Impact plus grave que les abus similaires n’impliquant pas le clergé

Boston: Les abus sexuels commis par des prêtres provoquent un traumatisme spécifique

Boston/Washington, 3 février 2004 (Apic) Les abus sexuels commis par des prêtres sur des mineurs provoquent un traumatisme spécifique et leur impact est plus grave que les abus similaires n’impliquant pas le clergé. S’adressant à une conférence nationale sur le sujet, l’archevêque de Boston considère que ces crimes ont un « impact particulier sur la spiritualité de la victime, qui n’existe pas chez les autres victimes d’abus sexuels ».

L’archevêque Sean Patrick O’Malley, intervenant lors d’une conférence organisée par le Bureau d’appui pastoral archidiocésain et par l’Ecole supérieure de travail social de Boston, a souligné que la rencontre avec des victimes d’abus sexuel l’avait aidé à commencer à comprendre « les dommages et l’ampleur des effets de tels abus » sur ces personnes.

Les victimes: souvent issues de familles catholiques pieuses et engagées

Après avoir rencontré des dizaines de victimes dans l’archidiocèse, il a remarqué qu’elles avaient un dénominateur commun: nombre d’entre elles étaient issues de familles catholiques très pieuses et très engagées. « Les prêtres occupaient une place extrêmement importante dans leur vie – le prêtre était perçu comme une icône du transcendant – et par conséquent, les abus ont des conséquences qui vont bien au-delà de celles constatées dans des cas similaires, mais qui n’impliquent pas le clergé », constate l’archevêque O’Malley.

Près de 200 travailleurs sociaux, psychologues, et autre professionnels de la santé mentale de diverses régions des Etats-Unis se sont réunis pour traiter spécifiquement des conséquences sur de jeunes victimes aujourd’hui adultes, d’abus sexuels commis par des membres du clergé. C’est la première fois qu’une telle conférence était organisée au niveau national pour traiter de ce traumatisme spécifique.

Des normes de procédure spécifiques pour juger les cas d’abus

Les évêques catholiques des Etats-Unis ont effectué des recherches approfondies dans la législation l’Eglise afin d’édicter des normes spécifiques pour punir les abuseurs, tout en garantissant un procès équitable pour les accusés. Le dispositif inclut la coopération avec les autorités civiles et englobe les procédures et les peines propres à l’Eglise. Les normes donnent à l’évêque local les pouvoirs d’enquêter et de poursuivre les cas impliquant des prêtres et des diacres.

Afin d’aider les évêques, 350 spécialistes du droit canon ont été formés en 2003 aux Etats-Unis pour mettre en oeuvre les règles spéciales concernant les cas d’abus sexuels commis par le clergé, révèle Mgr Wilton Daniel Gregory, évêque de Belleville (Illinois), et président de la Conférence des évêque catholiques américains. Ces juristes spécialement formés peuvent officier comme juges, avocats de la défense, et procureurs.

Les règles spéciales édictées par les évêques, appelées « Normes essentielles », visent à fournir un cadre légal à la politique soulignée dans leur « Charte pour la protection des enfants et des jeunes ». Les normes ont reçu l’approbation, au Vatican, de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui a la compétence spécifique et universelle en la matière par le biais d’une procédure spéciale.

Des canonistes critiquent: procédures inéquitables pour les prêtres accusés

Alors que les diocèses des Etats-unis évaluent les cas de clercs accusés d’abus sexuel sur des mineurs, plusieurs canonistes défendant des prêtres accusés se plaignent que les nouvelles procédures limitent le droit de leurs clients à procès équitable. « Selon la loi de l’Eglise, vous êtes innocent jusqu’à la preuve de votre culpabilité », souligne le religieux oblat Frank Morrisey, un canoniste qui défend plusieurs prêtres américains accusés d’abus sexuels. En effet, poursuit-il, une fois qu’un prêtre est mis en accusation, il est suspendu de son ministère avant même d’être capable d’organiser sa défense.

Le Père Frank Morrisey regrette que le prêtre accusé doive attendre des mois que la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, qui détient l’autorité d’ensemble pour ces cas, procède à l’examen de l’enquête préliminaire effectuée par le diocèse et lui dise comment faire pour traiter le cas en question. Nombre de canonistes considèrent que ce délai est trop long et que la suspension du ministère dès la mise en accusation équivaut pour le prêtre concerné à une punition sans qu’il y ait encore la preuve de sa culpabilité. (apic/cns/be/vb)

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