Canada: La violence contre les femmes vise davantage les femmes aborigènes
Ottawa/Vancouver, 6 février 2004 (Apic) Au Canada les femmes aborigènes continuent d’être la cible privilégiée de la haine et de la violence en raison de leur sexe et de leur race, selon l’Eglise unie du Canada, la plus importante dénomination protestante du Canada. Face à cette injustice, écrit-elle, société, gouvernement et médias continuent à se taire.
Dans son appel à prendre conscience de la situation des femmes autochtones, Peter Short, modérateur de l’Eglise unie du Canada, écrit qu’elles vivent dans une situation « épouvantable », parce qu’elles sont confrontées à la peur, à la violence et aux disparitions. « Personne ne devrait devoir vivre une telle vie: ni au Canada, ni nulle par ailleurs! »
Le 22 mars prochain, l’Eglise unie du Canada, associée à l’Eglise anglicane et à l’Association des femmes autochtones du Canada (NWAC), lance une campagne d’une durée d’un an pour tenter de mettre un terme à l’injustice qui frappe les femmes aborigènes du Canada, qui appartiennent aux peuples indiens des Premières nations et aux Inuits, ainsi que les métisses. Elles sont la cible privilégiée des violences contre les femmes dans ce pays.
500 femmes aborigènes portées disparues
Ces deux dernières décennies, outre celles qui ont été victimes d’assassinats, 500 femmes aborigènes ont en effet disparu – souvent sans laisser de traces -. Le plus troublant, aux yeux de l’Eglise, c’est le manque d’investigation ou les moyens limités engagés dans la plupart des cas pour rechercher les victimes et les auteurs des crimes contre ces femmes. Dans la ville de Vancouver, sur la Côte Pacifique, plus de 50 femmes sont portées disparues dans les quartiers de Downtown Eastside. 60% d’entre elles sont des aborigènes, et en majorité des jeunes femmes pauvres travaillant dans le milieu de la prostitution. De nombreux corps n’ont pas été retrouvés, mais quand ils le sont, la police ne fournit que trop peu d’efforts pour trouver les meurtriers et les livrer à la justice, accuse l’Eglise unie. « De nombreuses disparitions et décès de femmes autochtones sont tout simplement ignorés ».
Le taux de mortalité violente trois fois plus élevé
Le taux de mortalité violente chez les femmes autochtones – elles sont plus de 400’000 au Canada – est trois fois plus élevé que chez l’ensemble des Canadiennes, d’après le Bureau pour la santé des femmes de Santé Canada, le ministère fédéral de la santé. Chez les femmes autochtones de 25 à 44 ans, ce taux est cinq fois plus élevé que dans la population féminine canadienne. Selon diverses observations, les femmes autochtones (adultes, adolescentes ou enfants) sont aux prises avec un grave problème de violence physique et sexuelle. Les femmes métisses souffrent tout autant que les femmes indiennes des réserves de ces agressions souvent ignorées et tues.
Plus généralement, le taux de suicides dans les communautés des Premières nations et des Inuits est de trois à cinq fois plus élevés que les taux moyen de la population canadienne et la violence est beaucoup plus présente dans la vie des femmes autochtones que dans celle des femmes non autochtones. L’espérance de vie des femmes autochtones est de près de 5 ans inférieure à la moyenne nationale des femmes canadiennes (81 ans).
Premières nations et Inuits restent les plus pauvres
Contrairement à ce qui se passe dans la population canadienne en général, où les cas de sida se stabilisent, chez les autochtones, les cas de VIH/sida sont en progression constante. Les autochtones, qui constituent seulement 5% de la population canadienne, sont trois fois plus nombreux que la moyenne en ce qui concerne les nouveaux cas de VIH.
Cette augmentation s’explique en partie par le fait que les autochtones sont surreprésentés dans les groupes à risques élevés, comme les toxicomanes qui s’injectent des drogues et les détenus. Malgré des améliorations apportées dans certains domaines, les Premières nations et les Inuits continuent de vivre dans des milieux plus pauvres que l’ensemble de la population canadienne. Ils sont ainsi exposés à de plus grands risques pour la santé.
Face à l’injustice subie par les femmes des Premières nations et des Inuits, les Eglises unie et anglicane lancent un appel à leurs fidèles pour qu’ils se joignent à la campagne « Soeurs en Esprit » de la NWAC et exigent du gouvernement fédéral canadien un fonds de 10 millions de dollars canadiens pour la recherche et l’éducation concernant la violence contre les femmes autochtones. (apic/ucc/nwac/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/canada-la-violence-contre-les-femmes-vise-davantage-les-femmes-aborigenes/