Le terrible témoignage du Père Giulio Albanese

Ouganda: Le bilan s’alourdit à Lira après le massacre commis par la LRA

Lira, 6 février 2004 (Apic) «Je dois l’admettre: aujourd’hui je suis descendu en enfer! Un enfer oublié de tous et de tout, dans une périphérie reculée du nord de l’Ouganda». Ce terrible témoignage vient du Père Giulio Albanese, le premier à s’être rendu sur les lieux du massacre commis mercredi par l’Armée de résistance du seigneur (LRA).

Un nouveau bilan dressé par le religieux fait état de 51 morts, des civils, femmes, enfants et personnes âgées en majorité, et de plus de 70 blessés. Un bilan qui pourrait s’alourdir. Le massacre a été commis au camp de réfugiés de Abia, à environ 28 kilomètres au nord de Lira. Tous ont été assassinés pour la plupart à coups de machette. Cette nouvelle attaque intervient au moment même où l’évêque de Gulu, Mgr John Baptist Odama lançait de Londres où il se trouve en visite un appel à l’aide internationale.

«Ce que nous avons vu dans ce camp est d’une cruauté sans précédent: le nombre de morts semble devoir augmenter tandis que pour le moment on compte environ 70 blessés. Nous avons vu des cadavres carbonisés et 17 auraient déjà été ensevelis. De la fumée s’échappe encore des quelque 200 cabanes qui ont été incendiées mercredi. Dans le camp nous avons vu quelques soldats; ils semblaient vraiment effrayés et nous ont dit de partir immédiatement car les rebelles seraient encore proches», témoigne le Père Giulio à l’Agence missionnaire Misna.

Un désastre

«De nombreuses habitations et huttes étaient encore en feu et une forte odeur nauséabonde rendait l’air irrespirable. Un militaire, un sergent d’une trentaine d’années, nous a accueilli en disant en langue lango «Peko dwong» (c’est un grand désastre).

«Nous sommes restés une vingtaine de minutes à l’Abia Camp car les quelques soldats qui se trouvaient sur place nous ont invités à quitter la zone, selon eux encore «infestée» de rebelles. Nous sommes repartis avec la voiture remplie de déplacés, dont trois blessés parmi lesquels une femme touchée à la tête».

Silence écoeurant

Et le religieux de s’écrier: «Il est écoeurant de voir des gens mourir, encore plus écoeurant de constater le silence qui entoure ce maudit conflit où ceux qui meurent sont les innocents. Une chose est sûre: la guerre est loin d’être finie si l’on considère qu’outre le district de Lira, les rebelles sèment la mort et la destruction autour de Gulu, de Kitgum, d’Apac et de Pader». Beaucoup de personnes vivent dans les zones rurales hors du circuit des agences humanitaire. C’était le cas des rescapés du camp Abia, qui ont dormi dehors la nuit passée, et qui le feront sans doute les nuits prochaines.

Le camp abritait près de 8’000 désespérés, qui s’ajouteront aux quelque 300’000 civils hébergés dans le centre de Lira. Sans parler des centaines de milliers de personnes qui survivent dans la savane. La population les a surnommé «totong»: «bouchers». (apic/misna/pr)

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