Fribourg: Visite officielle du cardinal Cottier à Fribourg
Fribourg, 10 février 2004 (Apic) Le cardinal genevois Georges Marie Cottier était l’invité, lundi, de la ville de Fribourg, où il a enseigné la philosophie moderne à l’université durant 20 ans. L’occasion, lors d’une conférence devant près de 300 personnes, de réaffirmer que l’humanisme trouve son apogée dans le christianisme.
Fribourg, ville et canton confondus, a réservé un accueil triomphant à un de ses trois cardinaux. Car l’Université de Fribourg peut se targuer d’avoir compté durant chacun de ces trois siècles un cardinal suisse (en plus des fort nombreux étrangers) parmi ses enseignants, comme l’a rappelé le recteur Urs Altermatt en introduction à la conférence lundi soir. Après Gaspard Mermillod, qui a reçu la pourpre cardinalice en 1890, et Charles Journet, devenu cardinal en 1965, le rectorat a honoré lundi soir le Genevois Georges Marie Cottier. Avant sa conférence sur les sources de l’humanisme, le théologien de la Maison pontificale, créé cardinal par Jean Paul II en octobre 2003, a été reçu par le Conseil d’Etat, puis a célébré la messe à la Cathédrale St-Nicolas en compagnie de plus de 50 prêtres et confrères dominicains. Il était également accompagné lors de la célébration de plusieurs évêques, dont Mgr Amédée Grab, président de la conférence épiscopale suisse, et Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.
Lors de sa conférence sur les racines de l’humanisme, le cardinal Cottier a prêché devant un public de convaincus formé de près de 300 auditeurs dans lesquels on pouvait reconnaître bon nombre de prêtres, religieuses et religieux, anciens collègues professeurs, étudiants en théologie, autorités de l’Eglise et représentants de l’Etat. Partant des philosophes grecs, le conférencier a montré les limites d’une philosophie humaniste uniquement centrée sur l’homme, comme celle de Protagoras, un sophiste relativiste dont la formule « L’homme est la mesure de toutes choses » est restée célèbre. Or, rappelle le cardinal Cottier, d’autres penseurs de l’antiquité avaient déjà perçu qu’une pensée humaniste doit obligatoirement intégrer la raison comme une dimension essentielle de l’homme et de sa recherche de la vérité.
Le mariage entre la philosophie antique et le christianisme
Un Père de l’Eglise a parfaitement intégré la philosophie antique dans le christianisme: saint Augustin (354 – 430). Et c’est même sa découverte de la philosophie néoplatonicienne qui l’a conduit à la conversion chrétienne. Il a vu dans cette religion l’accomplissement de l’humanisme grec antique. « L’antiquité avait déjà prôné le sens de l’homme, mais c’est avec le christianisme que chacun a valeur pour lui-même et une valeur transcendante », a souligné le théologien genevois, citant saint Augustin. Reprenant un autre thème cher à ce Père de l’Eglise, le cardinal Cottier a clairement souligné la complémentarité et la nécessité réciproque de la foi et la raison dans la réflexion humaniste. Le conférencier a largement cité l’encyclique de Jean Paul II « Fides et ratio » (Foi et raison) de 1998 pour démontrer le dialogue nécessaire entre la théologie et la philosophie, entre le rationnel et le spirituel, entre vérités de foi et vérités scientifiques. Il ne pouvait, sur ce sujet, que donner raison au pape car, selon les spécialistes, le théologien de la Maison pontificale a fortement contribué à la rédaction de ce document accueilli par ailleurs comme un chef d’oeuvre dans de nombreux milieux universitaires catholiques.
La majorité détient-elle la vérité?
Le cardinal a conclu son exposé en lançant quelques réflexions sur les travers d’un humanisme mal compris ou mal appliqué. Il a notamment évoqué la « crise de la démocratie », un système politique où « le consensus constitue le critère et le fondement de la vérité », et où « la majorité impose son point de vue à la minorité ». « Cette majorité a-t-elle toujours raison? », s’est demandé le cardinal Cottier. « Je vous rappelle que tous les états démocratiques ont signé la Convention universelle des droits de l’homme. Cela signifie donc qu’il existe des valeurs universelles à respecter sans concession, comme le droit à la vie. Or, que penser de ces mêmes pays lorsqu’ils autorisent l’avortement, l’euthanasie et l’utilisation d’embryons surnuméraires à des fins thérapeutiques? » Dans le cas de l’interruption de grossesse, souligne le conférencier, une circonstance exceptionnelle (à savoir lorsque la vie de la mère est sérieusement mise en danger) est devenue un droit largement reconnu. L’embryon, le handicapé ou le malade grave ne seraient-il pas un être humain à part entière? BB
Interview
Fribourg: Le cardinal Cottier prône le droit du politicien à l’objection de conscience
Le rayonnement humaniste de l’Université de Fribourg
Fribourg, 10 février 2004 (Apic) Au terme de sa conférence sur les sources de l’humanisme, le 9 février à l’Université de Fribourg, le cardinal Georges Marie Cottier s’est prêté devant les journalistes au jeu des questions.
Le prélat a saisi cette occasion pour approfondir les limites de la démocratie et pour préciser l’attitude à adopter par le politicien catholique confronté à des décisions contraires à ce que prône son Eglise. Il a également mis en garde l’Université de Fribourg contre l’affichage de son bilinguisme comme principale valeur au détriment de son rayonnement dans les sciences humaines.
Q: On s’aperçoit que la démocratie s’adapte à l’évolution des moeurs. Quelle attitude doit adopter le politicien qui veut se montrer fidèle à l’enseignement de l’Eglise catholique, par rapport à l’euthanasie ou l’avortement par exemple?
G.M. Cottier: Je souligne encore une fois que l’opinion dominante n’est pas le critère absolu de la vérité. Je recommande dans ce sens au politicien catholique d’aller jusqu’au bout de ses convictions. Je revendique pour lui un droit à l’objection de conscience. Ainsi, il lui sera possible de maintenir un doute important dans l’esprit de la population.
Q: Des attitudes différentes sont observées dans les diocèses face aux politiciens ayant soutenu l’avortement. Un évêque américain a même demandé que la communion leur soit refusée. Comment réagit le Vatican face à ces divisions?
G.M. Cottier: A Rome, nous sommes divisés entre nous . Cela dit, il convient de distinguer le plan ecclésial et le plan politique. Nous condamnons unanimement l’interruption de grossesse mais il faut ensuite considérer le contexte politique et social de chaque pays. Aux Etats-Unis, ils se montrent plus directs dans leur expression. L’attitude de fond est la même: on ne peur approuver l’avortement, mais la façon de réagir est différente en fonction des pays.
Q: Faut-il citer Dieu dans le préambule de la constitution fribourgeoise? Les constituants ont adopté une solution intermédiaire en incluant également les « autres valeurs » de référence. Votre point de vue .
G.M. Cottier: Si la situation culturelle justifie la mention de Dieu, c’est une bonne chose. Mais faut-il l’imposer à tous, y compris à ceux qui ne croient pas et puisent leurs valeurs ailleurs? L’adhésion à la foi constitue un acte libre. La formule proposée dans la Constitution fribourgeoise me semble un bon compromis.
Q: Mais le pape est intervenu à de nombreuses reprises pour faire mentionner l’héritage chrétien dans la Constitution de l’Union européenne.
G.M. Cottier: L’héritage chrétien, oui. Mais pas la mention de Dieu. Les résistances face à cet héritage chrétien sont absurdes. Il ne s’agit pas dans ce cas d’une affaire idéologique, mais d’un fait historique. Il n’y aurait pas d’Europe sans la tradition judéo-chrétienne. Et cela, chacun peut le reconnaître, qu’il soit chrétien ou non.
Q: L’Université de Fribourg abandonne peu à peu son étiquette catholique pour afficher le bilinguisme comme son signe de reconnaissance. Votre point de vue .
G.M. Cottier: Je perçois sans cesse à Rome le rayonnement humaniste énorme dont bénéficie l’Université de Fribourg. Et ce rayonnement, qui n’a aucune proportion avec cette petite ville de 34’000 habitants, est avant tout lié à la théologie. Or, le bilinguisme est un critère essentiellement économique ou politique. En l’affichant au détriment de la formation humaniste, l’Université de Fribourg risque de perdre de son rayonnement. BB
Encadré:
Le « théologien du pape » est Vaudois d’origine
Né le 25 avril 1922, le Genevois Georges Marie Cottier entre dans l’ordre des dominicains en 1945. Au terme se ses études à l’Université de Fribourg et à Rome, il est nommé professeur d’histoire de la philosophie contemporaine à la Faculté des Lettres de l’Université de Genève et enseigne la philosophie moderne à l’Université de Fribourg. Il devient également membre de la Commission Théologique internationale et Consulteur du Conseil pontifical pour les non-croyants. Il est nommé secrétaire général de la Commission Théologique internationale en mars 1989, puis théologien de la Maison pontificale en décembre 1989, fonction qu’il exerce encore actuellement.
Contrairement à ce que croient de nombreux Fribourgeois, pour qui le nom de « Cottier » ne peut être lié qu’à la commune gruyérienne de Bellegarde, le théologien de la Maison pontificale est d’origine vaudoise, plus précisément de Rougemont dans le Pays d’Enhaut, comme il l’a précisé lundi soir devant la presse. Tout en ajoutant qu’il n’y a jamais mis les pieds. BB
Des photos récentes du cardinal Cottier sont à commander à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: ciric@cath.ch
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