Le Saint-Siège, visé, ne prendra pas position contre le film

Rome: Dure réaction juive après la projection du film de Mel Gibson

Rome, 11 mars 2004 (Apic) Le rabbin chef de Rome, Riccardo Di Segnis, a exprimé un jugement extrêmement dur contre le film de Mel Gibson, « La passion du Christ », demandant à l’Eglise catholique de prendre officiellement ses distances.

Une projection privée s’est déroulée à Rome le 9 mars 2004. Y ont assisté de nombreuses autorités juives de la capitale italienne.

Interrogé par le quotidien italien « Il Messagero » en date du 11 mars, le porte-parole du saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls, a néanmoins relevé qu’ »il est raisonnable de penser qu’il n’y aura aucune prise de position et de distance », de la part du Saint-Siège. Le porte-parole a encore ajouté, « Jean-Paul II n’a pas fait de commentaire après avoir vu ce film (les 5 et 6 décembre 2003, ndlr) et je ne fais pas de commentaires sur l’activité privée du pape ».

Pour le rabbin chef de Rome, le film de Mel Gibson dont la sortie est prévue le 7 avril en Italie, « est une représentation qui fait obstacle au dialogue, qui évoque l’hostilité, relance l’accusation traditionnelle du déicide – le pouvoir romain s’abstient, la décision revient aux prêtres juifs -« . Pour lui, il s’agit d’un « défi à l’Eglise, à la nouvelle sensibilité née du concile Vatican II ». « S’il s’agissait de l’acte d’une seule personne, cela pourrait ne pas avoir d’importance, mais ce film devient un phénomène de masse ».

Selon le rabbin, le silence de l’Eglise, ou la faible attention risque d’être contre productive.

Pour Joaquin Navarro-valls, « le film est la transcription cinématographique des évangiles. Si ce film était antisémite, les évangiles le seraient aussi. Il ne faut pas oublier que ce film est rempli de personnages juifs « positifs »: de Jésus à Marie, à Simon de Sirène en passant par Véronique et la partie de la foule bouleversée. ». « Si un récit de ce genre était antisémite, a-t-il poursuivi, cela poserait un problème dans le dialogue judéo-catholique, parce que cela reviendrait à affirmer que les évangiles ne sont pas historiques ».

« Il n’y a rien d’antisémite (dans ce film), a-t-il ajouté, sinon, ils – réd. les membre de la la hiérarchie catholique – l’auraient dénoncé ». Il faisait allusion aux autorités de la curie ayant déjà vu le film, ainsi qu’aux autorités ecclésiastiques catholiques des Etats-Unis.

Polémique sur fond d’invitation

Cette polémique italienne arrive alors qu’une invitation à se rendre dans la synagogue à la fin du mois de mai 2004, a été transmise à Jean Paul II par la communauté juive. Dans le « Corriere della Sera », le rabbin Di Segnis a tenu à préciser que la polémique sur le film « est un problème absolument distinct » de l’invitation à se rendre à la synagogue.

Cette invitation lui a été adressée par les deux grands rabbins d’Israël, le 16 janvier 2004 afin de participer aux célébrations du 100e anniversaire de la fondation de la synagogue. Une lettre officielle d’invitation de la part du rabbin Di Segni est ensuite arrivée au début du mois de février au Vatican.

Date avancée

La date évoquée la plus probable et encore reprise par l’hebdomadaire « Famiglia Cristiana » en date du 14 mars est celle du 23 mai prochain. Le président de la république italienne, Carlo Azeglio Ciampi devrait participer à cette visite faisant suite à celle du 13 avril 1986.

Or, le 22 mai 2004, sera le jour culminant de conclusion d’un pèlerinage européen, « le pèlerinage des peuples », au sanctuaire autrichien de Mariazell, auquel devraient prendre part plus de 80’000 personnes. Jean- Paul II a été invité à se rendre à ce pèlerinage par le cardinal Christoph Schoenborn, archevêque de Vienne et promoteur de l’initiative qui regroupe huit pays d’Europe centrale dont cinq qui seront entrés dans la Communauté européenne le 1er mai. (apic/imedia/pr)

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