Mgr Grampa souligne qu’il a voulu agir selon l’Evangile

Tessin: Affaire du curé de Gordola, l’évêque de Lugano dans la tourmente médiatique

Lugano, 4 février 2004 (Apic) L’intervention du nouvel évêque de Lugano, Mgr Pier Giacomo Grampa, dans l’affaire du curé de Gordola soupçonné d’actes pédophiles, fait grand bruit au Tessin. Critiques et approbations fusent outre-Gothard. Des personnalités politiques et plusieurs médias dénoncent une «immixtion dans les affaires de la justice». Mgr Grampa souligne pour sa part avoir agi selon les principes de l’Evangile.

L’évêque explique dans une interview accordée au quotidien «La Liberté» de Fribourg qu’il ne se doutait pas que ses propos allaient être écoutés et compris de cette manière «apocalyptique». Face aux attaques dont il est la cible de la part de certains médias et de personnalités politiques tessinoises, qui lui reprochent de ne pas respecter l’Etat de droit, Mgr Grampa a publié dimanche soir un communiqué dans lequel il dit ne pas vouloir commenter ces accusations, considérant que son comportement était conforme aux exigences de l’Evangile.

«Réconfort et espérance» pour une communauté éprouvée

Le matin de son ordination, célébrée à Lugano le 25 janvier, Mgr Grampa s’était rendu à Gordola pour apporter «réconfort et espérance» à la communauté éprouvée par l’arrestation de son curé. Lors de la messe, Mgr Grampa avait émis des critiques sur les méthodes utilisées par la police pour confondre le prêtre «attiré dans un piège» au domicile d’une adolescente de 14 ans.

Selon les enquêteurs, le prêtre, surpris, était sur le point de commettre des actes de nature pédophile. La mise en scène de la police, avec l’accord de la famille de la jeune fille, a fait l’objet de l’intervention de Mgr Grampa, dans l’église paroissiale de Gordola, près de Locarno, où officiait le prêtre en question. Ce dernier, aujourd’hui libéré, est toujours inculpé. N’aurait-on pas dû informer et demander l’intervention de l’évêque, avant de s’adresser à d’autres, avait lancé l’évêque à l’église de Gordola. Il avait également condamné l’utilisation d’une adolescente comme «appât».

Agitation dans le landerneau politique

Son intervention a été vivement critiquée par plusieurs députés au Grand Conseil tessinois, qui ont demandé au gouvernement de s’exprimer sur cette «immixtion de l’Eglise dans les affaires de justice». La presse tessinoise a fait en outre état d’une affaire survenue au collège Papio à Ascona, dont il a assumé le rectorat jusqu’à sa nomination comme évêque. Selon plusieurs médias, Mgr Grampa aurait il y a plusieurs années engagé un enseignant coupable d’atteinte à la pudeur des enfants.

Celui-ci, assurent encore les médias, aurait ensuite réitéré ses actes sur un élève sans être chassé immédiatement. Des allégations auxquelles l’ancien recteur a répondu par communiqué dimanche, affirmant que l’enseignant a été écarté définitivement de l’école «au moment considéré comme le moins traumatisant pour tous», et bien qu’il n’y ait pas eu encore de sentence définitive concernant les accusations contre cette personne.

La sensibilité et les préoccupations de l’évêque ne sont pas celles des médias

«Je voudrais que l’on comprenne que la sensibilité et les préoccupations d’un évêque puissent être différentes de celles d’une certaine presse», écrit-il, avant de conclure qu’un évêque doit rester fidèle à l’Evangile, y croire vraiment et s’engager à le vivre sérieusement.

Le style et l’attitude du nouvel évêque de Lugano sont bien entendu diversement commentés par les hommes politiques ou les éditorialistes tessinois, selon les affinités. Dans l’interview accordée au quotidien romand «La Liberté», il explique: «Je suis et resterai un homme franc qui n’a pas peur de tenir un discours direct, n’en déplaise à qui aurait préféré un évêque liturgique. Ceux-là risquent fort d’être déçus». Mgr Grampa se définit encore comme un évêque proche des gens et de leurs problèmes.

Interrogé sur les problèmes touchant aujourd’hui les jeunes, Mgr Grampa dit regretter la jeunesse de Mai 68 qui avait au moins le mérite de se battre pour des idéaux, même si «elle avait tort parfois». Pour lui, ces notions d’alors ont pratiquement disparu dans cette «société occidentale uniquement animée et dirigée par le matérialisme». (apic/lib/com/pr)

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