Mozambique: Des religieuses dénoncent et brisent le silence sur un trafic d’organes
Maputo, 2 mars 2004 (Apic) Des responsables de l’Eglise catholique du Mozambique ont appelé le président Joaquim Chissano à mettre un terme au trafic d’organes humains qui sévit selon eux dans le pays, rapporte mardi par le quotidien portugais « Diario de Noticias ».
Ces dénonciations ont été portées à la connaissance de la Conférence épiscopale du Mozambique début février, qui a décidé de présenter le problème au président de la République Joaquim Chissano.
« L’existence d’un réseau de trafic d’organes est indéniable », soulignent les signataires de ce document qui dénoncent par ailleurs l’indifférence des autorités devant les indices qui semblent mettre en évidence l’existence d’un réseau de trafic d’organes. « C’est notre devoir d’interpeller les autorités. Nous soutenons tous ceux qui ont parlé ouvertement en défense de la vérité et de la justice et contre la disparition des enfants », poursuit la lettre.
En février dernier, des religieuses espagnoles et brésiliennes dénonçaient en effet un vaste trafic d’organes de mineurs au Mozambique, brisant là le silence fait autour de ce scandale. Dans un appel répercuté par l’Agence « Vidimus Dominum », puis par l’Apic, en février, ces religieuses demandaient à l’opinion internationale de se mobiliser.
Des religieuses des Servantes de Marie ont récolté des informations depuis 2002 sur le trafic d’organes de mineurs au Mozambique. Leurs dénonciations auprès des autorités du pays n’ont pas conduit à des enquêtes policières.
Laxisme
Face au laxisme des autorités, ces religieuses ont pris la décision d’alerter la communauté internationale, afin que celle-ci fasse pression sur le gouvernement de Maputo. Elles indiquent que le procureur général de la République, Joaquim Madeira, a reconnu l’existence du trafic d’organes humains au Mozambique, « trafic très lucratif », a-t-il admis, sur lequel « on ne dispose pas encore des données officielles ».
Prenant la parole à la télévision du Mozambique, à la suite de la démarche des Soeurs, le procureur a invité toute la société à s’investir dans la lutte contre ce type de crime.
Le parquet général du Mozambique avait néanmoins démenti dans un rapport d’enquête rendu public le mois dernier l’existence d’un réseau de trafic d’organes humains dans la province de Nampula (nord), après une enquête diligentée à la suite de disparitions suspectes et d’alerte lancée par des religieuses installées dans le nord.
Un récent article sur la question rapporte le cas d’un couple d’étrangers soupçonnés de tentative de rapt de mineurs afin de leur extraire des organes. Il s’agit d’un Sud-africain et d’une Norvégienne. Ces derniers, qui bénéficient d’une mise en liberté provisoire à Nampula, ont été dénoncés par une religieuse brésilienne. Celle-ci a dénoncé la découverte de corps retrouvés sans certains organes: reins, poumons.
Intimidations et attentats
Les recherches entreprises par les religieuses remontent au mois d’octobre 2002, époque où fut constatée la disparition mystérieuse d’enfants de la rue. Les religieuses, quatre espagnoles et une brésilienne, dont le couvent se situe sur la route menant à l’aéroport, ont recueilli des informations sur des disparitions et des assassinats de jeunes.
Sur la base d’informations livrées par des mineurs qui ont trouvé refuge au couvent des Servantes de Marie, ces opérations étaient organisées en fonction du trafic d’organes d’êtres humains, florissant dans la région. Ces jeunes ont donné des détails sur ces opérations.
La Ligue Mozambicaine des Droits de l’Homme, qui avait également alerté le parquet général de la République sur ce sujet en septembre 2003, et l’église catholique au Mozambique ont depuis critiqué le rapport du parquet, estimant que le travail d’enquête avait été très superficiel.
Quatre attentats contre ces religieuses ont été perpétrés, dans le but de les intimider. Les promoteurs de cette initiative évoquent à ce propos dans la lettre l’assassinat la semaine dernière d’une religieuse brésilienne installée à Nampula. (apic/vd/dia/ag/pr)
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