Pomme de discorde: création d’un Patriarcat grec-catholique à Kiev

Russie: Visite à hauts risques du cardinal Walter Kasper à Moscou

Rome, 16 février 2004 (Apic) Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, à Rome, est à Moscou du 16 au 20 février, dans un climat oecuménique très tendu. L’une des pommes de discorde entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe russe est l’érection éventuelle d’un Patriarcat grec-catholique (uniate) à Kiev. Le cardinal Kasper sera reçu en audience par Alexis II, patriarche de Moscou et de toutes les Russies.

Les relations entre Rome et Moscou, assez difficiles depuis une douzaine d’années, se sont encore détériorées après que le pape Jean Paul II, décidait, il y a tout juste 2 ans, d’ériger en diocèses les quatre «administrations apostoliques» existant en Russie. Cette mesure était alors vivement dénoncée par Alexis II comme une tentative de «prosélytisme sur le territoire canonique» du Patriarcat de Moscou.

Catholiques accusés de «prosélytisme»

Entre-temps, un autre problème a surgi. En effet, l’Eglise grecque- catholique d’Ukraine – une Eglise catholique de rite byzantin (uniate) intégrée de force par Staline dans l’Eglise du Patriarcat de Moscou, mais qui a retrouvé sa liberté depuis – réclame la création d’un Patriarcat grec- catholique de Kiev. Cette demande risque de compliquer une situation déjà très complexe et devrait peser sur la visite à Moscou du cardinal Kasper.

L’Eglise grecque-catholique d’Ukraine, qui reconnaît la primauté du pape, tout en maintenant les traditions liturgiques et canoniques orientales, a été interdite en 1946 par Staline et ceux qui ont refusé l’intégration dans l’Eglise orthodoxe ont subi de sévères persécutions: déportation, goulag, exécutions, etc. Avec l’effondrement de l’Union soviétique, et la naissance de l’Ukraine indépendante, les grecs-catholiques ont commencé à se reconstituer publiquement et à sortir de la clandestinité.

Le Patriarcat de Moscou fermement opposé

En juin 2001, malgré l’avis contraire d’Alexis II, le pape Jean Paul II s’est rendu à Kiev et ensuite, à Lviv, où il a été accueilli triomphalement. Depuis lors les grecs-catholiques d’Ukraine ont commencé à demander au pape, avec une grande insistance, l’établissement d’un Patriarcat à Kiev. D’après la revue italienne «30 giorni», le cardinal Kasper aurait écrit une lettre au patriarche Alexis II pour l’informer que le pape a «l’intention» d’établir le Patriarcat de Kiev, mais «par pour le moment».

Selon de nombreux observateurs, le patriarche Alexis II pourrait demander au cardinal Kasper que le Vatican non seulement «diffère» mais «annule pour toujours» l’hypothèse de la création du Patriarcat de Kiev. Eni/JB

Encadré

Un jésuite milite pour la création d’un Patriarcat grec-catholique en Ukraine

Dans une interview au «National Catholic Reporter», l’hebdomadaire catholique progressiste américain, le Père jésuite Robert Taft, professeur émérite à l’Institut Pontifical Oriental et un des pionniers dans le dialogue avec l’orthodoxie, milite pour la création d’un Patriarcat grec- catholique en Ukraine. Il critique à cette occasion la prudence excessive du Vatican dans ce dossier. Il juge trop prudente la politique actuelle du Saint-Siège, et en particulier celle du cardinal Kasper, à la veille de son voyage à Moscou du 16 au 20 février.

A son avis, dialoguer est une bonne chose, mais si «les autres» sont dans l’erreur, il faut le leur dire en public, non pas en privé et à voix basse comme on l’a toujours fait jusqu’ici. Selon le Père Taft, Rome devrait créer avant tout un Patriarcat grec-catholique en Ukraine et l’archevêque de Lviv, le cardinal Husar, devrait être nommé Patriarche. Le Vatican s’y oppose parce qu’il craint une dure réaction du Patriarcat de Moscou.

«Mon conseil aux Ukrainiens – explique le Père Taft – est de faire deux choses. Tout d’abord, déclarer publiquement l’existence d’un Patriarcat. Ensuite, demander la reconnaissance de Rome et, si elle n’arrive pas, renvoyer toutes les lettres non adressées au Patriarcat. (.) Le Secrétariat d’Etat envoie-t-il une lettre à l’archevêque? La renvoyer sans l’ouvrir, avec l’inscription: adresse inconnue». Le jugement à l’encontre du cardinal Kasper et de sa politique de prudence envers les orthodoxes, pour ne pas les mécontenter, est également sévère.

Le Père Taft qualifie encore d’»absurdes» les prétentions orthodoxes selon lesquelles l’Eglise ne doit pas faire oeuvre d’évangélisation, «d’autant plus qu’il y a des prêtres orthodoxes qui font du prosélytisme parmi les catholiques». Et de relever que les orthodoxes russes ont ouvert une paroisse à Palerme, confiée un prêtre converti du catholicisme. «Lorsque cette paroisse a été ouverte, le journal du Patriarcat de Moscou a dit clairement qu’il s’agit d’un pas en avant dans la redécouverte de l’héritage byzantin de la Sicile». (apic/vid/be)

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