Ziegler et Frei Betto: la faim tue 20 fois plus que le sida

Berne: Lancement de la Campagne de carême sur le droit à l’alimentation

Jacques Berset, Apic

Berne, 2 mars 2004 (Apic) La sous-alimentation endémique frappe aujourd’hui plus de 840 millions de personnes dans le monde. Equitablement répartie, la nourriture serait suffisante pour tous. La faim est donc « intolérable et injustifiable. et pourtant nous l’acceptons », a déploré mardi à Berne la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. Jean Ziegler, rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation, a pour sa part dénoncé un « massacre silencieux »: un enfant de moins de 10 ans meurt de faim tous les sept secondes!

Ouvrant le Symposium « L’alimentation est un droit inviolable » organisé par les oeuvres d’entraide Action de Carême et Pain pour le Prochain, la ministre suisse des Affaires étrangères a salué leur engagement ainsi que la générosité du peuple suisse en matière d’aide au développement.

Micheline Calmy-Rey a tenu à rappeler que le droit à une nourriture adéquate a été reconnu par les chefs d’Etats lors du Sommet mondial contre la faim en 1996 et qu’ils se sont engagés à réduire de moitié le nombre d’affamés d’ici 2015. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, ont rappelé en coeur le dominicain brésilien Frei Betto, conseiller du président « Lula » pour le programme « Faim zéro » au Brésil, et l’ancien conseiller national socialiste Jean Ziegler.

Ziegler dénonce la « schizophrénie » de la Berne fédérale

Fustigeant le rôle important joué par les représentants du Conseil fédéral au sein des instances dirigeantes du Fonds Monétaire International (FMI), de la Banque Mondiale et de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), Jean Ziegler a dressé un sévère réquisitoire contre l’idéologie néo-libérale qu’ils représentent. Ces organisations, qu’il a qualifiées de « mercenaires des Etats-Unis », refusent d’entériner un quelconque droit à l’alimentation. Elles ne jurent que par le marché pour régler les problèmes d’alimentation au niveau mondial, prônant la privatisation de l’eau avec le risque de provoquer des révoltes populaires noyées dans le sang, comme dans la ville bolivienne de Cochabamba.

« La Berne fédérale nage en pleine schizophrénie. On a d’un côté a Direction de la Coopération et du Développement (DDC), qui fait un travail formidable, et de l’autre des conseillers fédéraux qui votent selon l’idéologie néolibérale au sein des instances du FMI, annulant le peu de progrès que l’on fait en matière de développement! » Et le bouillant Genevois de plaider pour un tournus dans la représentation suisse au sein des institutions de Bretton Woods, impliquant davantage les responsables de la DDC.

Saluant le programme « extraordinaire » lancé par le gouvernement brésilien pour faire reculer la faim qui touche près de 50 millions de Brésiliens, Jean Ziegler a estimé que la renégociation de la dette extérieure brésilienne – près de 300 milliards de dollars – était impérative si l’on voulait éviter l’échec du projet « Faim Zéro ».

Plusieurs des frères et soeurs de Lula sont morts de faim

La faim tue 20 fois plus que le sida, a lancé pour sa part Frei Betto, appelé par le président brésilien à diriger le programme de lutte contre la faim qui reste un fléau au Brésil qui compte pourtant parmi les plus importants pays agro-exportateurs du monde. « Lula ne vient pas du monde de la pauvreté, il vient du monde de la misère. Plusieurs de ses frères et soeurs sont morts de faim », explique le religieux dominicain qui a passé quatre ans dans les geôles de la dictature militaire à la fin des années 60. Le président Ignacio Lula da Silva a affirmé que si au terme de son mandat, chaque Brésilien pouvait faire trois repas par jour, il aura accompli la mission de sa vie.

Rendre aux pauvres leur dignité

« Avec Faim Zéro, on est loin de l’assistanat, on veut rendre aux pauvres leur dignité, en demandant leur participation », relève le théologien de la libération. En 2003, quelque 1,5 million de familles dont le revenu était inférieur à 45 francs mensuels par personne ont bénéficié du programme, qui prévoit l’obtention d’un travail et d’un revenu, ainsi que l’accès à des prestations médicales et une formation scolaire et professionnelle.

Certes, certains médias ont critiqué l’action gouvernementale « car ils s’imaginaient voir arriver des camions pleins de nourriture à distribuer à la population dans les bidonvilles, mais pour nous, toutes les familles du pays doivent pouvoir vivre dans le dignité, sans à avoir à mendier leur nourriture ». Le gouvernement brésilien cherche actuellement des villes dans le monde entier prêtes à parrainer le programme « Faim Zéro » qui touche quelque 2’000 villes dans tout le pays. (apic/be)

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