Etats-Unis: 4’392 prêtres accusés d’abus sexuels en 50 ans, selon le bilan officiel
Washington, 27 février 2004 (Apic) La conférence épiscopale des Etats-Unis a livré le 27 février son rapport sur les abus sexuels commis par des prêtres et diacres ces 50 dernières années. A ce jour, 4’392 prêtres ont été accusés de pédophilie, ce qui représente près de 4% du clergé américain.
Les cas d’abus sexuels sur mineurs ont fait l’objet de 10’667 plaintes dans les 195 diocèses américains, révèle le rapport diffusé vendredi à Washington. Sur ce nombre, seules quelque 6’700 ont été retenues, un peu moins d’un millier ont été abandonnées et près de 3’200 n’ont pas été menées à terme en raison du décès du prévenu. L’enquête a été effectuée par l’Institut de criminalistique John Jay, de l’Université de New York, sur mandat de la Conférence épiscopale. Les trois quarts des cas d’abus sexuels se sont déroulés entre 1960 et 1984, alors que les années 70 ont été les plus noires dans les affaires de pédophilie, selon le rapport.
Des coûts totaux de plus de 650 millions de dollars
Le coût des scandales de pédophilie se monte à ce jour à 573 millions de dollars pour les diocèses américains, montant auquel il convient d’ajouter 85 millions de dédommagement qui ont été convenus récemment avec des victimes. Pour leur part, les compagnies d’assurances ont pris en charge un montant de 219 millions de dollars. La plus grande partie des sommes versées par les diocèses concerne les dédommagements ou les arrangements avec les victimes. S’ajoutent les coûts liés aux procès et les traitements des prêtres pédophiles.
Selon le rapport, 81% des victimes sont de sexe masculin. La moitié d’entre eux sont âgés entre 11 et 14 ans, alors que 27,3% ont entre 15 et 17 ans. Les moins de 7 ans représentent tout de même 6%. Si les actes remontent souvent à plus de 30 ans, un tiers des plaintes ont été déposées depuis 2002, et presque toutes les autres entre 1993 et 2001.
L’enquête révèle encore que plus de la moitié des prêtres concernés ont été accusés d’avoir commis un seul acte de pédophilie, 25% sont concernés par deux ou trois cas, alors que 13% sont sous l’accusation de 4 à 9 abus sexuels.
Lignes de conduite pour protéger les enfants
Les évêques des Etats-Unis ont réitéré leurs excuses devant la presse pour tous ces cas de pédophilie. Ils ont rappelé qu’ils ont adopté des lignes de conduite pour protéger les enfants des abus de la part des collaborateurs de l’Eglise. Une commission indépendante, sous la direction d’anciens agents du FBI, a confirmé en début d’année qu’elle a déjà mis en application la plupart ces lignes de conduite.
Pas de stratégie de dissimulation
Il n’y a pas eu, dans l’Eglise catholique aux Etats-Unis, de «politique de dissimulation» face aux abus sexuels, a affirmé vendredi la Conférence épiscopale des Etats-Unis. Il est cependant exact, comme le permet d’ailleurs la justice, que des diocèses ont versé des dédommagements à des victimes tout en convenant avec elles qu’elles garderaient le silence sur leur affaire. De telles conventions, considérées comme usuelles, ont été interprétées injustement comme une «stratégie de dissimulation», soutient la Conférence épiscopale. Celle-ci rappelle que ce n’est qu’à partir des années 90 que les études psychologiques ont dévoilé toute la portée des conséquences des abus sexuels pour les victimes. Les évêques ont également admis que beaucoup parmi eux ont cru trop vite au succès des thérapies à l’égard des agresseurs. C’est récemment qu’ils ont pris conscience, à travers des avis d’experts, qu’on ne guérit que rarement des maladies psycho-sexuelles comme la pédophilie ou l’éphébophilie. Et que même en cas de guérison, un suivi thérapeutique et un accompagnement demeurent nécessaires pour éviter une rechute. BB
Encadré:
L’archidiocèse de Boston davantage touché
L’archidiocèse de Boston, qui a connu une vague de révélations en janvier 2002, est touché par 815 plaintes contre 162 prêtres, soit 7% de l’ensemble du clergé. L’archevêché a versé à ce jour 120 millions de dollars de dédommagement. Le cardinal Bernard Law, remis en question pour sa gestion «déficiente» des cas d’abus sexuels, avait dû se retirer de sa fonction d’archevêque de Boston en décembre 2002. Il lui a été reproché d’avoir simplement déplacé d’une paroisse à l’autre des prêtres accusés de pédophilie. (apic/kna/bb)
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