Ne pas confondre une laïcité bien comprise avec le laïcisme
Rome, 27 février 2004 (Apic) L’Europe ne peut pas se faire au détriment ou même en opposition aux valeurs chrétiennes. Il «serait contraire à une liberté bien comprise de gommer les signes qui manifestent les croyances personnelles et communautaires». Ces deux phrases ont donné le ton, lors de la visite «ad limina», vendredi, des évêques français de la province de Besançon et de l’archidiocèse de Strasbourg.
Le pape s’est adressé aux prélats français de cette région pour également souligné qu’il ne «fallait pas confondre une laïcité bien comprise avec le laïcisme». Les députés français ont adopté le 10 février un texte de loi sur la laïcité qui interdit le port du voile islamique et d’autres signes religieux dans les écoles publiques.
Jean-Paul II a reçu le 27 février le dernier des neuf groupes d’évêques français venus à Rome en visite «Ad limina». Dans son discours, le pape est revenu sur le thème de la laïcité «bien comprise», qui «ne doit pas être confondue avec le laïcisme» et qui «ne peut non plus gommer les croyances personnelles et communautaires». Jean Paul II insiste en outre sur les valeurs chrétiennes de l’Europe qui sont «le fondement et le ciment des relations entre les personnes et entre les peuples».
Recevant les évêques des provinces de Besançon, Metz et Strasbourg à la fin de leur visite quinquennale à Rome, le pape est revenu sur le thème de la laïcité en reprenant une partie des propos prononcés en janvier 2004, devant le corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège.
Engagement dans la vie publique
Invitant les chrétiens à s’engager dans la vie publique et saluant au passage le travail des Semaines sociales de France, le pape a ainsi affirmé que «la participation des chrétiens à la vie publique, la présence visible de l’Église catholique et des autres confessions religieuses ne remettent nullement en cause le principe de la laïcité, ni les prérogatives de l’État». «Une laïcité bien comprise, a-t-il répété, ne doit pas être confondue avec le laïcisme; elle ne peut non plus gommer les croyances personnelles et communautaires».
Pour lui, «chercher à évacuer du champ social cette dimension importante de la vie des personnes et des peuples, ainsi que les signes qui la manifestent, serait contraire à une liberté bien comprise. La liberté de culte ne peut se concevoir sans la liberté de pratiquer individuellement et collectivement sa religion, ni sans la liberté de l’Église». «La religion ne peut pas être uniquement cantonnée dans la sphère du privé, a-t-il ajouté, au risque de nier tout ce qu¹elle a de collectif dans sa vie propre et dans les actions sociales et caritatives qu¹elle mène au sein même de la société envers toutes les personnes, sans distinction de croyances philosophiques ou religieuses. Tout chrétien ou tout adepte d’une religion a le droit, dans la mesure où cela ne remet pas en cause la sécurité et la légitime autorité de l¹État, d’être respecté dans ses convictions et dans ses pratiques, au nom de la liberté religieuse, qui est un des aspects fondamentaux de la liberté de conscience».
Jean-Paul II a poursuivi sa réflexion dans le champ du dialogue interreligieux, en soulignant qu’une laïcité bien comprise, «conduit à une reconnaissance respectueuse de l’autre et de ses croyances, à un dialogue positif, à un dépassement des communautarismes et à une meilleure entente sociale».
L’Europe et les valeurs chrétiennes
«Votre pays comporte une forte présence de musulmans avec lesquels, par l’intermédiaire des responsables ou des communautés locales, vous vous attachez à entretenir de bonnes relations et à promouvoir le dialogue interreligieux, qui est, comme j’ai eu l’occasion de le dire, un dialogue de la vie». Pour le pape, cependant, un tel dialogue doit aussi raviver chez les chrétiens la conscience de leur foi et leur attachement à l’Eglise, car toute forme de relativisme ne pourrait que nuire gravement aux relations entre les religions».
Invitant les chrétiens à «poursuivre» et à «intensifier dans certains cas de manière plus institutionnelle, les relations avec l’Autorité civile et avec les différentes catégories d’élus», il s’est réjoui, des nouvelles formes de dialogue récemment établies entre le Saint-Siège et les responsables du pays, pour régler des questions en suspens. Ces questions – objets d’un dialogue institutionnel entre les deux parties – concernent essentiellement le domaine éducatif (rythmes scolaires et catéchèse), juridique (comme la relation entre le secret professionnel et le secret de la confession) et patrimonial (par exemple l’accès gratuit ou non aux édifices religieux, l’Etat souhaitant pouvoir rentabiliser une partie des investissements effectués).
Par ailleurs, Jean Paul II a consacré une large part de son discours à l’intégration européenne qui ne peut exister si l’on ne reconnaît pas que «les valeurs anthropologiques, morales et spirituelles chrétiennes ont largement contribué à façonner les différentes nations européennes et à tisser leurs liens profonds».
«En effet, a-t-il expliqué, les relations entre les divers pays ne peuvent reposer uniquement sur des intérêts économiques ou politiques les débats autour de la mondialisation nous le montrent clairement , ou encore sur des alliances de convenance, qui rendraient fragile l’élargissement en cours de réalisation et qui pourraient conduire à un retour des idéologies du passé, qui ont bafoué l’homme et l’humanité».
L’unité du continent
Par sa présence pluriséculaire dans les différents pays du Continent, par sa participation à l’unité entre les peuples et entre les cultures, et à la vie sociale, notamment dans les domaines éducatif, caritatif, sanitaire et social, l’Eglise souhaite contribuer toujours davantage à l’unité du continent, a poursuivi le pape
En conclusion de cette visite et des 8 visites précédentes qui ont commencé le 23 novembre 2003, le pape a rendu «grâce pour l’engagement courageux des pasteurs et des fidèles dans l¹annonce de l’Evangile. Puissent-ils ne pas se décourager devant les difficultés et les maigres résultats obtenus à vue humaine! N’ayez pas peur de crier au monde que Dieu est l’unique bonheur définitif de l’humanité et d’accompagner les hommes dans la découverte du Christ et dans la construction d¹un monde où il fait bon vivre !», leur a-t-il enfin lancé. (apic/imedia/pr)
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