Des historiens contestent leurs versions

Inde: Remous autour d’une décision des évêques d’introduire une cause en béatification

New Delhi, 27 février 2004 (Apic) Des historiens indiens contestent la décision des évêques d’introduire à Rome la cause d’un catholique exécuté pour sa foi au XVIIIe siècle. Exécuté pour sa foi selon les évêques, inconnu pour des historiens, Pilai du peut être futur béatifié, pourrait bien être à l’origine d’une controverse quant à l’interprétation de son histoire, vécue ou non.

Ces historiens mettent en question l’initiative prise par les évêques au cours de leur dernière Assemblée plénière du mois de janvier 2004, de soutenir l’introduction à Rome de la cause de béatification et, éventuellement, de canonisation de Devasahayam Pilai, un converti de l’hindouisme au XVIIIe siècle.

C’est la première fois qu’est postulée la cause en vue de la béatification d’un laïc indien. C’est aussi la première cause pour laquelle l’épiscopat indien entame une démarche collective. Les six bienheureux indiens dont la cause a été introduite à Rome avaient été présentés par des diocèses ou des congrégations religieuses. Un seul d’entre eux a été canonisé, le franciscain Saint Gonsalo Garcia.

C’est le diocèse de Kottar, dans le Tamil Nadu, qui, en 1984, a initié la cause de Pilai et mis en place pour cela un tribunal ecclésiastique. Selon l’historiographie diocésaine, Pilai était un chef d’armée d’un roi du Travancore, un Etat princier du sud de l’Inde, établi au milieu du XVIIIe siècle et allié aux Anglais dans les guerres menés par eux en Inde méridionale.

Selon la tradition recueillie par le diocèse, Pilai, né dans une famille hindoue de haute caste en 1712, entendit parler du christianisme en 1745 de la bouche d’un étranger, conseiller militaire du roi, et se fit baptiser. Sa conversion irrita le roi Marthanda Varma qui l’arrêta et l’emprisonna. Après trois années passées en prison et des tortures qui ne parvinrent pas à entamer ses convictions, il fut exécuté sur ordre du roi en 1752.

Mise en question

C’est précisément cette version traditionnelle que certains historiens ont mise en cause. L’un d’entre eux, A. Shreedhara Menon, déclare avoir étudié en profondeur les vingt-neuf années de règne du roi Varma sans trouver traces de persécution religieuse ou d’exécution pour cause de conversion. Selon lui, les seules exécutions qui ont eu lieu concernaient des personnes convaincues du crime de trahison.

Un autre historien, M.G.S. Narayanan, qui jusqu’à très récemment était à la tête du Conseil indien de la recherche historique, soutient qu’il n’y a pas eu de chef d’armée portant le nom de Pilai au cours du règne de Varma. Un troisième historien, P. Parameswaran, a même demandé au diocèse de Kottar d’abandonner la cause de Pilai, en raison du manque de fondement historique.

Pour d’autres encore, Pilai aurait été exécuté non pas pour s’être converti au christianisme mais pour avoir divulgué des pièces d’archives du palais à un certain De Lannoy, commandant de l’armée hollandaise.

La preuve dans un livre?

Dans un entretien accordé fin décembre à l’agence « Ucanews », l’évêque de Kottar, Mgr Léon A. Tharmaraj, a dénié toute valeur aux arguments présentés par les historiens, qualifiés par lui de peu rigoureux et infondés. L’évêque a souligné qu’il n’existe aucun document susceptible de prouver que Pilai n’a pas été tué pour avoir voulu garder sa foi chrétienne. Tous les documents historiques ont été détruits au cours des temps. Cependant, selon lui, l’Eglise indienne en a des preuves indubitables. Il appuie sa conviction sur un livre intitulé : « Devasahayam, martyr », qui prouve à ses yeux que Pilai est un authentique martyr au sens de la foi catholique.

Sa conversion, ses rapports avec les missionnaires et les basses castes avaient irrité les prêtres et le roi. Avant son exécution, il a été soumis à la torture. Après sa mort, les villageois ont porté son corps jusqu’à l’église Saint-François Xavier, aujourd’hui cathédrale du diocèse de Kottar, où ses obsèques furent célébrées. Depuis, la population locale le vénère. En temps ordinaire, chaque jour, quelque mille pèlerins, en majorité des hindous, viennent rendre visite à son sanctuaire. (apic/eda/pr)

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