connaissent pas la difficulté de leur vie quotidienne. Pas étonnant: ils vivent dans la zone sécurisée de l’autorité provisoire de la coalition, surnommée la «Dream Zone», la zone de rêve.
Quant aux soldats sur le terrain, «ils ne parlent pas la langue, ils ne comprennent même pas quand quelqu’un les met en garde contre une voiture piégée», explique l’évêque américain. Qui estime que le milliard de dollars dépensé quotidiennement pour l’engagement militaire en Irak serait mieux utilisé pour la reconstruction du pays, qui tarde.
Autre son de cloche de l’évêque aux armées
Du côté de l’archevêque Edwin F. O’Brien, l’évêque aux armées en charge des soldats catholiques américains, le son de cloche est tout autre: la sécurité s’est améliorée et l’arrestation de Saddam Hussein a remonté le moral des soldats, affirme-t-il à son retour d’Irak. «Je pense que le moral des troupes est encore bon» parmi les quelque 100’000 militaires américains des forces d’occupation.
Certes, admet-il, le danger est là. «Un jour donné, il y a jusqu’à 30’000 véhicules militaires sur les routes d’Irak, la plupart américains, ce qui présente une grande vulnérabilité» face aux insurgés irakiens qui résistent à l’occupation américaine. L’archevêque O’Brien rentre de sa deuxième visite aux troupes américaines et aux 25 aumôniers militaires catholiques présents sur sol irakien. L’évêque aux armées déplore le manque d’assistance spirituelle sur place du côté catholique, alors que les autres communautés religieuses disposent de davantage de personnel. (apic/cns/kna/be)
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